- En visite officielle de trois jours en Inde, Emmanuel Macron affiche avec Narendra Modi une relation stratégique en pleine montée en puissance.
- De la défense à l’intelligence artificielle, en passant par le commerce international et les tensions géopolitiques, Paris et New Delhi revendiquent un partenariat “sans limites” face à la “mutation de l’ordre international”.
C’est à Bombay, capitale économique de l’Inde, qu’Emmanuel Macron a donné le ton, mardi 17 février, au premier jour de sa quatrième visite officielle. Le président français a salué une “accélération remarquable” de la relation bilatérale, estimant que Paris et New Delhi doivent répondre ensemble à la “mutation de l’ordre international”.
Devant la presse, le chef de l’État a revendiqué une ligne d’indépendance stratégique : les deux partenaires ne veulent “subir aucune forme d’hégémonie” ni la “conflictualité de quelque-uns”, a-t-il affirmé à l’issue d’un entretien avec le Premier ministre indien.
Narendra Modi a abondé dans le même sens, en martelant la solidité d’un lien présenté comme unique. “Les liens entre l’Inde et la France sont très spéciaux. La France est l’un des plus anciens partenaires stratégiques de l’Inde”, a-t-il souligné, avant de répéter une formule appelée à marquer la séquence :
“Le partenariat indo-français n’a pas de limites. Il s’étend des profondeurs des océans aux plus hautes montagnes.”
Macron “récuse les méthodes coercitives” sur fond de tensions douanières
Dans un contexte de crispations commerciales mondiales, Emmanuel Macron a aussi voulu ancrer son message dans le champ économique. “Nous croyons dans le commerce international” et “récusons les méthodes coercitives”, a-t-il déclaré, en référence à la guerre des droits de douane imposée au monde par Donald Trump.
Après la signature fin janvier d’un méga-accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Inde, le président français a vanté les mérites d’un commerce international sans escalade tarifaire permanente. Les deux dirigeants, qui président respectivement cette année le G7 et le groupe des Brics, ont également marqué leur volonté de coordonner leurs efforts pour parvenir à des “convergences” face aux grands déséquilibres commerciaux entre États-Unis, Chine et Europe.
Vers une “réunion ad hoc” avant le G7 d’Évian
Pour donner une traduction diplomatique à cette convergence, Emmanuel Macron a proposé une initiative concrète : une “réunion ad hoc qui permettra d’établir des convergences concrètes sur l’agenda international des grands équilibres”. Un sommet qui pourrait se tenir au printemps, avant le G7 prévu à Évian en juin, auquel Narendra Modi a été convié.
Côté indien, l’accent est mis sur la réforme du multilatéralisme. “Nous partageons l’idée que les défis mondiaux ne peuvent être résolus qu’à travers des institutions multilatérales réformées”, a estimé Narendra Modi, en élargissant le spectre des sujets.
“Qu’il s’agisse de l’Ukraine, de l’Asie ou de (la région) Indo-Pacifique, nous soutenons les efforts de paix dans toutes les régions.”
Sur l’Ukraine, dossier sensible entre les deux pays, Emmanuel Macron a appelé à “unir leurs efforts” pour soutenir la mise en place d’un “moratoire immédiat et durable sur les frappes (russes) contre les civils, les infrastructures civiles”.
Narendra Modi n’a pas condamné l’invasion de l’Ukraine par la Russie, partenaire traditionnel de l’Inde, notamment pour les livraisons d’équipement militaire. Le Premier ministre s’était toutefois rendu à Kiev en septembre 2024, tout en subissant la pression de Washington pour réduire les importations indiennes de pétrole russe.
Défense : l’Inde vise 114 Rafale supplémentaires, Paris se dit confiant
Le volet militaire s’impose comme l’un des piliers les plus concrets du rapprochement. Qualifié de partenariat “spécial, global et stratégique” par Narendra Modi, l’axe franco-indien a été illustré, juste avant la visite d’Emmanuel Macron, par la décision indienne d’acheter 114 avions de combat Rafale supplémentaires pour son armée de l’Air, en plus des 36 déjà acquis.
Aucune signature n’a toutefois été annoncée immédiatement. Mais “les négociations avancent” et “Paris est confiant”, selon l’entourage du président Macron. Le constructeur Dassault doit encore négocier la part des Rafale qui seront fabriqués en Inde, Delhi réclamant une part importante — la “majorité” selon l’Élysée — dans la logique “Make in India”.
La présidence française a par ailleurs indiqué que l’Inde s’intéressait aussi à de nouveaux Rafale dans leur version marine, capables d’opérer depuis un porte-avions. New Delhi en adéjà acheté 26 exemplaires.
Une chaîne Airbus près de Bangalore, puis le Sommet mondial sur l’IA
Autre signal industriel : les deux dirigeants ont inauguré à distance une chaîne de montage d’hélicoptères Airbus, les H125, située près de Bangalore, capitale de la “tech” indienne. Un geste symbolique, “en appuyant sur un bouton”, pour matérialiser une coopération qui se veut aussi industrielle.
La fin de la visite bascule vers l’innovation. Elle sera placée sous le signe de l’intelligence artificielle, avec un dîner inaugural mercredi soir à New Delhi lors du Sommet mondial consacré à l’IA, puis une séquence plénière jeudi en présence d’une quinzaine de chefs d’État et de gouvernement.
