- Secoué par un vaste rappel de laits infantiles et par une croissance qui s’essouffle depuis l’inflation de 2022, Nestlé présente sa feuille de route pour repartir de l’avant.
- Le groupe suisse veut concentrer ses moyens sur ses activités les plus rentables, accélérer l’investissement dans ses marques “à fort potentiel”
Lors de la publication de ses résultats annuels, Nestlé a dévoilé jeudi ses projets pour relancer sa croissance. Le numéro un mondial de l’alimentation dit vouloir donner la priorité à quatre domaines d’activités afin de mieux résister à la pression sur le pouvoir d’achat et à la concurrence des marques de distributeurs.
Dans un communiqué, le groupe indique vouloir se concentrer sur le café, les produits pour animaux de compagnie et la nutrition — trois segments qui représentent à eux seuls 70% du chiffre d’affaires — ainsi que sur les marques régionales de premier plan dans les produits culinaires et snacks.
À la tête du groupe depuis septembre, Philip Navratil affiche une ligne claire : renforcer les marques qui tirent la performance et arbitrer plus vite entre les activités. Il dit vouloir mettre l’accent sur les marques “les plus fortes”, avec “une allocation optimisée des ressources” et en augmentant les investissements sur les produits “à fort potentiel”, a-t-il déclaré dans un communiqué.
Un discours qui traduit une volonté de resserrer la stratégie autour des catégories jugées les plus porteuses, au moment où la demande reste fragile dans plusieurs marchés.
Autre chantier majeur : la rationalisation du portefeuille. Nestlé annonce des “négociations avancées en vue d’une vente à Froneri du reste de nos activités dans le domaine des glaces” et précise avoir “entamé le processus d’engagement formel avec des partenaires potentiels” durant le premier trimestre.
Le groupe ajoute que cette activité “devrait être déconsolidée à partir de 2027”, signe d’une réorganisation au long cours visant à concentrer les ressources sur les segments prioritaires.
Résultats 2025 : bénéfice net en baisse de 17%, chiffre d’affaires en recul
Sur l’exercice 2025, Nestlé annonce un bénéfice net en baisse de 17%, à 9 milliards de francs suisses (environ 9,9 milliards d’euros), et un chiffre d’affaires en repli de 2%, à près de 89,5 milliards de francs.
Les chiffres publiés ressortent légèrement sous les attentes des marchés : cité par l’AFP, les analystes interrogés par l’agence suisse AWP tablaient en moyenne sur 10,08 milliards de francs de bénéfice et 89,57 milliards de francs de chiffre d’affaires.
Indicateur clé pour le secteur, la croissance organique — qui mesure les ventes hors effets de change et hors acquisitions ou cessions — s’est établie à 3,5%. Les volumes ont progressé de 0,8%, tandis que les hausses de prix ont contribué à la croissance à hauteur de 2,8%.
Depuis la vague inflationniste de 2022, Nestlé comme d’autres groupes agroalimentaires a largement compté sur les ajustements tarifaires, au risque d’alimenter l’arbitrage des consommateurs vers les marques de distributeurs.
2026 : prévisions de croissance de 3% à 4%
Pour 2026, Nestlé vise une croissance “d’environ 3% à 4%”. Le groupe précise que ces prévisions intègrent notamment l’impact des ruptures de stock survenues à la suite du rappel des laits infantiles.
Un point sensible pour l’entreprise, alors que la confiance des consommateurs est un facteur déterminant sur le marché de la nutrition infantile.
La relance intervient après une période de turbulences managériales. En septembre, Philipp Navratil, ancien directeur de Nespresso, a repris les commandes après le licenciement de Laurent Freixe “suite à une relation amoureuse non-déclarée avec une subordonnée directe”. Son prédécesseur, Mark Schneider, avait été “subitement évincé en août 2024” dans un contexte d’érosion des ventes.
Ces changements se produisent alors que le groupe accumule les dossiers sensibles : après le scandale des pizzas Buitoni en 2022, Nestlé a connu des controverses autour de ses eaux en bouteille depuis 2024, avant d’être rattrapé par un vaste rappel de laits infantiles à partir de décembre.
Rappel des laits infantiles : une toxine détectée, plus de 60 pays concernés
Nestlé, présenté comme le numéro un mondial des laits pour bébés, avait lancé un premier rappel en décembre après avoir détecté de petites quantités de céréulide, une toxine susceptible de provoquer vomissements et diarrhées, sur une ligne de production aux Pays-Bas.
Au fil des analyses, le groupe dit avoir identifié un ingrédient — “une huile riche en acide arachidonique” — provenant d’un fournisseur comme source de la contamination. Nestlé a ensuite procédé à un rappel plus large début janvier, touchant plus de soixante pays. D’autres fabricants ont également été affectés, dont Danone et Lactalis, contraints de lancer des rappels similaires.
En concentrant ses investissements sur le café, le petfood et la nutrition, et en préparant la sortie des glaces, Nestlé veut afficher une discipline nouvelle dans l’allocation du capital. Reste que la trajectoire 2026 sera scrutée à l’aune de deux facteurs : la capacité du groupe à réaccélérer la croissance sans dépendre uniquement des hausses de prix, et la gestion de l’impact durable du rappel des laits infantiles sur une catégorie où la réputation est un actif clé.
