- Le plan d’urgence de plus d’un milliard d’euros annoncé par le gouvernement pour soutenir l’agriculture française ne convainc pas les principales organisations syndicales.
- Face à des pertes estimées à au moins 10 milliards d’euros, la FNSEA, les Jeunes Agriculteurs et la Confédération paysanne appellent à renforcer rapidement les aides et envisagent des mobilisations.
Après un été 2026 marqué par des épisodes exceptionnels de sécheresse et de canicule, le gouvernement a dévoilé vendredi 4 septembre un plan de soutien de plus d’un milliard d’euros en faveur des exploitations agricoles. L’objectif affiché est de compenser une partie des pertes de production et de soutenir les fermes confrontées à de graves difficultés de trésorerie.
Le dispositif comprend notamment des indemnisations accélérées, la prolongation de certaines aides sur le gazole et les engrais ainsi que la création d’un « fonds de réarmement agricole ». Celui-ci doit permettre aux exploitations les plus durement touchées de financer l’achat de semences, de fourrage et d’aliments pour animaux.
Sur l’enveloppe annoncée, 520 millions d’euros doivent être versés rapidement au titre des dommages climatiques, tandis que 235 millions seront consacrés au fonds de relance. Entre 30.000 et 35.000 exploitations seraient actuellement en difficulté financière, selon la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, selon Reuters
Dans un contexte budgétaire déjà contraint, le Premier ministre Sébastien Lecornu a cependant prévenu que ces dépenses supplémentaires seraient compensées par des économies réalisées dans d’autres secteurs.
La FNSEA réclame au moins deux milliards d’euros
Pour la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), l’enveloppe gouvernementale reste très éloignée des besoins du secteur. « Ce n’est pas à la hauteur de l’ambition », a réagi son secrétaire général, Hervé Lapie.
La FNSEA évalue à au moins 10 milliards d’euros les pertes provoquées par la sécheresse et les vagues de chaleur. Les filières de l’élevage et des grandes cultures auraient chacune subi plus de 5 milliards d’euros de dommages.
« On a toujours dit que l’État n’était pas là pour compenser les 10 milliards d’euros de pertes estimées, mais il nous faut au moins 2 milliards. En 2021, on a eu un gel sur la viticulture, il y a eu 1 milliard d’euros de mis sur la table. Là, vous avez les arboriculteurs, les maraîchers, les grandes cultures, les éleveurs… », a déclaré Hervé Lapie.
Selon le responsable syndical, les difficultés de trésorerie menacent désormais la survie immédiate de nombreuses exploitations. « Il y a des gens qui ne vont pas passer l’année s’il n’y a pas de l’argent rapidement qui arrive dans les exploitations », a-t-il averti.
Des actions syndicales envisagées
La FNSEA entend demander à ses adhérents « de monter au créneau pour qu’on aille chercher des enveloppes supplémentaires » auprès des préfets. Le syndicat doit également rencontrer le Premier ministre le 8 septembre afin de défendre une réévaluation des pertes et une augmentation des financements.
« On va remonter au créneau pour qu’on reconsidère la perte », a prévenu Hervé Lapie, précisant que son organisation « n’exclut pas des actions syndicales ».
La FNSEA demande parallèlement la réouverture des négociations avec la grande distribution sur la répartition des marges, en particulier dans les filières arboricole, maraîchère et de l’élevage. Le syndicat estime que les distributeurs, les banques, les assureurs et les collectivités territoriales doivent également participer à l’effort de soutien.
Les Jeunes Agriculteurs dénoncent l’absence de stratégie
Les Jeunes Agriculteurs considèrent les annonces gouvernementales comme « un premier geste qui reste insuffisant pour compenser les conséquences dramatiques de la sécheresse historique ».
Le syndicat reconnaît que l’accélération des indemnisations, les mesures de simplification administrative et la création du fonds de réarmement répondent à certaines demandes formulées ces dernières semaines. Il regrette toutefois l’absence de réponses structurelles et de mesures spécifiquement destinées aux jeunes exploitants.
« Des rustines pour l’urgence, toujours aucune stratégie pour l’avenir », résume l’organisation dans son communiqué.
« Où sont les financements pour adapter nos exploitations ? Où sont les investissements pour moderniser nos bâtiments d’élevage frappés de plein fouet par les épisodes de canicule ? », s’interroge le syndicat.
Les Jeunes Agriculteurs avaient notamment proposé la création d’un prélèvement exceptionnel, sur le modèle de l’impôt sécheresse instauré en 1976, afin de financer les investissements nécessaires à l’adaptation de l’agriculture au changement climatique.
La Confédération paysanne redoute un « plan social »
La Confédération paysanne porte un jugement tout aussi sévère. Pour son porte-parole, Stéphane Galais, le plan présenté par l’exécutif est « loin d’être suffisant ».
« On avait appelé à au moins 2 à 3 milliards, c’est-à-dire 5.000 euros par actif dans les fermes pour faire face à l’urgence. On a estimé qu’il y a 82 % des paysans et des paysannes qui sont laissés sur le bord de la route », a-t-il déclaré.
Le syndicat craint que l’insuffisance des aides n’accélère la disparition des exploitations les plus fragiles. Le dispositif gouvernemental équivaudrait ainsi à « un plan social » pour l’agriculture, susceptible de favoriser la concentration des terres et l’agrandissement des fermes survivantes.
Selon Stéphane Galais, ces modèles encouragent des pratiques « qui favorisent le dérèglement climatique », notamment à travers « la perte des haies, la dégradation du sol, l’usage d’intrants, d’engrais et de pesticides chimiques ».
« La colère est grande parce qu’on est les premiers à subir les conséquences du réchauffement climatique », a-t-il insisté, en appelant à son tour les agriculteurs à se mobiliser. Les prochaines discussions avec le gouvernement seront donc décisives pour déterminer si l’exécutif accepte de compléter son plan d’urgence par de nouvelles enveloppes et une stratégie d’adaptation à plus long terme.
