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Algérie-Espagne : réactivation du traité d’amitié et retour en force du partenariat gazier

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  • Trois ans après une grave crise diplomatique, Alger et Madrid relancent officiellement leur relation bilatérale.
  • La réactivation du traité d’amitié de 2002, annoncée à l’occasion de la visite du ministre espagnol José Manuel Albares en Algérie, marque un tournant politique majeur, sur fond de coopération énergétique renforcée et de rapprochement économique.

La visite de deux jours effectuée en Algérie par le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, scelle un réchauffement désormais assumé entre Alger et Madrid. En pleine recomposition énergétique mondiale, l’Espagne et l’Algérie affichent leur volonté de tourner la page de la crise ouverte en 2022 et de redonner un cap stratégique à leur partenariat, avec le gaz comme pivot central.

Depuis Alger, le chef de la diplomatie espagnole a confirmé que les deux pays entendaient « renforcer leur partenariat stratégique» dans le secteur de l’énergie, rappelant que l’Algérie est « le premier fournisseur de gaz depuis trois ans » de l’Espagne. Une déclaration lourde de sens au moment où la sécurité énergétique est redevenue une priorité absolue pour l’Europe.

Le signal politique le plus fort de cette visite est venu de la présidence algérienne. Selon le communiqué officiel, l’audience accordée par le président Abdelmadjid Tebboune à José Manuel Albares « a permis de passer en revue l’état des relations algéro-espagnoles, ainsi que les perspectives prometteuses qu’elles offrent, ces relations connaissant actuellement une dynamique remarquable en matière de consolidation et de diversification ».

Mais c’est surtout la décision annoncée dans la foulée qui marque une rupture nette avec les tensions des dernières années. « Afin de renforcer cette dynamique, le président de la République a fait part au ministre espagnol des Affaires étrangères de sa décision de réactiver le Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération, liant l’Algérie et l’Espagne depuis octobre 2002″, précise le même communiqué.

Cette réactivation redonne une base institutionnelle à une relation fragilisée, mais jamais totalement rompue, entre les deux capitales.

Le traité de 2002, victime collatérale de la crise du Sahara occidental

Le traité d’amitié signé en 2002 avait été de fait gelé après la crise diplomatique de mars 2022. À l’époque, Alger avait rappelé son ambassadeur à Madrid à la suite du soutien affiché par le gouvernement de Pedro Sánchez au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Un changement de position jugé inacceptable par l’Algérie, qui considère cette question comme une ligne rouge de sa diplomatie.

La crise avait brutalement refroidi les relations entre les deux pays, avec des répercussions immédiates sur les échanges commerciaux et la coopération bilatérale. Pourtant, au fil des mois, plusieurs gestes d’apaisement ont préparé le terrain à une reprise du dialogue : retour progressif des ambassadeurs, rétablissement des contacts ministériels, puis déplacement de José Manuel Albares à Alger. La décision de Abdelmadjid Tebboune vient aujourd’hui formaliser ce processus de normalisation.

Albares salue une relation « privilégiée »

À l’issue de son audience avec le chef de l’État algérien, José Manuel Albares a tenu à inscrire ce déplacement dans une logique de continuité politique. Face à la presse, il a affirmé que sa visite « confirme une nouvelle fois le caractère privilégié de nos relations avec l’Algérie, un pays voisin avec lequel nous partageons des liens étroits ».

Le ministre espagnol a également qualifié l’Algérie de « partenaire stratégique et, avant tout, un ami avec lequel nous entretenons des relations humaines et des intérêts communs, notamment en matière d’avenir et de stabilité en Méditerranée et en Afrique ».

Le gaz, moteur du rapprochement entre l’Algérie et l’Espagne

Au-delà des symboles diplomatiques, c’est bien la question énergétique qui constitue le socle le plus solide du rapprochement en cours. Premier fournisseur de gaz de l’Espagne depuis trois ans, l’Algérie s’est imposée comme un partenaire incontournable pour Madrid depuis le choc énergétique de 2022.

L’augmentation des volumes de gaz acheminés via le gazoduc Medgaz a consolidé la place d’Alger dans l’approvisionnement de la péninsule ibérique. Ce rôle stratégique conforte la position de l’Algérie sur l’échiquier euro-méditerranéen, alors que l’Europe poursuit sa diversification énergétique.

