- Mercredi 24 septembre, face aux syndicats, Sébastien Lecornu a reconnu sa fragilité politique faute de majorité absolue.
- La France insoumise promet une motion de censure dès le 1ᵉʳ octobre, tandis que l’intersyndicale, insatisfaite, appelle à amplifier la mobilisation, avec une journée de grève le 2 octobre.
Devant l’intersyndicale, Sébastien Lecornu s’est décrit comme « le Premier ministre le plus faible » de la Vᵉ République en raison de l’absence de majorité à l’Assemblée nationale. « Tout ne peut pas venir de moi. Je n’ai pas 350 députés sur lesquels m’appuyer comme Édouard Philippe à l’époque. Tout ne peut pas venir de moi », a-t-il insisté, actant publiquement l’étroitesse de sa base parlementaire.
Cette admission intervient après deux journées de mobilisation, les 10 et 18 septembre, et à l’orée d’une rentrée parlementaire sous tension.
LFI veut une « épreuve de vérité » à l’Assemblée
Dans la foulée, La France insoumise (LFI) a annoncé qu’elle demanderait aux autres groupes de gauche de cosigner une motion de censure commune contre le Premier ministre, déposée « dès l’ouverture de la session parlementaire », le 1ᵉʳ octobre.
Le groupe mené par Mathilde Panot justifie son initiative en estimant que, lors de la rencontre avec l’intersyndicale, le chef du gouvernement « n’a en rien répondu à l’ultimatum posé par cette dernière » et « n’a pris aucun engagement pour l’abrogation de la réforme des retraites ou l’abandon du plan d’austérité de François Bayrou ».
« Un tel mépris des revendications sociales, au lendemain des grandes mobilisations populaires des 10 et 18 septembre, est signe de la volonté du macronisme de poursuivre coûte que coûte sa politique au service des ultrariches et des grandes entreprises« , précise le communiqué de La France insoumise
Autre grief : « le nouveau locataire de Matignon n’a toujours pas annoncé solliciter un vote de confiance à l’Assemblée nationale, comme l’a pourtant fait son prédécesseur », ajoute LFI, qui précise que « cette motion de censure spontanée sera déposée sur la base de l’article 49.2 de la Constitution ».
Une situation institutionnelle inédite en cas de censure
Si aucun nouveau gouvernement n’était formé au moment du dépôt, « ce serait une situation inédite sous la Vᵉ République », souligne encore LFI. Dans ce cas, « il faudrait considérer que la motion de censure viserait la seule responsabilité du Premier ministre, le reste du gouvernement étant déjà démissionnaire ». Si le texte était voté par l’ensemble de la gauche et le Rassemblement national, Sébastien Lecornu serait obligé de démissionner
« Ni rupture ni engagement concret » : la colère syndicale
À la sortie de Matignon, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a fustigé le décalage entre les déclarations et les actes : « Le Premier ministre nous a parlé de rupture et d’engagements concrets. Le problème c’est qu’il n’y a eu ni rupture ni engagement concret. La rupture, ça ne peut pas être seulement des mots ».
Elle précise que « l’intersyndicale a présenté six revendications très claires » à Sébastien Lecornu, dont « l’enterrement du budget » de François Bayrou.
« Sur l’année blanche, sur le doublement des franchises médicales, sur la suppression de 3 000 postes de fonctionnaires, le Premier ministre ne nous a pas dit que ces pistes étaient enterrées. Ce qui signifie qu’elles sont malheureusement toujours sur la table », ajoute-t-elle.
L’intersyndicale estime qu’il n’y a eu « aucune réponse » sur l’ensemble des demandes, « à part sur l’assurance chômage. On a compris que ça serait peut-être enterré, mais rien de précis ». Et de conclure : elle est « en colère » et « déterminée à continuer la mobilisation ». Le 2 octobre, les salariés sont appelés à la grève pour « aller battre le pavé ».
Revendications mises en avant
Parmi les exigences portées par les organisations figurent : l’« enterrement » du budget de François Bayrou, le renoncement à la réforme de l’assurance chômage, une contribution des très hauts revenus et patrimoines, l’abandon de la réforme des retraites, le rejet du doublement des franchises médicales et l’abandon de la suppression de 3 000 postes de fonctionnaires.
Éducation : « continuer et amplifier la mobilisation »
Dans le secteur éducatif, Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, partage sa « colère face à un Premier ministre qui n’a pas pris [la mesure] de ce qu’il se passe dans le pays ».
« Il n’a pas su répondre à nos exigences et la réponse va être très claire de notre côté, on va continuer et amplifier la mobilisation pour qu’il prenne la mesure de ce qu’il se passe », prévient-elle.
