- Inflation en nette décélération : les chiffres définitifs de l’Insee ramènent l’IPCH à +0,8 % en août, un plus bas qui rebat les cartes.
- La BCE temporise — taux inchangés — mais laisse la porte entrouverte : « une autre baisse des taux est tout à fait possible », glisse François Villeroy de Galhau.
Les résultats définitifs publiés ce vendredi 12 septembre par l’Insee confirment la décrue : en août, l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) n’augmente que de 0,8 % sur un an. L’inflation française se situe désormais bien en dessous de la cible de 2 % de la Banque centrale européenne (BCE). Jeudi 11 septembre, l’institution a laissé ses taux directeurs inchangés, tout en gardant la porte entrouverte à un assouplissement si la tendance se confirme.
Après la vague inflationniste de 2021–2023, la dynamique des prix s’est nettement calmée. Le mouvement, amorcé depuis plus d’un an, reflète l’apaisement des chocs énergétiques et la normalisation progressive des chaînes d’approvisionnement.
En Europe, reflux généralisé… avec une bosse allemande
La plupart des pays européens voient aussi l’inflation refluer. En Allemagne, un léger sursaut est apparu en août, avec 2,2 % sur l’indice national — une première hausse cette année. Pour la zone euro, la trajectoire centrale reste celle d’un retour durable vers l’objectif : 2,1 % en 2025, puis 1,7 % en 2026 et 1,9 % en 2027.
BCE : statu quo monétaire, biais d’assouplissement
Réunie jeudi 11 septembre, la BCE a reconduit ses taux. Mais le contexte actuel renforce l’idée d’un assouplissement graduel si la désinflation se confirme. Invité sur BFM Business, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, résume : « Il est tout à fait possible qu’il y ait une autre baisse des taux ». Et d’ajouter : « Nous avons été plusieurs à pointer les risques à la baisse sur l’inflation », alors que l’indice des prix devrait passer sous 2 % l’an prochain.
Villeroy de Galhau met en avant deux forces désinflationnistes
Pour expliquer le reflux des prix, le gouverneur met en avant deux moteurs. D’abord, l’appréciation de l’euro face au dollar, qui allège la facture des importations :
« Chaque fois que l’euro s’apprécie de 3 centimes contre le dollar, et c’est à peu près ce qu’on a vu depuis le mois de juin, ça fait au moins 0,1 % d’inflation en moins ».
Ensuite, la hausse des importations en provenance de Chine, à bas prix, qui intensifie la concurrence et exerce une pression à la baisse sur les étiquettes : « On a beaucoup discuté de la montée de importations chinoises qui sont à bas prix, quand on regarde depuis un an, sur les trois derniers mois de 2025, elles ont augmenté de 12 %, c’est assez significatif ».
Sur le front géopolitique, il estime que le protectionnisme américain ne devrait pas, à ce stade, se traduire par une nouvelle poussée des prix sur le Vieux Continent : « Le protectionnisme américain et l’accord conclu cet été n’entrainera pas d’inflation supplémentaire en Europe. Les risques à la hausse me paraissent plus faibles qu’à la baisse, pour l’Europe en tout cas ».
Et de rappeler que la BCE doit rester prête « à bouger s’il le faut ». Selon lui, « De ce point de vue, l’interprétation des marchés m’a semblé montré une certaine exagération dans l’interprétation restrictive ».
Ce que cela change pour l’économie réelle
Le pouvoir d’achat devrait bénéficier d’une inflation repassée sous 1 %. En freinant la hausse générale des prix, ce palier redonne de l’air aux salaires réels et desserre l’étau sur la consommation des ménages, qui retrouvent progressivement des marges pour arbitrer en faveur des biens durables et des services.
Côté crédit et investissement, le statu quo de la BCE stabilise les conditions financières à court terme. La possibilité d’une nouvelle baisse des taux, évoquée pour les prochains mois, améliorerait graduellement l’accès au financement des ménages comme des entreprises, en particulier sur l’immobilier, l’équipement et la trésorerie.
Pour les entreprises, l’appréciation de l’euro contribue à comprimer les coûts d’importation de matières premières et d’intrants. Mais la montée des importations chinoises à bas prix accentue la pression concurrentielle : si elle allège certaines factures, elle pèse aussi sur les marges et maintient une forte sensibilité des étiquettes à la guerre des prix.
D’ici 2026, plusieurs points seront déterminants. L’inflation des services, plus rigide, dira si l’“atterrissage” vers 2 % est durable. La parité euro/dollar restera clé : une appréciation prolongée renforcerait la désinflation importée, quand un reflux de l’euro aurait l’effet inverse.
En Allemagne, un prolongement du léger sursaut de prix pourrait ralentir le reflux agrégé en zone euro. Enfin, la guidance de la BCE — rythme et ampleur d’un éventuel assouplissement, décidés réunion après réunion — donnera le tempo des conditions financières et de la reprise.
