- Après une année noire et un passage en redressement judiciaire, Duralex signe son grand retour.
- Reprise sous forme de coopérative par ses salariés, la verrerie emblématique du « made in France » vise un chiffre d’affaires record et séduit désormais jusqu’au Japon.
- Une renaissance industrielle et humaine exemplaire et un retour à l’équilibre financier d’ici deux ans.
Il y a un an à peine, Duralex était au bord du gouffre. Placée en redressement judiciaire, la marque emblématique de la vaisselle « incassable » semblait condamnée à disparaître. Pourtant, le 1er août 2024, une nouvelle ère a débuté à La Chapelle-Saint-Mesmin, près d’Orléans, avec la création d’une Scop — une société coopérative et participative — portée par 60 % des salariés, la direction et les élus locaux.
«
Nous savions que ça allait fonctionner, c’est une année d’assurée, mais on veut que Duralex soit encore là dans 100 ans», « , se réjouit François Marciano, directeur général, auprès de l’AFP.
Un pari coopératif qui porte ses fruits
Depuis ce tournant historique, les voyants repassent progressivement au vert. En 2023, l’entreprise avait vu son chiffre d’affaires chuter à 24,6 millions d’euros, contre 31 millions l’année précédente. En 2024, la tendance s’inverse : Duralex vise entre 32 et 33 millions d’euros, avec en ligne de mire 35 millions d’euros en 2027, seuil attendu du retour à l’équilibre financier.
Et même davantage à plus long terme : « D’ici deux ans, la barre des 35 millions d’euros est espérée, avant de viser 39 millions d’euros en 2030 », précise la direction.
Nicolas Rouffet, directeur industriel, confirme à franceinfo l’élan retrouvé : « On tourne à quasiment 150 000 euros par mois, c’est-à-dire qu’en quatre mois, on a fait le chiffre qu’on faisait en un an auparavant. »
Une performance rendue possible notamment grâce à la montée en puissance du e-commerce, mais aussi à un regain d’intérêt pour la marque, portée par une histoire forte et une identité patrimoniale revendiquée.
Une marque “made in France” qui séduit jusqu’au Japon
Symbole du « made in France », Duralex continue également de conquérir l’étranger. L’entreprise mise particulièrement sur le marché asiatique, où sa production bénéficie d’une image de luxe.
« Au Japon, on vend les verres deux à trois fois plus cher qu’en France parce que pour eux, Duralex c’est du luxe, c’est le made in France », souligne le directeur des ventes. Il ajoute : « Le fait de savoir que c’est une entreprise française dirigée par des Français et par ses salariés, ça accentue l’envie d’acheter. »
La Chine, le Canada ou encore le Moyen-Orient sont identifiés comme marchés porteurs pour les prochaines années. Une orientation à l’international qui devrait permettre d’accompagner la montée en puissance industrielle du site historique.
Soutiens locaux et objectifs environnementaux
La réussite de cette transition repose aussi sur un solide écosystème local. Orléans Métropole a ainsi racheté le site de production pour 5,6 millions d’euros, tandis que la Région Centre-Val de Loire a proposé son soutien sous forme de garanties bancaires. Dix-sept nouveaux salariés ont été embauchés, portant les effectifs à 243 personnes.
Pour autant, des défis demeurent. D’ici 2026, Duralex devra aligner sa production sur une trajectoire bas carbone, tout en respectant les réglementations environnementales.
« Cinq millions d’euros restent à trouver, notamment pour refaire une partie des machines », reconnaît François Marciano.
Un projet collectif fédérateur
Mais c’est surtout l’engagement des salariés qui a permis à la verrerie de survivre. « La majorité des équipes tient à Duralex et voulait sauver la marque », assure Maxime Nélia, directeur des ressources humaines. À ce jour, 148 employés ont investi 500 euros pour intégrer la Scop.
Un attachement fort à l’identité de la marque, qui fête cette année ses 80 ans. « Duralex est une marque qui parle aux gens, il fallait qu’ils puissent s’approprier cette identité tout en la modernisant. Et on a encore plein de projets ! », s’enthousiasme encore François Marciano.