Le message envoyé par les deux capitales est clair : malgré la crise politique traversée récemment, les intérêts énergétiques communs ont non seulement résisté, mais servent désormais de levier à une relance plus large du partenariat bilatéral.

L’augmentation des volumes de gaz acheminés via le gazoduc Medgaz a consolidé la place d’Alger dans l’approvisionnement de la péninsule ibérique ( photo fournie)

Des échanges commerciaux en forte progression

José Manuel Albares a également insisté sur la vigueur retrouvée des relations économiques entre les deux pays. « En 2025, le volume des échanges a atteint 8,5 milliards d’euros », a-t-il déclaré, mettant en avant des chiffres qui illustrent la résilience, voire l’expansion, du commerce bilatéral malgré les turbulences diplomatiques.

Le ministre espagnol a ajouté que les exportations espagnoles vers l’Algérie ont « triplé l’année dernière par rapport à l’année précédente ». Cette progression spectaculaire s’explique à la fois par le poids du secteur gazier et par le développement de la présence industrielle espagnole en Algérie.

Albares a d’ailleurs salué le « dynamisme » de cette coopération, évoquant la présence de « plus de 100 entreprises espagnoles » sur le marché algérien. Il a annoncé, dans la foulée, une rencontre avec des chefs d’entreprise espagnols installés en Algérie afin de « poursuivre sur cette même dynamique ».

Ces chiffres confirment que les échanges économiques ont continué à se développer, y compris lorsque le climat politique s’était considérablement tendu.

Le lendemain de ses entretiens politiques à Alger, José Manuel Albares a poursuivi son déplacement à Oran, dans une séquence plus culturelle, mais tout aussi significative. Le ministre y a inauguré le nouveau siège de l’Institut Cervantès, dont les locaux rénovés comprennent désormais treize salles d’enseignement, une bibliothèque de quelque 7 000 ouvrages ainsi que plusieurs espaces administratifs.

L’établissement accueille chaque année près de 5 000 apprenants encadrés par trente enseignants spécialisés, illustrant l’intérêt croissant d’une partie de la société algérienne pour la langue espagnole.

En marge de cette inauguration, le chef de la diplomatie espagnole a insisté sur la portée stratégique de la coopération culturelle. Il a salué « l’histoire commune et les liens profonds entre les deux pays, notamment l’héritage andalou », tout en mettant en avant « l’influence historique et précieuse de la langue arabe sur la langue espagnole, fruit de siècles de coexistence et d’échanges dans le bassin méditerranéen ».

Pour Albares, cet héritage partagé constitue « une mémoire commune » qui confère à la relation algéro-espagnole une épaisseur particulière, au-delà des crises conjoncturelles. Il a également rappelé que l’espagnol est parlé par plus de 500 millions de personnes à travers le monde et représente « un pont essentiel reliant l’Europe, l’Amérique et l’Afrique ».

Le fort Santa Cruz, ultime symbole d’une relation ancienne

La visite s’est achevée sur les hauteurs d’Oran, au fort Santa Cruz, construit par les Espagnols entre 1577 et 1604. Dominant la baie et le port, ce site incarne à lui seul la profondeur historique des liens entre les deux rives de la Méditerranée.

En choisissant ce lieu chargé de mémoire, José Manuel Albares a donné une portée symbolique supplémentaire à son déplacement. Le message est limpide : entre Alger et Madrid, l’histoire commune est suffisamment dense pour absorber les crises, dépasser les ruptures et permettre un nouveau départ.

En deux jours, le ministre espagnol aura ainsi balayé l’ensemble des dimensions de la relation bilatérale : la politique, l’énergie, l’économie, la culture et l’histoire. Une manière de signifier que la relance engagée entre les deux pays ne relève pas d’un simple geste diplomatique, mais d’une volonté assumée de reconstruire un partenariat durable.

Une nouvelle phase dans les relations algéro-espagnoles

La réactivation du traité d’amitié entre l’Algérie et l’Espagne ouvre incontestablement une nouvelle séquence entre les deux pays. Après la rupture provoquée par le dossier du Sahara occidental, Alger et Madrid affichent désormais leur volonté de bâtir une relation plus stable, plus dense et plus pragmatique.

Pour l’Espagne, l’Algérie reste un partenaire énergétique de premier plan, indispensable à sa sécurité d’approvisionnement. Pour Alger, ce rapprochement confirme son statut de puissance gazière incontournable aux portes de l’Europe, tout en lui offrant de nouvelles perspectives économiques, diplomatiques et culturelles.

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