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France Télévisions : Delphine Ernotte défend la neutralité éditoriale et un modèle économique “au bout du rouleau” devant les députés

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  • Auditionnée pendant plus de quatre heures par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, Delphine Ernotte-Cunci a défendu  les “missions essentielles” de France Télévisions.
  • Entre accusations de partialité, critiques financières et polémiques récentes, la présidente du groupe public a tenté de démontrer que la télévision de service public reste indispensable, malgré un modèle qu’elle dit fragilisé.

   Sous le feu des questions des députés, la dirigeante de France Télévisions a revendiqué des “efforts massifs” pour redresser les comptes, tout en réaffirmant que la neutralité éditoriale est une “exigence absolue”. Elle met toutefois en garde contre une “inadéquation croissante” entre les missions confiées au service public et les moyens qui lui sont alloués.

Une audition sous haute tension devant la commission d’enquête

Ce mercredi 10 décembre, Delphine Ernotte-Cunci a été auditionnée par la commission d’enquête « sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public ». Pendant 4h30, la présidente de France Télévisions a été mise sur le gril par les députés, sommée de s’expliquer sur la ligne éditoriale, la gestion financière du groupe et l’avenir du service public.

Dès l’entame de son intervention, elle a reconnu que le débat sur la neutralité de l’audiovisuel public était non seulement inévitable, mais nécessaire. Ce débat est, selon elle, « légitime » et « sain », alors que plusieurs polémiques ont éclaté ces dernières semaines et ces derniers mois. Elle a insisté sur le fait que le principe de neutralité constitue une « exigence absolue » pour le service public de l’audiovisuel.

Pour mémoire, cette commission d’enquête a été créée à la demande du groupe Union des droites pour la République (UDR). Membre du groupe d’Éric Ciotti, le député Charles Alloncle (UDR) en est le rapporteur, tandis que Jérémie Patrier-Leitus (Horizons) en assure la présidence.

Neutralité éditoriale : “France TV doit être exemplaire”

Face aux critiques récurrentes de la droite et de l’extrême droite qui accusent France Télévisions de partialité, Delphine Ernotte a tenu à défendre le travail des rédactions. Pas question, pour elle, de laisser la maison sans défense, dans le sillage de l’affaire Legrand-Cohen ou du bandeau de France Info évoquant des « otages palestiniens ».

« France TV doit être exemplaire en matière de transparence de son offre d’information, et d’équilibre des points de vue », a martelé la présidente. Elle a insisté sur le rôle unique que joue, à ses yeux, le groupe public dans la vie démocratique et culturelle du pays.

« Imaginer notre disparition, c’est projeter une société où tout un pan de notre culture commune sera effacée d’un trait de plume », a-t-elle affirmé

Pour appuyer son propos, elle s’est référée au régulateur : « L’ARCOM n’a jamais sanctionné France TV pour malhonnêteté de l’information ou pour des manquements qui seraient extrêmement graves. » Elle admet toutefois que la perfection n’existe pas.

 « Il y a parfois des erreurs, parfois des fautes. (…) Ça ne veut pas dire que l’information de France TV n’est pas rigoureuse, n’est pas impartiale« , explique t-elle

Consciente de la nécessité de renforcer la confiance du public, Delphine Ernotte a annoncé la mise en place prochaine d’une « nouvelle direction de la déontologie » transversale. Cette structure doit permettre d’harmoniser les pratiques, de renforcer les contrôles internes et de traiter plus rapidement les manquements éventuels.

Polémiques et critiques : une défense serrée du service public

L’audition s’est déroulée dans un climat alourdi par les récentes controverses qui ont visé France Télévisions, notamment l’« affaire Legrand-Cohen » ou encore la polémique autour du bandeau mentionnant des « otages palestiniens ». Ces épisodes ont nourri l’accusation d’un manque de neutralité ou de rigueur éditoriale.

Delphine Ernotte a rappelé que le groupe public est scruté plus sévèrement que d’autres acteurs et qu’il lui incombe de corriger ses erreurs. Mais elle refuse d’y voir la preuve d’un biais structurel. La télévision publique, a-t-elle répété, doit « s’adresser à tous », quel que soit le bord politique de ses téléspectateurs, et s’efforce de le faire dans le respect de la pluralité des opinions.

Salaire, frais de réception, Salto : les questions piquantes du rapporteur

Le rapporteur, Charles Alloncle, n’a pas hésité à aborder les sujets les plus sensibles. Il a interrogé la présidente sur son salaire – d’un montant maximal de 400 000 euros bruts – et sur le bilan financier de l’entreprise, n’hésitant pas à la provoquer : « Est-ce que vous pensez que n’importe quel dirigeant d’une entreprise privée aurait été renouvelé pour un 3e mandat avec un tel bilan financier ? »

Il a également mis sur la table l’échec de la plateforme Salto, ainsi que la question des « frais de réception » engagés pendant la période du Covid, pointant un éventuel décalage entre ces dépenses et la rigueur budgétaire affichée.

Delphine Ernotte a tenu à démentir l’idée de réceptions mondaines durant la crise sanitaire. « Il s’agit majoritairement de frais de repas pour les salariés qui travaillaient », a-t-elle assuré. Et de rappeler : « Pendant le Covid, France Télévisions était en première ligne. Toutes les équipes étaient sur le pont sans s’arrêter et ce malgré les confinements. »

Financement de France Télévisions : “des efforts massifs” revendiqués

Interrogée sur la situation financière du groupe, Delphine Ernotte a mis en avant les « efforts massifs » réalisés depuis sa prise de fonctions, en 2015. Elle assure que France Télévisions pèse moins lourd dans les finances publiques qu’il y a dix ans : « En tenant compte de l’inflation, France Télévisions coûte aux Français 500 millions d’euros de moins qu’à mon arrivée », a-t-elle affirmé.

Pour autant, la dirigeante alerte sur une tension grandissante entre les moyens et les ambitions assignées au service public : elle pointe une « inadéquation croissante » entre les missions et les ressources de France TV. « Nous arrivons au bout d’un modèle pour France Télévisions. (…) L’entreprise se trouve dans une situation budgétaire difficile », a-t-elle reconnu.

Elle a indiqué qu’elle entendait appliquer « l’ensemble des recommandations de la Cour des comptes », qui avait publié en septembre un rapport très critique sur les finances du groupe.

 Un modèle à bout de souffle face à une concurrence exacerbée

« Des efforts, nous en avons fait », a insisté Delphine Ernotte, rappelant qu’entre 2015 et 2025, la dotation publique allouée à France Télévisions a baissé de 1,2 % « en valeur absolue et en euros courants ». Un recul qui intervient alors même que le groupe doit financer la transition numérique, maintenir une offre d’information nationale et régionale, soutenir la création et faire face à la montée en puissance des plateformes internationales.

Pour 2026, elle a déjà annoncé une baisse de 25 millions d’euros des investissements dans la création audiovisuelle et cinématographique. Une décision contrainte, prévient-elle, qui pourrait entraîner un « risque de décrochage » dans un paysage ultra-concurrentiel.

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