- L’agence de notation Fitch Ratings a confirmé vendredi la note souveraine de la France à A+ avec perspective stable.
- Si l’économie française et la solidité de ses institutions continuent de rassurer les marchés, l’agence pointe néanmoins une dette publique en hausse, un contexte politique tendu et une capacité limitée à réduire rapidement le déficit.
La France conserve sa note A+ avec perspective stable auprès de l’agence de notation Fitch Ratings. Dans un communiqué publié vendredi, l’agence américaine souligne plusieurs atouts structurels du pays, notamment une économie diversifiée, un niveau de revenu par habitant élevé et des indicateurs de gouvernance solides.
Selon Fitch, ces éléments placent la France au-dessus de la médiane des pays classés dans la même catégorie de notation. Depuis septembre, l’agence considère ainsi la dette française comme étant de « qualité moyenne supérieure », un niveau qui continue de rassurer les investisseurs internationaux.
Malgré ces points positifs, Fitch met en garde contre plusieurs fragilités structurelles qui limitent l’amélioration de la note française. L’agence souligne notamment que « un niveau de dette publique élevé et en hausse, un contexte sociopolitique qui complique l’assainissement budgétaire à moyen terme et un potentiel de croissance relativement faible pèsent sur la notation ».
Déjà à l’automne dernier, Fitch pointait du doigt « le faible bilan » de la France en matière de réduction du déficit public et le non-respect des règles budgétaires européennes. L’agence s’inquiétait également « de la fragmentation et de la polarisation croissantes de la vie politique française », qui compliquent la mise en œuvre de réformes budgétaires.
Le gouvernement salue une décision encourageante
Du côté de l’exécutif, la confirmation de la note a été saluée comme un signal positif pour la crédibilité budgétaire du pays. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a estimé que cette décision « s’inscrit dans le prolongement des efforts engagés par le gouvernement dans le cadre du budget 2026 pour maîtriser les finances publiques ».
Le ministre a également assuré que « le gouvernement reste pleinement mobilisé pour poursuivre la réduction du déficit et de la dette », alors que la maîtrise des comptes publics reste l’un des principaux enjeux économiques des prochaines années.
Une croissance légèrement meilleure que prévu en 2025
Fitch souligne toutefois un élément encourageant pour l’économie française : la croissance en 2025 a été légèrement supérieure aux prévisions du gouvernement. Elle s’est établie à 0,9 %, contre 0,7 % initialement attendu.
Si cette performance apporte un soutien relatif à l’économie et aux finances publiques, elle ne suffit pas à modifier profondément l’analyse de l’agence sur la trajectoire budgétaire française.
Le contexte politique reste en effet un facteur déterminant. Fitch rappelle que le Premier ministre de centre-droit Sébastien Lecornu est parvenu en février à faire adopter un budget 2026 qualifié de « compromis », avec le soutien des socialistes.
Mais cette adoption s’est accompagnée de concessions importantes. La loi de finances prévoit finalement un déficit public de 5 % du PIB, contre 4,7 % dans le projet initial, après 5,4 % en 2025.
Parmi les mesures ayant permis d’obtenir ce compromis figure notamment la suspension de la réforme des retraites, une concession faite à la gauche pour sécuriser l’adoption du budget.
Des discussions budgétaires difficiles à l’horizon 2027
Pour Fitch, les tensions politiques pourraient continuer de compliquer la consolidation budgétaire. L’agence estime que « les discussions sur le budget 2027 devraient être tout aussi difficiles ». Elle considère également qu’il « existe peu de marge pour une consolidation budgétaire rapide avant l’élection présidentielle de 2027 », un calendrier politique qui limite les possibilités de réformes budgétaires ambitieuses à court terme.
Concernant les finances publiques, Fitch prévoit que le déficit français atteindra 4,9 % du PIB en 2026, soit un niveau « proche de l’objectif gouvernemental de 5 % ». L’agence souligne toutefois que « cela représenterait une légère amélioration par rapport aux 5,4 % estimés pour 2025, mais resterait supérieur à la médiane de 3,3 % pour les pays notés A ».
Autrement dit, même si la trajectoire budgétaire s’améliore progressivement, la France resterait encore nettement au-dessus du niveau de déficit observé chez des économies comparables.
La guerre au Moyen-Orient pourrait peser sur l’économie
Fitch indique enfin qu’il est encore trop tôt pour mesurer pleinement l’impact économique de la guerre au Moyen-Orient sur les finances françaises.
Invité jeudi sur France Inter, le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau a estimé que le conflit pourrait « entraîner un peu plus d’inflation et un peu moins de croissance », tout en précisant que l’ampleur de ces effets « dépendrait de la durée du phénomène ».
Il s’est toutefois voulu rassurant, affirmant « qu’il n’y aurait pas de récession ». Selon lui, la situation économique actuelle diffère du choc inflationniste observé lors du déclenchement de la guerre en Ukraine : « 2026 n’est pas 2022 », a-t-il souligné.
