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Oléoduc Canada–Asie : Mark Carney relance le pétrole et fait vaciller les engagements climatiques

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  • Le gouvernement fédéral canadien a franchi un cap en scellant un accord stratégique avec l’Alberta pour la construction d’un nouvel oléoduc vers l’Asie.
  • Présenté comme un levier de souveraineté économique, le projet cristallise déjà les critiques des défenseurs du climat et provoque une onde de choc politique à Ottawa.

   En signant avec l’Alberta un protocole pour un oléoduc vers la côte pacifique, le Premier ministre Mark Carney assume un virage pro-pétrole qui oppose sa promesse de faire du Canada une “superpuissance énergétique” aux engagements climatiques du pays. Entre diversification des exportations et renoncement au plafonnement des émissions, cette nouvelle stratégie fracture son propre camp et rallume la contestation écologiste.

Un oléoduc stratégique pour contourner la dépendance aux États-Unis

Jeudi, le Premier ministre canadien Mark Carney a signé un accord avec la province de l’Alberta, cœur de la production pétrolière nationale, pour la construction d’un nouvel oléoduc. Le pipeline doit traverser l’Alberta jusqu’aux côtes de la Colombie-Britannique, où un nouveau port en eau profonde permettra d’exporter le brut vers l’Asie.

« Dans un contexte marqué par une profonde incertitude et des bouleversements sur le plan du commerce mondial, le Canada et l’Alberta concluent un nouveau partenariat afin de bâtir une économie plus forte, plus durable et plus indépendante. Nous ferons du Canada une superpuissance énergétique, nous réduirons nos émissions et nous diversifierons nos marchés d’exportation », a déclaré Mark Carney, cité dans un communiqué publié sur son compte X

Selon le protocole d’entente, l’objectif est d’accroître les exportations de pétrole vers les marchés asiatiques et de réduire la dépendance historique du Canada aux États-Unis. S’ouvrir davantage aux marchés mondiaux, hors États-Unis, fait partie de la stratégie de Mark Carney pour diversifier les échanges et compenser les effets de la guerre commerciale menée par le président américain Donald Trump.

Le Premier ministre canadien Mark Carney et Première ministre de l’Alberta, Danielle Smith ont signé un accord de coopération économique ( photo capture d’écran compte X Mark Carney)

Parlant d’un « grand jour pour le Canada », le Premier ministre a estimé que cet accord allait permettre au pays d’être « plus indépendant, plus résilient et plus fort ». À ses côtés, il a insisté : « Avoir un pipeline vers l’Asie est une priorité ».

 Mark Carney, de la transition verte à la “superpuissance énergétique”

Élu en avril dernier, Mark Carney a fait de la relance de l’économie canadienne un axe central de son mandat, en assumant une stratégie fondée sur l’exploitation des ressources fossiles du pays. L’un de ses objectifs affichés est de faire du Canada une « superpuissance énergétique ».

Ce choix marque un tournant pour le Parti libéral, formation de centre-gauche dont il est issu, et rompt avec les politiques climatiques qui ont caractérisé la décennie au pouvoir de son prédécesseur Justin Trudeau.

Pour la Première ministre conservatrice de l’Alberta, Danielle Smith, ce revirement est une victoire politique et économique. « Les dix dernières années ont été une période extrêmement difficile », a-t-elle lancé, en référence aux réglementations environnementales fédérales.

Selon elle, cette entente permettra de supprimer « des lois qui pèsent sur le climat d’investissement » et de redonner de l’oxygène à une industrie pétrolière phare pour la province.

Renoncement au plafonnement des émissions et crise politique

L’accord sur l’oléoduc s’accompagne d’un autre geste lourd de sens : le Canada a annoncé renoncer au plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier, une mesure-clé de la précédente feuille de route climatique, qui n’était pas encore entrée en vigueur. Le but affiché est désormais clairement « d’accroître la production de pétrole et gaz » du pays.

Cette décision a immédiatement déclenché de vives réactions, y compris au sein du Parti libéral. Dans la foulée de l’annonce, le ministre de la Culture Stephen Guilbeault – ancien ministre de l’Environnement de Justin Trudeau et ex-activiste écologiste – a présenté sa démission.

« J’ai choisi de me présenter en politique afin de défendre la cause de la lutte aux changements climatiques et la protection de l’environnement », a-t-il expliqué dans une déclaration publiée sur X, dénonçant « une très grave erreur ». Il dit craindre que la construction de l’oléoduc n’ait « des impacts environnementaux majeurs ».

Cette démission symbolique met en lumière la fracture interne d’un gouvernement pris entre impératifs économiques et crédibilité climatique sur la scène internationale.

Le ministre de la Culture Stephen Guilbeault, servant défenseur du climat, a annoncé sa demission sur son compte X ( photo capture d’écran)

Le captage de carbone, promesse technologique et pari risqué

Pour répondre aux critiques, Mark Carney met en avant un autre pilier de sa politique énergétique : le développement massif du captage et du stockage du carbone. Le Premier ministre assure qu’en parallèle du projet d’oléoduc, le Canada va lancer « le plus grand projet de captage de carbone au monde ».

Cette technologie, qui consiste à capter le CO₂ émis par les installations industrielles avant de le stocker ou de le réutiliser, reste pourtant au cœur d’un vif débat. Ses détracteurs y voient une manière de prolonger l’ère des combustibles fossiles en repoussant la réduction à la source des émissions. Le Giec considère néanmoins le captage de carbone comme une option parmi d’autres pour limiter le réchauffement, à condition qu’elle ne serve pas de prétexte à l’inaction climatique.

En misant sur ce dispositif technologique pour compenser la hausse de la production pétrolière, le gouvernement joue un pari risqué, tant sur le plan environnemental que politique.

Consultations sensibles et opposition des communautés autochtones

Le protocole signé jeudi prévoit qu’une proposition formelle de projet d’oléoduc soit prête d’ici juillet 2026. Cette étape ouvrira ensuite la voie à une série de consultations, notamment avec les communautés autochtones concernées le long du tracé.

Plusieurs d’entre elles se sont déjà dites opposées au projet, dénonçant les risques pour leurs territoires, leurs ressources naturelles et leurs droits ancestraux. Leurs mobilisations, souvent décisives dans des projets d’infrastructures précédents, pourraient retarder voire modifier en profondeur le calendrier et le tracé de l’oléoduc.

Ces consultations s’annoncent d’autant plus sensibles qu’elles se dérouleront dans un climat de polarisation accrue entre défenseurs de la croissance pétrolière et partisans d’une transition énergétique plus rapide.

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