- Des laits infantiles commercialisés par Lactalis, Nestlé et Danone sont rappelés dans plusieurs pays d’Europe et au-delà, sur fond de crainte d’une possible contamination à la toxine céréulide.
- En France, deux enquêtes pénales ont été ouvertes après la mort de deux nourrissons, tandis que l’ECDC ne confirme à ce stade qu’un seul cas d’intoxication sur le continent, en Belgique.
Allemagne, Italie, Suède, France… Depuis plusieurs semaines, des références de laits infantiles de Lactalis, Nestlé et Danone font l’objet de rappels et retraits sur de nombreux marchés. La crainte porte sur une possible contamination à la toxine céréulide, une substance associée à des intoxications alimentaires.
En France, l’affaire a pris une dimension judiciaire. Deux enquêtes pénales distinctes ont été ouvertes à Angers et Bordeaux, après le décès de deux nourrissons ayant consommé un lait infantile rappelé. En parallèle, l’ONG Foodwatch indique que neuf bébés sont tombés malades, sans qu’un lien formel n’ait, pour l’instant, été établi entre les signalements et les produits en question.
Un seul cas confirmé par l’ECDC, en Belgique
Au niveau européen, l’ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies) adopte une ligne prudente. L’agence indique qu’un unique cas d’intoxication a pu être formellement identifié à date sur le continent : en Belgique, où l’enfant a présenté des symptômes modérés.
« Les tests de laboratoire ont confirmé la présence de la toxine dans un échantillon de selles du nourrisson, qui avait consommé du lait maternisé provenant d’un lot rappelé. Le nourrisson a présenté des vomissements et de la diarrhée, mais s’est bien rétabli« , détaille l’organisme
S’agit-il d’un épisode isolé ou d’un signal précurseur ? L’ECDC confirme l’existence de plusieurs enquêtes nationales en cours dans l’Union européenne, mais refuse, à ce stade, d’en préciser le nombre ou la liste des pays concernés.
Sur le terrain, les symptômes rapportés restent majoritairement de faible intensité, notamment diarrhées et vomissements. Mais l’agence européenne insiste : ces signes sont fréquents chez les nourrissons et ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à une intoxication liée au lait.
« Il est important de noter que les vomissements et la diarrhée chez les nourrissons sont des symptômes courants qui peuvent être causés par de nombreux facteurs différents, notamment des infections virales telles que le norovirus« , contextualise l’organisme.
Chez les très jeunes enfants, ces troubles peuvent toutefois conduire à une déshydratation rapide, justifiant une vigilance médicale.
Même prudence côté autorités françaises : dans un communiqué, elles assurent qu’il n’a pas été établi de « lien de causalité » entre la consommation de lait infantile et la survenue de symptômes chez les nourrissons.
Des retraits “préventifs” depuis décembre 2025
Selon l’ECDC, les opérations de retrait ont démarré tôt, à titre de précaution. Les rappels et retraits « préventifs » ont débuté dès décembre 2025 et « se poursuivent en janvier 2026 en mesure de prévention », souligne l’agence, rappelant que le sujet dépasse les frontières françaises et européennes.
L’organisme estime néanmoins que le risque d’exposition recule : « Les produits étant retirés et rappelés dans de nombreux pays, le risque d’une nouvelle exposition (à la toxine, NDLR) diminue« , note l’ECDC, tout en rappelant que le lien entre produits et symptômes n’est pas, à ce stade, confirmé.
Les produits concernés ne doivent pas être consommés. Ils ne doivent pas non plus être rapportés en magasin. Les fabricants demandent aux acheteurs de prendre contact pour un remboursement, avec une preuve (comme une photo), et de jeter le produit.
Foodwatch attaque en justice, la ministre promet des sanctions
Ce jeudi 29 janvier, Foodwatch a annoncé porter plainte contre les industriels et l’État français, accusés de ne pas avoir rappelé les produits à temps. Interpellée à l’Assemblée nationale mardi, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a affirmé que les procédures avaient été « très très bien respectées » et a promis une réponse ferme en cas de manquements.
« D’ici la fin de semaine tous les industriels concernés devront terminer les tests nécessaires et transmettre leurs résultats à l’État. Nous n’aurons pas la main qui tremble. S’il y avait une défaillance avérée, elle serait naturellement sanctionnée« , at-elle indiqué
Un fournisseur chinois au centre des soupçons : Cabio Biotech
Dans ce dossier, l’étau se resserre autour d’un fournisseur chinois, Cabio Biotech, une entreprise basée à Wuhan, soupçonnée d’avoir produit la substance chimique contenue dans le lait et potentiellement à l’origine des contaminations. Aucune mise en cause officielle n’a encore été annoncée, mais plusieurs indices convergent vers cette société, dans un contexte où Danone ou Nestlé ont procédé à des rappels dans au moins 18 pays, selon les informations évoquées dans le texte source.
Pour le moment, l’entreprise n’a pas réagi en détail, indiquant seulement que des analyses étaient en cours et qu’aucun résultat n’était disponible. Mais le fournisseur de Wuhan aurait alerté au moins l’un de ses clients, le fabricant de laits Nutribio, qui a ensuite procédé à des retraits de produits.
De son côté, Nestlé a évoqué un « fournisseur d’envergure » sans le nommer. Une expression qui, selon les éléments cités, correspond au profil de l’entreprise soupçonnée, présentée comme l’un des rares producteurs mondiaux d’acide arachidonique (ARA), substance au cœur de cette alerte sanitaire
