Présenté en Conseil des ministres, le projet de loi de finances pour 2027 vise à ramener le déficit public à 5 % du PIB. Le gouvernement mise sur un effort total de 54 milliards d'euros, avec gel du point d'indice, baisse des effectifs publics et mise à contribution des grandes entreprises et collectivités.
| Objectif de déficit public 2027 | 5 % du produit intérieur brut (PIB)contre 5,4 % attendus en 2026 |
|---|---|
| Effort budgétaire total | 54 milliards d'eurosdont 43 milliards de mesures nouvelles |
| Solde des emplois de l'État | négatif de 1 076 postesen 2027 |
| Hausse du budget des Armées | 6,4 milliards d'euroseffort de défense préservé |
| Effort demandé aux collectivités | environ 5,4 milliards d'eurosdont 2 milliards de réduction des transferts de TVA |
Le gouvernement fixe le cap, mais la bataille parlementaire reste à venir. Avec son projet de loi de finances (PLF) pour 2027, présenté jeudi en Conseil des ministres, l’exécutif entend ramener le déficit public à 5 % du produit intérieur brut (PIB), contre 5,4 % attendus en 2026. Pour atteindre cet objectif, déjà visé cette année, il mise sur un nouvel effort de redressement des comptes publics.
« Pour y parvenir, l’effort reposera prioritairement sur la maîtrise de la dépense publique », a déclaré le ministre des Comptes publics, David Amiel. Les arbitrages proposés concernent aussi bien les administrations que les entreprises, les ménages et les collectivités territoriales.
Un effort total de 54 milliards d’euros
Le gouvernement distingue deux composantes dans son effort budgétaire : 43 milliards d’euros de mesures nouvelles, auxquels s’ajoute l’effet de décisions antérieures. Cette articulation entre nouvelles dispositions et montée en charge des mesures déjà engagées porte le total annoncé à 54 milliards d’euros.
Ce montant ne correspond donc pas intégralement à de nouvelles coupes décidées pour 2027. Il comprend également « la montée en charge de mesures de redressement prises en 2026 » et « antérieurement », précise le gouvernement.
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a justifié cette trajectoire en évoquant « les crises internationales qui s’imposent à nous, et qui nourrissent une incertitude » à l’origine « de taux d’intérêt en hausse ».
« Réduire notre déficit, c’est possible, d’autres l’ont fait », a-t-il martelé, avant de poser une limite aux négociations à venir : « L’objectif d’un déficit de 5% [en 2027] devra être un cadre fixe lors des débats parlementaires, la souveraineté de la France en dépend ».
Fonction publique : gel du point d’indice et baisse des effectifs
La fonction publique serait directement mise à contribution. Le projet prévoit de maintenir le gel du point d’indice, qui sert au calcul du traitement brut des agents. Les mesures catégorielles, destinées à certaines professions ou catégories de personnels, « seront extrêmement limitées », indique le gouvernement.
Les emplois de l’État et de ses opérateurs « seront en baisse », hors réforme de la formation initiale des enseignants et créations de postes liées à la loi de programmation militaire. Au total, le solde annoncé serait négatif de 1 076 postes en 2027.
Cette diminution globale recouvrirait toutefois des évolutions contrastées. Des recrutements sont prévus à l’Éducation nationale, aux Armées et aux Anciens combattants, à l’Intérieur ainsi qu’à la Justice.
Des crédits contraints, un effort de défense préservé
Le gouvernement entend contenir les crédits ministériels, tout en maintenant certaines priorités. L’effort consacré à la défense serait ainsi «préservé », avec une augmentation de 6,4 milliards d’euros du budget des Armées.
Les hausses de crédits prévues pour la Justice, l’Intérieur, la Défense, le Logement, la Recherche et l’Écologie s’inscriraient dans un jeu de compensations avec des économies réalisées ailleurs. Le ministère du Travail figure parmi les administrations les plus sollicitées.
Les opérateurs de l’État seraient également concernés. France Travail devrait notamment réduire ses emplois et limiter son recours aux prestations externalisées.
Aides au logement et prime d’activité gelées
Pour les ménages, le projet prévoit un gel des aides au logement et de la prime d’activité. En revanche, les minima sociaux seraient revalorisés pour tenir compte de l’inflation. Cette hausse concernerait notamment l’allocation aux adultes handicapés (AAH), le revenu de solidarité active (RSA) et le minimum vieillesse.
