- Les amendements de la gauche visant à instaurer une « taxe Zucman » ont été rejetés à l’Assemblée nationale, ce vendredi 31 octobre 2025, en pleine séquence d’examen du projet de loi de finances pour 2026.
- Le débat a cristallisé des lignes de fracture nettes entre oppositions, droite et bloc gouvernemental, sur fond de justice fiscale et de compétitivité.
La majorité des députés a écarté les propositions de La France insoumise, des Socialistes, d’Écologiste et social et de Gauche démocrate et républicaine, qui voulaient instaurer un impôt minimal sur les très grands patrimoines. Les oppositions dénoncent un rendez-vous manqué avec la justice fiscale, tandis que la droite salue une décision évitant, selon elle, une « folie fiscale ».
Ce qui a été proposé… et rejeté
Les quatre groupes de gauche proposaient un impôt minimum de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros, inspiré des travaux de l’économiste Gabriel Zucman. Une version de compromis portée par le seul Parti socialiste – 3 % à partir de 10 millions d’euros, en excluant les entreprises innovantes et familiales – a également été rejetée.
Les amendements, dans leur version initiale comme remaniée, n’ont pas franchi l’étape de l’hémicycle.
La droite revendique la victoire : « folie fiscale » et compétitivité
Devant l’Hémicycle, Laurent Wauquiez, chef des députés Les Républicains, a rappelé son opposition frontale à la mesure, la qualifiant de « folie fiscale ». Face à la presse, il s’est réjoui du rejet de la taxe Zucman, qui aurait selon lui « tué de l’emploi et de l’activité économique ».
Il a poursuivi : « Dans cet hémicycle certains sont devenus fous, il y a des députés qui passent leur temps à se demander si par miracle il n’y a pas une taxe supplémentaire qu’on pourrait augmenter », avant de marteler : « Si on veut remettre de l’ordre, on baisse les dépenses pour éviter de prendre dans la poche des Français ».
La riposte de la gauche : justice fiscale et censure en ligne de mire
Boris Vallaud, président du groupe Socialistes, a retourné l’argument : « La folie fiscale c’est quand les PME payent les impôts des multinationales qui ne les payent pas ».
« La seule solution qu’il reste, c’est la censure de Sébastien Lecornu et le départ d’Emmanuel Macron » – Mathilde Panot
Du côté de La France insoumise, Mathilde Panot hausse le ton et place la confrontation sur le terrain institutionnel : « la seule solution qu’il reste, c’est la censure de Sébastien Lecornu et le départ d’Emmanuel Macron ». Elle ajoute : « Pour obtenir que les riches payent leur dû il faut faire partir le gouvernement macroniste qui n’a plus personne pour le soutenir », en appelant « l’ensemble des députés à la gauche de cet hémicycle à censurer le Premier ministre ».
Les écologistes dénoncent un « rendez-vous manqué »
Pour Clémentine Autain, ce rejet illustre un refus persistant de faire contribuer les plus fortunés. Elle rappelle que « la gauche aura tout essayé » pour instaurer une contribution des ultra-riches, estimant qu’« on avait 20 milliards sous la main ». Malgré des amendements successifs, « tout a été refusé », même lorsque la proposition a été abaissée à 0,5 %.
« Quand je repense à ce que disait Lecornu, il promettait une rupture. On ne voit pas la rupture sur la justice sociale et fiscale », déplore-t-elle.
Même constat du côté de Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste, qui s’interroge : « Pourquoi toutes les propositions pour mettre à contribution les milliardaires ont été balayées ? » Elle accuse le Rassemblement national d’avoir « retourné sa veste » et fustige « le bloc gouvernemental qui préfère faire payer les désastres économiques aux 99 % des Français » plutôt que d’aller chercher l’argent « auprès de ceux qui ont vu leur patrimoine exploser ».
L’examen du projet de loi de finances pour 2026 se poursuit, sur fond de menaces de motions de censure déposées ou envisagées par la gauche. La bataille politique se déplace désormais sur les équilibres budgétaires et la capacité du gouvernement à sécuriser une majorité de passage.
