- Le Premier ministre Sébastien Lecornu a mis en garde contre la progression rapide des indemnités d’arrêts maladie, qui fragilise davantage les comptes sociaux.
- L’exécutif cherche des leviers d’action, entre maîtrise des dépenses et lutte contre les fraudes.
La trajectoire des arrêts maladie s’impose comme un point de tension croissant pour les finances publiques. Selon la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam), 10,9 milliards d’euros d’indemnités journalières ont été versés, soit une hausse de 36 % par rapport à l’avant-crise sanitaire.
Cette évolution contribue directement à la dégradation des comptes sociaux. En 2025, le déficit de la Sécurité sociale a atteint 21,6 milliards d’euros, dont 15,9 milliards pour la branche maladie, confirmant le poids structurel des dépenses de santé.
« Une dérive très préoccupante » pour l’exécutif
Intervenant le 27 mars, le Premier ministre Sébastien Lecornu a exprimé son inquiétude face à cette tendance. S’il s’est défendu de toute stigmatisation des assurés, il a insisté sur l’enjeu budgétaire.
« On a une dérive très préoccupante sur le terrain budgétaire des arrêts maladie», a-t-il indiqué.
Le chef du gouvernement a également souligné la contrainte de calendrier qui pèse sur l’action publique : « Ça fait partie des points, si on les traite trop tard dans l’année, on ne pourra pas avoir d’action possible, utile, efficace. »
Dans cette optique, il a réaffirmé la nécessité de les « maîtriser », « quoi qu’il arrive ». Pour contenir la progression des dépenses, l’exécutif explore plusieurs pistes, notamment du côté de la lutte contre les abus. Le sujet reste toutefois délicat, dans un contexte de relations tendues avec les médecins libéraux.
Le gouvernement avait envisagé d’introduire des sanctions à l’encontre des praticiens prescrivant un volume jugé excessif d’arrêts maladie, dans le cadre du projet de loi contre les fraudes sociales et fiscales. Cette disposition a finalement été écartée, afin d’éviter une crispation supplémentaire avec la profession.
Les capacités de contrôle apparaissent, à ce stade, relativement restreintes. En 2025, 9 millions d’arrêts maladie ont été enregistrés, pour seulement 230.000 contrôles réalisés. Un niveau qui contraste avec les pratiques observées dans plusieurs pays européens et qui limite, de facto, la portée des politiques de régulation.
Une montée en puissance de la lutte contre la fraude
Les résultats en matière de lutte contre la fraude témoignent néanmoins d’une amélioration récente. En 2024, 42 millions d’euros ont été récupérés au titre des fraudes médicales, soit un montant plus que doublé sur un an.
Un signal encourageant pour les pouvoirs publics, qui cherchent à renforcer l’efficacité de leurs dispositifs sans remettre en cause l’accès aux droits.
La question des arrêts maladie cristallise ainsi un enjeu plus large : celui de la soutenabilité du modèle social. Entre impératif de redressement des comptes et acceptabilité des mesures, l’exécutif devra arbitrer avec prudence.
