3.4 C
Paris
mercredi, février 18, 2026
AccueilActualitéBayrou renversé : l’Élysée face à un casse-tête inédit pour nommer son...

Bayrou renversé : l’Élysée face à un casse-tête inédit pour nommer son 7ᵉ Premier ministre

Date:

  • Renversé à l’issue d’un vote de confiance historique, François Bayrou présentera ce mardi sa démission.
  • L’Élysée promet de « nommer un nouveau Premier ministre dans les tout prochains jours ».
  • Reste à trouver un profil capable de survivre à l’Assemblée.

   François Bayrou restera comme le premier chef de gouvernement de la Ve République renversé à l’issue d’un vote de confiance. Battu lundi 8 septembre, le Premier ministre démissionnera ce mardi. Le président de la République acceptera cette démission et « nommera un nouveau Premier ministre dans les tout prochains jours », a précisé l’Élysée. Depuis sa réélection en 2022, Emmanuel Macron s’apprête donc à désigner son septième chef de gouvernement—symbole d’un paysage éclaté et d’une majorité introuvable.

Le PS, pivot convoité 

Ces derniers jours, le Parti socialiste (PS) a retrouvé une place stratégique. Suffisant pour décrocher Matignon ? Les principaux intéressés en doutent. Olivier Faure, premier secrétaire, répète être « à disposition » d’Emmanuel Macron, tandis que François Hollande martèle que le PS « a vocation à revendiquer le pouvoir ».

Mardi matin sur France Inter, Olivier Faure a d’abord désamorcé la curiosité sur d’éventuels coups de fil de l’Élysée : « Dans la nuit, je dormais sur mes deux oreilles et donc je n’ai pas entendu le téléphone sonner. » Interrogé sur l’attitude du PS si un Premier ministre macroniste—par exemple Sébastien Lecornu ou Catherine Vautrin—était nommé, il a éludé :

« Je ne vais pas rentrer dans un récit qui serait celui de dire ce que je ferais avec tel ou tel. Pour l’instant, nous devons revendiquer le pouvoir et faire en sorte que cette possibilité existe. »

Le patron du PS a cadré l’enjeu : « Aujourd’hui, nous voulons le changement. Faire en sorte que les Français qui expriment leur exaspération puissent enfin trouver un débouché politique à travers un changement qui ne peut pas être, de mon point de vue, la continuation de ce qu’on connaît depuis longtemps. »

Mais faute de majorité et refusant de gouverner avec le « bloc central », la gauche court le risque d’une censure rapide. À droite, Bruno Retailleau balaie d’un « Hors de question », quand Laurent Wauquiez se dit prêt à « juger sur pièces ».

Tenter un profil “parlant à la gauche” ?

Si le futur titulaire de Matignon n’est pas issu de la gauche, l’Élysée cherchera-t-il au moins un Premier ministre capable de dialoguer avec elle ? Plusieurs noms circulent. Bernard Cazeneuve, dernier chef de gouvernement de François Hollande, réglerait une partie de l’équation, même s’il a pris ses distances avec le PS. D’autres pistes : Éric Lombard, actuellement ministre l’Économie et des Finances et ancien socialiste, ou Raphaël Glucksmann, figure de Place publique.

Côté droite sociale, Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France, se revendique « anti-Rassemblement national »—un positionnement qui le rendrait « gauche compatible », au risque d’un veto annoncé de Marine Le Pen.

Les favoris de la macronie

Au sein du camp présidentiel, trois profils dominent les conversations. Sébastien Lecornu, ministre des Armées et proche du chef de l’État, incarne la loyauté. Catherine Vautrin, ministre du Travail et de la Santé, avait « failli » être nommée en 2022 et revient avec insistance. Gérald Darmanin, garde des Sceaux et ex-LR, demeure une option—mais se heurterait sans doute à une censure immédiate de la gauche.

La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, laisse la porte entrouverte. Au micro de RTL, elle s’est dite « disponible pour œuvrer dans l’intérêt de mon pays, à la place qu’il faudra ». Elle se dit « évidemment » prête à quitter le perchoir pour Matignon si l’Élysée le lui demandait, tout en assurant ne « pas [être] candidate ». Et de préciser :

« Si à l’avenir il fallait assumer cette mission-là, évidemment je ne rechignerais pas, mais c’est le choix du président de la République. »

Trois chemins étroits pour l’Élysée

Gouvernement de clarification : assumer une ligne macroniste, gouverner « au texte » et compter les voix séance après séance. Risque : une vulnérabilité chronique aux motions de censure.

  • Coalition courte : contracter une entente sur quelques priorités (pouvoir d’achat, hôpital, école, sécurité, transition). Risque : divergences programmatiques et usure rapide.
  • Ouverture vers la gauche : choisir un profil capable d’éviter une censure éclair. Risque : braquer une partie de la majorité présidentielle et perdre la droite modérée.

La mécanique institutionnelle s’accélère : démission formelle de François Bayrou ce mardi, consultations express et nomination « dans les tout prochains jours ». La solution passera moins par un nom que par une arithmétique : sans coalition explicite, la stabilité dépendra d’alliances patiemment recomposées.

Les plus populaires