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La Chambre de commerce américaine alerte sur la nouvelle offensive industrielle de la Chine

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  • Selon le Financial Times, la Chambre de commerce des États-Unis estime que les grandes économies disposent d’une fenêtre d’action de plus en plus réduite face à l’expansion de la politique industrielle chinoise.
  • Soutenue par des subventions massives, une montée en gamme technologique et un contrôle accru des chaînes d’approvisionnement, Pékin consolide son influence sur le commerce mondial.

   Les entreprises américaines mettent en garde contre l’emprise grandissante de Pékin sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Dans un rapport relayé par le Financial Times, le principal lobby patronal américain estime que la Chine est entrée dans « une nouvelle phase d’impact mondial », caractérisée par une dépendance croissante des économies étrangères à ses chaînes d’approvisionnement.

Le document, rédigé par le cabinet Rhodium Group pour le compte de l’organisation basée à Washington, accuse Pékin de « doubler la mise » sur l’intervention publique dans l’industrie manufacturière, les services et les technologies de pointe.

Pour les auteurs du rapport, la Chine ne cherche plus uniquement à soutenir certains secteurs stratégiques : elle déploie désormais une politique industrielle à grande échelle destinée à remodeler durablement les équilibres industriels mondiaux.

Une réponse occidentale jugée insuffisante

La Chambre de commerce américaine estime que les précédents avertissements sur la montée en puissance industrielle chinoise n’ont pas été suivis d’effets suffisants dans les grandes économies occidentales.

« Le défi auquel le monde est aujourd’hui confronté n’est pas le résultat d’un déficit d’information. Des rapports ont été publiés. Les avertissements sont parvenus aux plus hauts niveaux des gouvernements et de l’industrie dans les grandes économies. Pourtant, dans de trop nombreux cas, la réponse a été insuffisante », souligne l’organisation, citée dans FT

Le rapport fait notamment référence au programme « Made in China 2025 », lancé pour renforcer l’autonomie technologique du pays dans les secteurs critiques. Selon Washington, cette stratégie a longtemps été sous-estimée par les partenaires commerciaux de Pékin.

Vers une « politique industrielle du tout »

Rhodium Group décrit une évolution profonde du modèle chinois. Le cabinet évoque le passage d’une intervention ciblée par filière à une véritable « politique industrielle golbale ».

Pékin chercherait désormais à étendre sa domination au-delà des secteurs où il dispose déjà d’une avance significative, comme les minerais critiques ou les aimants industriels, vers un ensemble beaucoup plus large d’activités manufacturières et technologiques.

Le gouvernement chinois accorderait également une place croissante aux services, signe que la stratégie industrielle dépasse désormais le seul périmètre de la production industrielle classique.

Un excédent commercial dopé par les exportations technologiques

Le rapport souligne que l’excédent commercial chinois dans les biens a doublé depuis 2019 pour atteindre 2.000 milliards de dollars. Cette progression serait alimentée à la fois par les soutiens publics massifs et par la faiblesse persistante de la demande intérieure chinoise.

Dans ce contexte, les entreprises du pays accélèrent leur expansion internationale. Certains observateurs évoquent déjà un « China Shock 2.0 », en référence au bouleversement provoqué par l’intégration industrielle de la Chine dans le commerce mondial au début des années 2000.

Mais la dynamique actuelle diffère sensiblement : Pékin ne s’appuie plus uniquement sur des productions à bas coûts. Le pays gagne désormais des parts de marché dans les véhicules électriques, les technologies propres, la chimie, les machines et les équipements industriels.

Les chaînes d’approvisionnement au cœur des tensions

Le rapport met également en garde contre l’utilisation croissante des outils réglementaires et commerciaux chinois pour renforcer son influence stratégique.

« La dépendance mondiale aux chaînes d’approvisionnement chinoises s’accentue pour un nombre croissant de produits critiques », souligne Rhodium Group. Le cabinet estime que Pékin mobilise à la fois les contrôles à l’exportation, la réglementation et la coercition économique pour consolider sa position dans les chaînes de valeur mondiales. « La fenêtre pour une réponse politique efficace se réduit », avertit encore le rapport.

 Fusion nucléaire et biofabrication parmi les nouvelles priorités

Autre signal relevé par Rhodium : le dernier plan quinquennal chinois inclut désormais des technologies de rupture comme la biofabrication, l’énergie issue de la fusion nucléaire ou encore les interfaces cerveau-machine.

Selon le cabinet, cette orientation traduit une ambition plus large : passer d’une logique de soutien sectoriel à « un effort plus large visant à remodeler l’ensemble de l’écosystème industriel ».

Le rapport observe enfin que les grands groupes chinois dépendent de plus en plus de leurs revenus internationaux. La part moyenne du chiffre d’affaires réalisée hors de Chine par les 500 principales entreprises du pays a atteint 47 % en 2024, un niveau désormais comparable à celui des grands groupes américains.

Une évolution qui illustre, selon Rhodium, la capacité croissante des entreprises chinoises à s’imposer sur les marchés mondiaux, y compris dans les secteurs à forte valeur ajoutée.

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