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Interdiction des moteurs thermiques en 2035 : l’Allemagne réclame un cap plus flexible à Bruxelles

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  • Deux semaines avant un Conseil européen décisif, Berlin a réuni tout l’écosystème automobile pour afficher une position commune sur l’objectif de « zéro émission » en 2035.
  • Au centre des débats : éviter la casse sociale et industrielle tout en maintenant le cap vers l’électrique.

   À Berlin, jeudi 9 octobre, la filière allemande a sonné la mobilisation contre une « rupture brutale » en 2035. Tout en reconnaissant que le moteur électrique demeure « la voie principale », les industriels plaident des assouplissements, des dérogations pour les carburants de synthèse et un calendrier plus réaliste, estimant qu’« arriver à du zéro véhicule thermique vendu en 2035, c’est totalement irréaliste ».

 « Il ne doit pas y avoir de rupture brutale à l’issue de 2035″, a martelé Friedrich Merz

Berlin met la pression sur le calendrier européen

 Toute l’industrie automobile allemande était réunie dans la capitale : constructeurs, distributeurs, équipementiers, fournisseurs, syndicats, lobbyistes et présidents de régions abritant les bastions de l’auto. Objectif : desserrer l’étau d’une interdiction programmée des moteurs thermiques au profit de l’électrique.

 « Il ne doit pas y avoir de rupture brutale à l’issue de 2035″, a martelé Friedrich Merz, en insistant toutefois sur le fait que le moteur électrique devait rester « la voie principale » et qu’il ne s’agissait pas de revenir aux anciennes technologies.

2035, un horizon qui inquiète l’industrie

Le débat survient deux semaines avant le Conseil européen consacré au dossier. Les représentants du secteur alertent sur l’état réel du marché et des infrastructures. « Arriver à du zéro véhicule thermique vendu en 2035, c’est totalement irréaliste actuellement », estime François Roudier, secrétaire général de l’Organisation Internationale des Constructeurs Automobiles (OICA)

« Amorcer la pompe », sans casser la dynamique  

Sur franceinfo, le vendredi 12 septembre, François Roudier a pris le temps de poser les mots d’un secteur à la croisée des chemins. Porte-parole de l’Organisation internationale des constructeurs automobiles (OICA), il a résumé le sentiment général d’une industrie sous tension : « Ce qu’ils voudraient, c’est repousser, ou du moins assouplir ce délai. L’OICA réclame surtout de la flexibilité. »

Roudier reconnaît que la transition vers l’électrique est engagée, et même plutôt bien accueillie par ceux qui ont déjà franchi le pas. « Ceux qui ont déjà pu acheter un véhicule électrique ont une très bonne acceptation : à 80 %, ils vont racheter une voiture électrique. Donc on voit que ça fonctionne », affirme -t-il

Mais le constat reste lucide : les obstacles sont encore nombreux, et la dynamique peine à s’installer durablement. « Il faut amorcer la pompe. Et là, pour l’instant, c’est difficile», a t-il ajouté. Pour lui, la solution passe par un ajustement du calendrier européen, un moyen de laisser le temps à l’industrie de s’adapter et de ne pas rater la marche de la compétitivité mondiale.

« L’idée, c’est de gagner un petit peu de temps pour arriver justement à être compétitifs par rapport aux Chinois », explique-il.

E-carburants et agrocarburants : la carte des dérogations

Pour ne pas renoncer au thermique tout en accélérant l’électrique, les industriels allemands réclament un assouplissement de la législation, avec des exceptions pour les carburants alternatifs : agrocarburants et essence de synthèse. Le message envoyé à Bruxelles est clair : toute rupture brutale est difficilement tenable pour une filière entière, déjà fragilisée par la flambée des coûts, la pression concurrentielle et l’insuffisance du réseau de recharge.

« Arriver à du zéro véhicule thermique vendu en 2035, c’est totalement irréaliste », répète François Roudier, pointant « un problème d’infrastructure et surtout un problème de demande », les véhicules restant « beaucoup plus chers que les thermiques ».

Un pilier économique en crise

 En Allemagne, la crise du secteur — bénéfices en chute, suppressions d’emplois, fermetures de sites — met à nu la fragilité d’un modèle économique fondé sur l’export et une énergie bon marché, longtemps importée de Russie. Entre retard face aux modèles chinois, y compris en qualité, et pénurie de bornes, la tourmente a déjà détruit 50 000 emplois parmi les 800 000 des sous-traitants (Bosch et un tissu dense de PME).

 Pour l’OICA, « le meilleur moyen de se planter, c’est d’avoir des objectifs qui ne sont pas réalistes ». Elle appelle à « repousser l’échéance pour être prêts » : lisser les paliers, sécuriser les investissements dans l’EV, certifier des dérogations pour les e-carburants et accompagner la montée en puissance des réseaux. En ligne de mire : maintenir l’ambition climatique sans brisure industrielle.

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