• Près d’un Français sur deux (46 %) déclare avoir déjà été victime d’une agression ou d’une discrimination à caractère raciste, selon un sondage Ifop pour la Licra publié le 9 avril.
• Réalisée auprès de plus de 14 000 personnes, cette enquête met en évidence l’ampleur d’un phénomène jugé “massif et incontestable”
Le racisme reste une réalité vécue par une part importante de la population en France. Selon un sondage Ifop réalisé pour la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), rendu public jeudi 9 avril, 46 % des Français déclarent avoir déjà été victimes, au cours de leur vie, d’agressions ou de discriminations à caractère raciste.
L’étude a été menée par téléphone du 8 août au 2 septembre 2025 auprès de 14 025 personnes âgées de 15 ans et plus, représentatives de la population française. Par l’ampleur de son échantillon, qualifié d’“exceptionnel” par l’institut, cette enquête dresse un état des lieux détaillé de l’expérience du racisme dans le pays.
Les résultats montrent des écarts très marqués selon les profils des personnes interrogées. Parmi les répondants, 80 % des juifs et 79 % des musulmans disent avoir déjà subi des agressions ou discriminations racistes. Le même constat s’impose pour les personnes perçues comme “noires” ou “arabes”, dont 80 % rapportent avoir vécu de telles situations au moins une fois dans leur vie.
“Si la France ne peut être qualifiée de société systémiquement raciste, force est néanmoins de constater que le racisme est loin d’être un phénomène marginal ou résiduel”, indique l’Ifop
Au-delà du vécu à l’échelle d’une vie, le sondage met aussi en évidence la persistance récente du phénomène. Un quart des personnes interrogées, soit 24 %, déclarent avoir été confrontées à un comportement raciste au cours des cinq dernières années. Elles sont encore 15 % à affirmer en avoir fait l’expérience au cours des douze derniers mois.
Insultes, moqueries, menaces : les formes concrètes du racisme ordinaire
L’enquête s’attarde aussi sur la nature des agressions et discriminations subies en raison de l’origine, de la religion ou de la couleur de peau. Dans le détail, 25 % des répondants évoquent des moqueries désobligeantes ou des propos vexants. 24 % disent avoir été la cible d’insultes ou d’injures, 14 % de menaces, et 9 % d’actes de violences physiques.
Ces chiffres traduisent la diversité des formes que prend le racisme au quotidien, des remarques humiliantes aux passages à l’acte. Ils illustrent aussi l’ancrage de ces comportements dans l’espace public comme dans les interactions sociales ordinaires.
L’évitement, une stratégie de protection pour plus d’une victime sur deux
Face à ces expériences, une majorité des victimes affirment avoir modifié leurs habitudes pour se protéger. Selon le sondage, 52 %des personnes ayant subi des discriminations racistes ou religieuses ont adopté une stratégie d’évitement des situations considérées comme risquées.
Concrètement, 39 % disent avoir évité certaines rues ou certaines zones. D’autres ont choisi de limiter les signes extérieurs pouvant révéler leurs origines : 19 % ont évité “d’afficher une apparence susceptible de révéler leurs origines”, et 19 % déclarent avoir volontairement dissimulé leurs origines sur internet ou les réseaux sociaux.
Ces comportements sont particulièrement marqués chez certaines catégories de la population. Ils concernent 81 % des Français juifs, 58 % des musulmans et 54 % des catholiques interrogés. Selon la perception ethnique déclarée dans l’enquête, 61 % des personnes perçues comme “arabes” et 53 % de celles perçues comme “noires” disent également avoir adopté ce type de stratégie.
Quitter la France, une option déjà envisagée par 22 % des victimes
L’un des enseignements les plus frappants de l’étude concerne l’impact du racisme sur le rapport au pays. Parmi les victimes d’agressions ou de discriminations, 22 % affirment avoir déjà envisagé de quitter la France.
Cette proportion grimpe fortement chez certains groupes. Plus d’un juif sur deux concerné, soit 55 %, déclare avoir déjà songé à partir. Chez les musulmans, cette part atteint 46 %. Des chiffres qui témoignent de la profondeur du malaise ressenti par une partie des personnes exposées au racisme et aux discriminations.
Des actes racistes en hausse selon le ministère de l’Intérieur
Cette photographie du vécu des Français fait écho aux données enregistrées par les autorités. Selon un bilan communiqué en mars par le ministère de l’Intérieur, les services de police et de gendarmerie nationales ont recensé en 2025 plus de 9 700 crimes ou délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux.
Cela représente une hausse de 5 % par rapport à 2024. Sur une période plus longue, la tendance reste orientée à la hausse : entre 2016 et 2025, ces faits ont progressé de 7 % en moyenne chaque année.
