- La visite de travail du ministre algérien de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, à Paris confirme l’accélération du rapprochement entre l’Algérie et la France après plusieurs mois de tensions diplomatiques.
- Sécurité, lutte contre la criminalité organisée, immigration et évolution de l’accord de 1968 figurent parmi les principaux dossiers abordés lors de cette séquence bilatérale.
Les relations entre Alger et Paris poursuivent leur phase de normalisation. En visite de travail dans la capitale française, le ministre algérien de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, a été reçu par son homologue français, Laurent Nuñez, pour une série d’entretiens consacrés aux grands enjeux de coopération entre les deux pays.
Cette rencontre s’inscrit dans le prolongement du déplacement effectué par Laurent Nuñez à Alger en février dernier. Selon le ministère français de l’Intérieur, cette visite répond à la volonté exprimée par le président Emmanuel Macron de « restaurer avec l’Algérie un dialogue efficace, respectueux de l’intérêt national de chacun des États ».
Au-delà de la réunion entre les deux ministres, plusieurs séances de travail ont associé des représentants des ministères de l’Intérieur, des Affaires étrangères ainsi que du ministère algérien de la Défense, avec pour objectif de consolider la dynamique de coopération relancée ces derniers mois.
Criminalité organisée et narcotrafic au cœur des priorités
Les deux pays ont affiché leur volonté de renforcer leur coopération opérationnelle face à des menaces jugées communes. Parmi les dossiers prioritaires figurent la lutte contre les drogues de synthèse, les trafics de stupéfiants, le blanchiment d’argent, la recherche des fugitifs impliqués dans la criminalité organisée ainsi que la lutte contre l’immigration irrégulière et la fraude documentaire.
Dans son communiqué, le ministère français de l’Intérieur précise que la coopération portera notamment sur « la lutte contre la criminalité organisée, de lutte contre le narcotrafic et le blanchiment d’argent ». Le texte ajoute que « la lutte contre les drogues de synthèse et les trafics de stupéfiants, la recherche des fugitifs impliqués dans la criminalité organisée, la lutte contre l’immigration irrégulière et la fraude documentaire font partie des axes de travail prioritaires ».
Pour concrétiser cette relance, les services compétents des deux pays devront réaliser des évaluations conjointes des menaces, identifier les filières criminelles et élaborer des feuilles de route opérationnelles communes. Les mécanismes institutionnels entre les services de police et de gendarmerie seront également réactivés.

Un attaché de sécurité intérieure adjoint bientôt nommé à Alger
Paris a également annoncé la désignation prochaine d’un attaché de sécurité intérieure adjoint issu de la gendarmerie nationale française. Cette nomination vise à renforcer le dispositif de coopération sécuritaire et à permettre le plein fonctionnement du service de sécurité intérieure français à Alger.
Selon le communiqué, « les services compétents établiront des états des lieux conjoints sur les menaces et filières identifiées, élaboreront des feuilles de route opérationnelles communes, réactiveront les mécanismes institutionnels entre police et gendarmerie et renforceront le suivi bilatéral avec des points d’étape et réunions à échéance régulière tenus à haut niveau ».
Le ministère estime que « la mise en place d’un attaché de sécurité intérieure adjoint » contribuera à une « relance effective et efficace » de la coopération sécuritaire.
Reprise des échanges en matière antiterroriste
La coopération dans la lutte contre le terrorisme a également été abordée. Les autorités françaises soulignent une reprise des échanges d’informations entre les deux pays dans un contexte marqué par l’émergence de nouvelles menaces sécuritaires.
Le communiqué indique ainsi que « les échanges d’information ont repris et se renforcent encore, avec l’identification de risques communs émergents ». Une évolution qui témoigne de la volonté des deux capitales de restaurer une coordination plus étroite sur les enjeux de sécurité régionale.
Protection civile : une coopération relancée face aux défis climatiques
Les discussions ont également porté sur la protection civile et la gestion des catastrophes naturelles. Alger et Paris ont convenu de reprendre une coopération plus dense, notamment dans les domaines de la formation et de la préparation aux risques liés au changement climatique.
Le ministère français relève que « la reprise de relations denses est une volonté claire des deux parties », lesquelles ont défini une méthode de travail destinée à relancer durablement cette coopération.
Immigration : vers une coopération renforcée sur les retours
La question migratoire a occupé une place centrale dans les échanges. Les deux délégations se sont accordées sur le renforcement des canaux de communication opérationnels dans le cadre d’une approche globale intégrant les mobilités légales, les retours et la lutte contre l’immigration irrégulière.
Selon le ministère français, « les discussions, franches et pragmatiques, ont permis de confirmer la reprise d’une coopération loyale pour permettre une montée en puissance des retours ». Les autorités françaises précisent également que « l’ensemble des consulats présents en France sont désormais pleinement mobilisés ».
L’accord franco-algérien de 1968 sur la table
Parmi les sujets sensibles évoqués figure également l’avenir de l’accord franco-algérien de 1968, qui encadre une partie des conditions de séjour, d’installation et de circulation des ressortissants algériens en France.
Le ministère français indique que les deux parties ont décidé de « travailler sur la base de propositions concrètes à venir à l’initiative de la France pour le faire évoluer ». Aucune précision n’a toutefois été donnée à ce stade sur la nature des modifications envisagées.
Christophe Gleizes et les dossiers bilatéraux sensibles
Les entretiens ont enfin permis d’aborder plusieurs dossiers jugés prioritaires pour les deux pays, dont la situation du journaliste français Christophe Gleizes et les conditions de son retour en France.
Pour les autorités françaises, la relance des relations institutionnelles doit désormais être « à la hauteur des liens humains profonds existants entre les deux pays », traduisant la volonté affichée par Paris et Alger d’inscrire ce rapprochement dans la durée.
