- Emmanuel Macron et Keir Starmer président ce vendredi à l’Élysée une réunion consacrée à la réouverture de la navigation dans le détroit d’Ormuz.
- Aux côtés de Friedrich Merz et Giorgia Meloni, les deux dirigeants doivent échanger avec plusieurs partenaires internationaux sur une mission multilatérale à visée défensive, dans un contexte de cessez-le-feu toujours fragile entre l’Iran, les États-Unis et Israël.
Entre impératifs énergétiques et risques sécuritaires, la France et le Royaume-Uni cherchent à construire une réponse diplomatique sur le dossier d’Ormuz. Ce vendredi, Emmanuel Macron et Keir Starmer coprésident depuis l’Élysée une réunion internationale destinée à préparer la réouverture de la navigation dans cette zone hautement sensible, au cœur des tensions au Moyen-Orient.
Selon la présidence française, cette conférence doit permettre d’avancer sur la mise en place d’“une mission multilatérale et purement défensive”. Autour du président français et du Premier ministre britannique, le chancelier allemand Friedrich Merz et la Première ministre italienne Giorgia Meloni participeront en présentiel. D’autres responsables, issus de pays “européens, moyen-orientaux, asiatiques et même latino-américains”, se joindront aux échanges en visioconférence.
La réunion, prévue à 14 heures, doit être suivie d’une déclaration conjointe d’Emmanuel Macron et de Keir Starmer.
Une initiative diplomatique dans un contexte de forte tension
Paris n’avance pas à l’aveugle. Dès le 9 mars, Emmanuel Macron avait lancé l’idée d’une mission destinée à accompagner la réouverture du détroit d’Ormuz, une fois les combats interrompus. La France et le Royaume-Uni assurent avoir, depuis, engagé un travail de planification avec plusieurs pays volontaires.
L’enjeu est majeur. Depuis le déclenchement de la guerre en Iran et l’embrasement régional, le 28 février, le blocus du détroit d’Ormuz a profondément déstabilisé les échanges maritimes. Par ce passage transitent près de 20 % du pétrole et du gaz consommés dans le monde. Sa fermeture a entraîné une flambée des prix de l’énergie, avec des répercussions immédiates sur l’économie mondiale.
Dans ce contexte, l’Élysée met en avant la nécessité d’une réponse rapide. Si “la France et ses partenaires restent engagés pour défendre leurs intérêts et parvenir à un règlement solide et durable du conflit par la voie diplomatique garantissant la paix et la sécurité de tous dans la région”, la présidence insiste surtout sur le fait que “la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz constitue une priorité immédiate, notamment au regard des conséquences économiques mondiales suscitées par ce conflit”.
Londres veut rassurer le transport maritime
Le Royaume-Uni défend la même ligne. Selon Downing Street, Keir Starmer entend souligner la nécessité de “rassurer le secteur du transport maritime commercial et soutenir les opérations de déminage, afin de garantir le retour à la stabilité et à la sécurité mondiales”.
Car malgré l’entrée en vigueur, le 8 avril, d’un cessez-le-feu de deux semaines, la situation reste particulièrement instable. L’échec, dimanche, des négociations irano-américaines destinées à consolider cette trêve a ravivé les inquiétudes. Téhéran continue de verrouiller ce passage maritime stratégique, tandis que Washington impose depuis lundi un blocus sur les navires en provenance ou à destination des ports iraniens.
Pour Paris, la séquence actuelle impose de sortir d’une logique binaire. L’Élysée estime qu’il faut désormais “une troisième voie entre la pression maximale pratiquée précédemment par les États-Unis sur l’Iran et la reprise de la guerre, y compris les destructions iraniennes contre les pays du Golfe”.
Une mission sans Washington
La conférence de ce vendredi doit aussi clarifier le cadre politique de la future mission. La présidence française a d’ores et déjà fermé la porte à une participation américaine.
Les États-Unis ne seront ni associés à cette mission ni présents à la réunion de l’Élysée. “Nous le ferons certainement en bonne intelligence avec les Américains mais nous n’entrerons pas dans une coalition avec les Américains tout simplement parce que nous ne sommes pas parties au conflit”, a souligné l’Élysée.
Paris souhaite en effet limiter cette initiative à des pays non belligérants. Une position qui tranche avec celle du chancelier allemand Friedrich Merz, favorable à l’implication de Washington.
La France insiste également sur le fait que cette opération ne pourra voir le jour qu’à une condition : un arrêt effectif des hostilités. Cette mission, “strictement défensive”, suppose, martèle Paris, une cessation réelle des combats entre les États-Unis et Israël d’un côté, et l’Iran de l’autre. “Pour l’instant nous avons un cessez-le-feu informel et dont la durabilité n’est pas établie”, relève encore l’Élysée.
Paris refuse tout péage iranien dans le détroit d’Ormuz
Au-delà du cadre diplomatique, la France affiche déjà plusieurs lignes rouges opérationnelles. L’une de ses priorités est de s’assurer que le détroit ne sera pas miné. Paris se dit prêt à déployer sur place des chasseurs de mines afin de garantir la sécurité de la navigation.
Autre point de friction : l’hypothèse d’un péage imposé par l’Iran pour laisser passer les navires. Sur ce point, le ton est ferme. “Nous demandons le rétablissement du statu quo dans le détroit”, a indiqué l’Élysée.
Même fermeté du côté du ministre de l’Économie, Roland Lescure, qui a pris position à l’issue d’une réunion des ministres des Finances et des banquiers centraux du G7 à Washington : “Nous avons besoin que (le détroit) s’ouvre, mais pas à n’importe quel prix […], je ne veux pas payer un dollar pour traverser le détroit.”
Une conférence pour bâtir “une proposition crédible”
Au-delà d’Ormuz, la réunion de l’Élysée doit aussi servir de levier politique pour élargir la discussion à d’autres sujets régionaux. Paris veut profiter de cette séquence pour pousser une reprise des négociations avec Téhéran sur le nucléaire et sur le programme balistique iranien.
La présidence française espère également des avancées sur le Liban, où un cessez-le-feu a été annoncé pour ce jeudi soir, à 23 heures, par Donald Trump.
À la veille de la conférence, l’Élysée a d’ailleurs résumé l’ambition française en une formule : “Demain, ce que nous voudrons faire, c’est rassembler pour construire une proposition crédible d’une troisième voie.”
