- Laurent Wauquiez et le groupe Droite républicaine ont déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à interdire le voile pour les mineures dans l’espace public.
- Un texte qui s’appuie sur une enquête de l’Ifop, elle-même au cœur de plusieurs plaintes, et qui ravive le débat sur la laïcité et la protection de l’enfance.
Le groupe Droite républicaine de l’Assemblée nationale a annoncé, ce lundi 24 novembre, le dépôt d’une proposition de loi visant à interdire le port du voile par des mineures dans l’espace public. À l’initiative de ce texte, Laurent Wauquiez justifie sa démarche en invoquant la protection de l’enfance et les principes républicains.
Selon lui, « le voilement de jeunes filles, qui plus est lorsqu’il résulte d’une contrainte ou d’une pression, heurte nos principes les plus fondamentaux ».
Dans l’exposé des motifs, le président du groupe Droite républicaine déplore une forme de déni prolongé de la part de l’État, estimant que la France « a trop longtemps choisi l’aveuglement, au prix de lourdes conséquences ». Il défend dès lors l’idée d’une interdiction du port du voile pour les mineures dans l’espace public, considérant que le choix de certaines jeunes filles de se voiler résulte bien souvent de contraintes ou de pressions, portant ainsi atteinte à leur liberté individuelle.
Un complément à la loi de 2010 sur la dissimulation du visage
Concrètement, la proposition de loi entend compléter la loi du 11 octobre 2010, qui interdit déjà la dissimulation du visage dans l’espace public. Le texte introduirait une disposition ciblant directement la responsabilité parentale.
Il serait ainsi interdit à tout parent de « contraindre ou d’autoriser sa fille mineure » à porter, dans l’espace public, « une tenue destinée à dissimuler sa chevelure ». Les contrevenants s’exposeraient à une amende forfaitaire de 35 euros.
Pour Laurent Wauquiez, le voilement des jeunes filles se situe au croisement de plusieurs principes qu’il juge menacés : protection de l’enfant, liberté de conscience, égalité entre les femmes et les hommes. Il va jusqu’à affirmer que « le voilement d’une enfant revient à instiller dans les jeunes esprits des conceptions aussi éloignées de la civilité française que l’infériorité de la femme ou que sa responsabilité dans l’attirance que la vision de sa chevelure pourrait susciter chez l’homme. »
Une polémique nourrie par une enquête de l’Ifop
Pour appuyer son initiative, le chef de file des députés de droite se réfère à une enquête de l’Ifop consacrée au rapport des jeunes Français à l’islam, sondage qui a déjà suscité une vive polémique.
Laurent Wauquiez évoque ainsi un « accroissement significatif du port du voile chez les plus jeunes » et cite les chiffres de l’institut :
« Selon cette étude, 44 % des jeunes filles musulmanes, âgées de 15 à 24 ans, portent le voile. Seules 16 % des jeunes filles de moins de 25 ans le portaient en 2003. »
Il juge également « inquiétantes » les motivations avancées par les répondantes, notamment le fait de « ne pas attirer le regard des hommes », qui arrive en tête des raisons invoquées.
Pour le député, « ces réalités, qui mettent en cause l’assimilation républicaine et les valeurs de notre nation, ne peuvent être ignorées ». Le débat sur le voile, la laïcité et l’assimilation redevient ainsi central dans le discours de la droite parlementaire.
Des enfants voilées dans l’hémicycle, catalyseur du débat
Cette proposition de loi intervient dans un contexte déjà tendu. La présence récente d’enfants voilées dans les tribunes du public de l’Assemblée nationale a déclenché une nouvelle controverse politique et médiatique.
Pour ses défenseurs, ce texte serait une réponse nécessaire à ce qu’ils perçoivent comme un recul des valeurs de la République dans l’espace public. Pour ses opposants, il s’inscrit au contraire dans une logique de stigmatisation et de surenchère législative visant les musulmans, et en particulier les femmes.
Sur le plan parlementaire, une question demeure : quand et comment ce texte sera-t-il examiné ? À ce stade, le groupe Droite républicaine n’a pas indiqué s’il souhaitait inscrire cette proposition à l’ordre du jour de sa journée d’initiative parlementaire du 22 janvier prochain.
Sondage sur l’islam : l’Ifop réplique aux critiques de deux députés LFI
En parallèle de cette offensive législative, la controverse autour de l’enquête de l’Ifop continue de s’amplifier. Selon une information révélée ce même lundi 24 novembre, l’institut de sondage Ifop s’apprête à déposer plainte contre les députés Paul Vannier et Bastien Lachaud, tous deux élus de La France insoumise.
Les deux parlementaires avaient vivement critiqué l’enquête sur l’islam commandée par la revue Écran de veille, au point, selon l’hebdomadaire cité, d’avoir « pris la tête de la fronde contre l’institut » et d’« exposer » les journalistes et auteurs de l’étude.
Plainte de conseils du culte musulman contre le sondage
La procédure engagée par l’Ifop n’est pas la seule conséquence judiciaire de ce sondage. Quatre conseils départementaux du culte musulman ont également décidé de porter plainte contre X après sa publication.
Dans un communiqué relayé par l’AFP, leurs avocats, Maîtres Raphaël Kempf et Romain Ruiz, mettent en cause la fiabilité de l’enquête, qu’ils accusent de contrevenir au principe d’objectivité défini par la loi du 19 juillet 1977 encadrant la publication et la diffusion des sondages d’opinion. Ils estiment également que celle-ci repose sur des questions formulées de manière orientée et qu’elle met exagérément en avant des résultats minoritaires dans un objectif qu’ils jugent polémique.
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