- Sébastien Lecornu a annoncé le recours à l’article 49.3 pour faire adopter le projet de loi de finances 2026 sans vote, dès la partie recettes examinée mardi.
- Olivier Faure a confirmé que les députés socialistes ne voteront pas la censure, tandis que LFI et le RN annoncent une motion.
Annoncé « avec regret » lundi 19 janvier, le recours à l’article 49.3 déclenché dès mardi sur la partie recettes du projet de loi de finances 2026. Olivier Faure confirme que le PS ne votera pas la censure, réduisant fortement les chances de succès d’une motion pourtant annoncée par La France insoumise et le Rassemblement national.
Lecornu active le 49.3 sur le budget 2026, malgré sa promesse d’octobre
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a déclenché l’article 49.3 de la Constitution afin de faire adopter le budget 2026 sans vote. Un virage politique, alors que le chef du gouvernement s’était engagé en octobre dernier à ne pas utiliser cet outil constitutionnel.
Prévu par la Constitution, l’article 49.3 permet au gouvernement de faire passer un texte sans vote, à moins qu’une majorité de députés n’adopte une motion de censure. Dans ce cas, le gouvernement est renversé. Mais dans l’équation actuelle, l’arithmétique parlementaire rend l’issue incertaine, et la position du Parti socialiste apparaît déterminante.
Olivier Faure : « Donc nous ne censurons pas le gouvernement »
C’est précisément sur ce point que le PS a tranché. Mardi 20 janvier, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a confirmé que les députés socialistes ne voteront pas la censure visant à renverser Sébastien Lecornu.
Au micro de France Inter, il a assumé cette ligne tout en indiquant attendre la version finale du texte :
« On n’a pas encore vu la copie finale, mais de ce que je comprends, de ce que nous dit le Premier ministre, effectivement, (les) conditions (d’une non-censure) seront remplies. Donc nous ne censurons pas le gouvernement. »
Sans le soutien des socialistes, l’adoption d’une motion de censure devient très improbable, même si plusieurs forces d’opposition affirment vouloir tenter le coup.
LFI dénonce un « gouvernement minoritaire » et « menteur »
À gauche, La France insoumise entend faire de ce 49.3 un marqueur politique. Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, a dénoncé mardi 20 janvier sur franceinfo un « échec du gouvernement Lecornu » et assuré que son camp chercherait à le faire tomber : « donc évidemment, nous le censurerons ».
Elle s’en prend aussi à la méthode et à la parole donnée : l’annonce vient, selon elle, « d’un gouvernement minoritaire » et « menteur », « puisqu’il avait promis de renoncer au 49.3 » en octobre dernier. Et d’ajouter : « Nous refusons de banaliser le recours au passage en force. »
LFI veut par ailleurs élargir le front : « Nous avons proposé au groupe communiste, mais aussi au groupe écologiste, de la déposer avec nous, ce qui devrait probablement se faire. »
Le RN aussi partant pour censurer, mais sans le PS la victoire est incertaine
Dans le même temps, le Rassemblement national a annoncé son intention de déposer une motion de censure. Mais, comme pour LFI, l’obstacle demeure le même : sans les voix socialistes, la probabilité de réunir une majorité de députés reste faible.
Laurent Wauquiez entretient le suspense sur le contenu
À droite, la Droite Républicaine se dit partagée entre satisfaction et méfiance. Laurent Wauquiez, président du groupe, conditionne la position de ses députés au contenu exact du budget et aux efforts demandés aux entreprises.
« Parce qu’il y a plein de zones qui ne sont pas encore clarifiées. Qu’est-ce qu’il y a comme vraies économies dedans ? Quels sont les efforts qui sont demandés ou non à nos entreprises ? Et c’est en fonction de ça, qu’avec les députés de notre groupe, on se prononcera », a t-il indiqué
Une séquence décisive à l’Assemblée dès mardi
Le calendrier s’accélère : le 49.3 a mardi après-midi sur les recettes du budget 2026. Dans la foulée, les motions de censure promises par LFI et le RN ont été déposées, avant un vote dont l’issue paraît d’ores et déjà suspendue aux rapports de force — et surtout au choix du PS, qui a annoncé ne pas censurer.
Pour l’exécutif, l’objectif est clair : sécuriser l’adoption du projet de loi de finances 2026. Pour l’opposition, la bataille se jouera autant dans l’hémicycle que dans le récit politique d’un 49.3 présenté, selon les mots de Mathilde Panot, comme un « passage en force », et assumé par le gouvernement « avec regret ».
