- Sous serment, Rachida Dati accuse l’équipe de « Complément d’enquête » d’avoir tenté de payer un membre de sa famille pour obtenir des informations.
- Auditionnés le 12 février, les journalistes réfutent « catégoriquement » et évoquent un e-mail d’un proche de la ministre.
- La commission d’enquête sur l’audiovisuel public exige désormais des documents avant le 23 février, sur fond de possible suspicion de parjure.
La tension est montée d’un cran autour de Complément d’enquête et de la ministre de la Culture. Le 5 février, devant la commission d’enquête, Rachida Dati a accusé les équipes du magazine diffusé sur France Télévisions d’avoir approché un membre de sa famille, via un tiers, avec une proposition financière en échange d’informations la concernant.
« Ils ont proposé, via un tiers (un journaliste indépendant, NDLR), auprès d’un membre de ma famille, de pouvoir le payer » pour des informations sur elle, a déclaré la ministre. Elle a ajouté : « Il y a eu des échanges », affirmant disposer des coordonnées de ce tiers.
Le magazine avait consacré un numéro à Rachida Dati en 2025. Les propos de la ministre, prononcés sous serment, ont immédiatement placé l’affaire sur un terrain hautement sensible : celui des pratiques journalistiques et de la crédibilité des déclarations devant des députés.
Tristan Waleckx : « Je démens cela catégoriquement et sous serment »
Une semaine plus tard, jeudi 12 février, les responsables de Complément d’enquête ont été auditionnés à leur tour par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. Et le démenti a été frontal.
« Nous n’avons évidemment pas proposé d’argent à quiconque dans l’entourage de Madame Dati, fut-ce par un tiers. Je démens cela catégoriquement et sous serment », a déclaré Tristan Waleckx, présentateur et rédacteur en chef de l’émission, interrogé par le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons).
L’enjeu, pour les journalistes, est double : contester l’accusation et défendre une méthode d’enquête qu’ils jugent conforme aux règles de la profession. Dans la foulée, Louis Milano-Dupont, auteur du reportage visant la ministre, a insisté sur la dimension déontologique du dossier.
« Je vais être très clair. J’ai bien conscience de vous répondre sous serment. Jamais je n’ai monnayé un témoignage, ni même tenté de monnayer un témoignage », a-t-il affirmé.
Le journaliste a poursuivi en rappelant ce qu’il considère comme un principe intangible : une rémunération pour obtenir un témoignage serait, selon lui, « contraire aux règles déontologiques les plus élémentaires [du métier de journaliste] ». Avant d’ajouter : « Cela ne fait évidemment pas partie de nos pratiques ».
L’audition du 12 février a aussi été marquée par l’évocation d’un message écrit. Louis Milano-Dupont a expliqué avoir reçu « il y a quelques jours » un e-mail envoyé par un « proche de Madame Dati [qui] s’est reconnu dans les propos qui ont été tenus ici » et qui « affirme clairement que Complément d’enquête ne lui a jamais proposé d’argent ».
Avec l’accord du rapporteur Charles Alloncle (Union des droites pour la République), le président Jérémie Patrier-Leitus a demandé à ce que cet e-mail soit transmis et intégré aux travaux parlementaires. « Je demanderai donc à Madame la ministre de la Culture de me transmettre les documents dont elle a connaissance et qu’elle a en sa possession selon ce qu’elle a indiqué ici même », a poursuivi le député.
La commission d’enquête exige des documents avant le 23 février
La commission a, de son côté, formalisé ses demandes par écrit. Elle a donné une semaine à la ministre pour produire les éléments attestant ce qu’elle avance.
« Nous vous saurons gré de nous transmettre, avant le lundi 23 février, les documents attestant la tentative de monnayage d’informations dont vous avez fait état », indique un courrier signé par Jérémie Patrier-Leitus et Charles Alloncle.
Lors de sa première audition, Rachida Dati avait refusé de remettre ces éléments à la commission, estimant ne pas y être tenue. « Ce sont des échanges privés qui concerne un tiers, je n’ai pas d’obligation de les remettre. Il ne le souhaite pas, je ne le fais pas », avait-elle déclaré le 5 février.
Cette position place désormais la ministre face à une injonction politique claire : documenter ses accusations, alors même que les journalistes contestent en bloc toute proposition d’argent.
La commission cherche ainsi à établir « qui dit la vérité » entre la ministre et l’équipe du magazine, les deux parties ayant livré des versions incompatibles sous serment. Une situation qui, si elle reste sans preuves ou si des éléments contredisent l’une des déclarations, pourrait conduire à une saisine de la justice pour suspicion de parjure.
Les travaux parlementaires doivent se poursuivre, la commission reprenant mardi ses auditions avec une série de syndicats de producteurs audiovisuels, dans le cadre plus large de son enquête sur l’audiovisuel public.
