- Après des frappes iraniennes sur deux sites stratégiques, QatarEnergy a suspendu toute sa production de gaz naturel liquéfié.
- En quelques heures, le marché du gaz européen s’est embrasé, le Brent a bondi, et la crainte d’un blocage durable du détroit d’Ormuz a ravivé le spectre d’un choc énergétique mondial.
La compagnie publique qatarie QatarEnergy a annoncé lundi 2 mars la suspension complète de sa production de gaz naturel liquéfié (GNL) après des frappes iraniennes contre deux de ses sites majeurs. Dans la nuit, deux drones iraniens ont visé les zones industrielles de Ras Laffan et de Mesaieed, au Qatar, sans faire de victimes selon les informations disponibles.
Le premier drone a ciblé une installation de traitement du gaz à Ras Laffan, principal site de production de GNL du pays, situé à 80 kilomètres au nord de Doha. Le second a frappé un réservoir d’eau d’une centrale électrique à Mesaieed, base clé de la production gazière, à 40 kilomètres au sud de la capitale. QatarEnergy a aussitôt cessé toute production de GNL et de produits dérivés, déclenchant une réaction immédiate des marchés.
Le gaz en Europe explose : le TTF néerlandais bondit au plus haut depuis février 2025
L’impact a été fulgurant sur les cours du gaz. Le contrat à terme du TTF néerlandais, référence européenne, s’est envolé de plus de 50% dans l’après-midi, atteignant un pic à 49,14 euros le mégawattheure, un sommet depuis février 2025. Le niveau reste toutefois très inférieur à celui de la crise de 2022, au début de la guerre en Ukraine, quand les prix avaient dépassé les 300 euros.
Les opérateurs anticipent une tension sur l’offre, alors que le Qatar est un fournisseur clé du marché mondial du GNL, et donc un maillon central pour l’équilibre énergétique européen.
« Les frappes contre l’Iran menées par les États-Unis et Israël ont ravivé la question la plus déterminante en matière de sécurité énergétique pour l’économie mondiale »- Simone Tagliapietra
Hausse brutale du brut : le Brent dépasse 82 dollars, le WTI bondit
La flambée s’est propagée au pétrole. Le baril de Brent de la mer du Nord grimpait de plus de 13%, dépassant les 82 dollars en séance — contre 60 dollars en début d’année. Son équivalent américain, le WTI, bondissait de 7,62% à 72,13 dollars.
Dans ce contexte, Simone Tagliapietra, analyste au centre de réflexion européen Bruegel, résume l’enjeu, citée par l’AFP : « Les frappes contre l’Iran menées par les États-Unis et Israël ont ravivé la question la plus déterminante en matière de sécurité énergétique pour l’économie mondiale », évoquant le risque de perturbation des flux transitant par le détroit d’Ormuz.
Qatar, acteur clé du gaz : l’impact d’un fournisseur stratégique
L’arrêt de production a d’autant plus inquiété que l’État du Golfe figure parmi les poids lourds du secteur. « Le Qatar figure parmi les trois principaux exportateurs mondiaux de GNL », rappelle Neil Wilson à tv5monde, analyste à Saxo Markets, qui évoque des perturbations « peut-être majeures » des flux énergétiques vers l’Europe.
Le Qatar partage aussi avec l’Iran le plus grand réservoir de gaz naturel du monde. Sa part, le North Field, renferme environ 10%des réserves connues de la planète. Ces dernières années, Doha a conclu des contrats de fourniture à long terme avec Total, Shell, Sinopec ou encore Eni, ce qui renforce la portée de toute interruption d’activité.
Détroit d’Ormuz : le risque majeur qui affole les marchés
La suspension qatarie s’ajoute à un autre facteur de tension déterminant : le blocage de facto du détroit d’Ormuz. Par ce goulet d’étranglement large d’une cinquantaine de kilomètres transitent 20% du pétrole consommé dans le monde, soit 20 millions de barils par jour.
Dimanche, trois navires ont été attaqués dans la zone. Sous l’effet de l’explosion des primes d’assurance, les principales compagnies maritimes ont suspendu leurs traversées. L’Organisation maritime internationale (OMI) a appelé à « éviter » la région, accentuant l’impression d’un point de rupture logistique.
Asie en première ligne, Europe sous pression sur les stocks
Les pays asiatiques s’annoncent comme les premiers touchés : plus de 80% du pétrole et du gaz transitant par Ormuz leur est destiné, selon l’Agence internationale de l’Énergie. L’Union européenne a affirmé ne pas avoir d’« inquiétudes immédiates » pour ses membres. Mais Simone Tagliapietra tempère : face à la faiblesse des réserves de gaz cette année, l’Europe pourrait être « contrainte de concurrencer les acheteurs asiatiques pour les cargaisons » arrivant encore.
Dans la région, un autre incident est venu renforcer la nervosité : en Arabie saoudite, la raffinerie de Ras Tanura, exploitée par Saudi Aramco, a dû interrompre certaines opérations après une attaque ayant provoqué un incendie.
En interrompant brutalement la production de GNL, QatarEnergy a replacé le Golfe au centre des inquiétudes sur la sécurité énergétique mondiale. Entre menaces sur les infrastructures, risque d’asphyxie maritime à Ormuz et concurrence accrue entre acheteurs, la volatilité pourrait s’installer — avec, à court terme, une question dominante : combien de temps l’approvisionnement restera-t-il sous pression avant que les prix ne s’ajustent… ou ne dérapent davantage ?
