- Lors d’une conférence de presse à Ottawa, le Premier ministre Mark Carney a annoncé que le Canada reconnaîtra l’État de Palestine lors de la prochaine Assemblée générale de l’ONU.
- Une décision historique qui aligne le pays avec une dynamique internationale portée par la France et plusieurs États occidentaux, au nom de la solution à deux États.
Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a annoncé mercredi que le Canada avait « l’intention » de reconnaître l’État de Palestine lors de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre prochain à New York.
Cette décision marque un virage diplomatique majeur dans la politique étrangère du Canada et s’inscrit dans un contexte international en pleine mutation autour de la solution à deux États pour résoudre le conflit israélo-palestinien.
Un changement de cap assumé
S’exprimant depuis Ottawa, Mark Carney a justifié ce changement de politique par la volonté de raviver l’espoir d’une paix durable au Moyen-Orient.
« Cette possibilité d’une solution à deux États s’érode sous nos yeux », a-t-il déclaré.
« Pendant des décennies, on a espéré que [la solution à deux États] serait réalisée dans le cadre d’un processus de paix fondé sur un accord négocié entre le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne. Malheureusement, cette approche n’est plus tenable. »
Le Canada affirme ainsi sa volonté de contribuer à une relance diplomatique en soutenant la reconnaissance d’un État palestinien, une initiative que Carney qualifie de « nécessaire pour préserver l’espoir » d’un règlement du conflit.
Une dynamique internationale renforcée
Le Canada rejoint une initiative diplomatique portée par la France et 14 autres pays occidentaux. Parmi eux : l’Espagne, l’Irlande, la Norvège, l’Australie ou encore la Nouvelle-Zélande. Tous ont récemment appelé à une mobilisation internationale en faveur d’une reconnaissance de la Palestine, lors d’une conférence organisée les 28 et 29 juillet à New York, à l’initiative conjointe de Paris et de Riyad.
Dans la foulée de l’annonce canadienne, l’Élysée a salué une décision forte :
« Nous allons poursuivre nos efforts pour que d’autres rejoignent cette dynamique dans la perspective de l’Assemblée générale », a indiqué la présidence française mercredi soir.
Emmanuel Macron s’était d’ailleurs entretenu « un peu plus tôt dans la journée » avec Mark Carney au sujet de cette prise de position conjointe.
Réactions contrastées : entre applaudissements et condamnations
Côté palestinien, la réaction ne s’est pas fait attendre. Le président Mahmoud Abbas a salué cette décision « historique » et « courageuse », estimant qu’elle « renforcera la paix, la stabilité et la sécurité dans la région », selon l’agence de presse Wafa.
À l’inverse, Israël a vivement réagi, dénonçant un acte contre-productif dans le processus de paix. « Reconnaître un État palestinien en l’absence d’un gouvernement responsable, d’institutions fonctionnelles ou d’un leadership bienveillant, c’est récompenser et légitimer la barbarie monstrueuse du Hamas le 7 octobre 2023 », a réagi un porte-parole israélien.
Israël accuse le Canada de participer à une « campagne de pression internationale déformée », et estime que cette reconnaissance risque de « durcir la position du Hamas à la table des négociations à un moment critique ».
Washington hausse le ton
Outre-Atlantique, cette décision canadienne complique les relations commerciales avec les États-Unis. Le président américain Donald Trump a réagi vivement sur son réseau Truth Social :
« Wow! Le Canada vient d’annoncer qu’il soutient un État palestinien. Cela va devenir très difficile pour nous de conclure un accord commercial avec eux. O Canada !!! »
Alors que la Maison-Blanche multiplie les accords tarifaires avec l’Union européenne, le Japon ou encore la Corée du Sud, Trump estime désormais qu’un accord commercial avec Ottawa est « très difficile ».
Une décision symbolique à portée géopolitique
L’annonce de Mark Carney, bien qu’encore présentée comme une « intention », est perçue comme un signal fort envoyé à la communauté internationale. Si cette reconnaissance est formalisée en septembre à l’ONU, elle constituerait un acte politique majeur, au cœur d’un des conflits les plus persistants de l’histoire contemporaine.
En rejoignant un nombre croissant de pays occidentaux, le Canada espère influencer le débat mondial et maintenir vivante l’idée d’une solution à deux États, à un moment où celle-ci semble plus fragile que jamais.