Le gouvernement souhaite aussi restreindre le cumul de certains avantages pour les étudiants issus de familles aisées. Ceux-ci devraient choisir entre les aides personnelles au logement (APL) et « le gain en impôt pour leurs parents » lié à leur rattachement au foyer fiscal ou à la déduction des pensions alimentaires versées.
Autre changement envisagé : l’instauration de droits d’inscription pour les étudiants non boursiers en brevet de technicien supérieur (BTS) et en classes préparatoires aux grandes écoles. Ils s’élèveraient respectivement à 178 euros et 270 euros. Pour justifier ces montants, qualifiés de « modiques », l’exécutif estime que la « gratuité » actuelle de ces formations « constitue une singularité au sein de l’enseignement supérieur ».
Grandes entreprises et hauts revenus de nouveau sollicités
La contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises serait reconduite pour une troisième année, mais réduite de 30 %. Son rendement en 2026 est donné à 7,5 milliards d’euros.
En matière de transmission d’entreprises, le gouvernement prévoit de préserver le pacte Dutreil, qui accorde un avantage fiscal sous conditions aux transmissions familiales. Il propose parallèlement un nouveau dispositif de soutien aux reprises d’entreprises par les salariés, baptisé pacte « Papin ».
Les contribuables les plus aisés resteraient également concernés par une contribution spécifique. L’exécutif souhaite prolonger la contribution différentielle créée en 2025 afin d’assurer une imposition minimale de 20 % des plus hauts revenus.
Sont visées les personnes seules dont le revenu fiscal dépasse 250 000 euros et les couples au-delà de 500 000 euros. Le gouvernement attend 600 millions d’euros de recettes de cette prolongation.
Un prélèvement de 1,4 milliard d’euros sur les avoirs en déshérence
Le projet de budget prévoit également de mobiliser les avoirs en déshérence déposés auprès de la Caisse des dépôts (CDC). Comptes bancaires oubliés, anciens livrets d’épargne ou contrats d’assurance-vie non réclamés : ces fonds feraient l’objet d’un prélèvement exceptionnel susceptible de rapporter 1,4 milliard d’euros en 2027.
« Il est proposé d’instituer un prélèvement exceptionnel sur le montant de ces sommes en déshérence dont est dépositaire la CDC, conçu comme une anticipation de leur attribution à l’État », explique le gouvernement.
L’exécutif assure toutefois que cette opération préserverait les possibilités de restitution : « Le dispositif ne porte aucunement atteinte aux droits des titulaires et de leurs ayants droit ».
Lorsqu’un bénéficiaire réclamerait les sommes lui revenant, celles-ci lui seraient restituées intégralement, avec les intérêts, « sans aucune diminution correspondant au prélèvement acquitté ». L’État devrait alors restituer préalablement le montant prélevé, par l’intermédiaire de la CDC.
Le kérosène mis à contribution pour financer la décarbonation
Dans le transport aérien, une nouvelle contribution viserait les fournisseurs de kérosène afin de financer le développement de carburants non fossiles.
Elle concernerait les carburants fournis sur « le territoire métropolitain » et serait calculée « au prorata des volumes de kérosène fossile mis à la consommation », selon le gouvernement.
Le budget prévoit parallèlement un mécanisme de soutien à l’émergence d’une filière française de production de carburants d’aviation de synthèse, désignés par le sigle eSAF. L’objectif est d’accompagner la décarbonation du secteur en favorisant le développement de capacités industrielles nationales.
Les collectivités appelées à un effort de 5,4 milliards d’euros
Les collectivités territoriales seraient, elles aussi, associées au redressement des comptes. Le gouvernement prévoit notamment de réduire de 2 milliards d’euros les transferts de recettes de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui leur sont attribués.
Au total, l’effort demandé aux collectivités atteindrait environ 5,4 milliards d’euros. Leurs dépenses de fonctionnement pourraient néanmoins continuer à progresser « à un niveau cohérent avec l’inflation anticipée l’an prochain », affirme l’exécutif.
Une contribution progressive serait instaurée en 2027, avec des exonérations pour les très petites communes, les collectivités financièrement fragiles et les collectivités ultramarines.
L’ensemble de ces dispositions doit désormais être discuté au Parlement durant l’automne. Si le gouvernement présente l’objectif de déficit comme un cadre fixe, la répartition de l’effort entre contribuables, administrations et territoires reste soumise aux amendements et aux négociations parlementaires.
Questions fréquentes
Quel est l'objectif de déficit du budget 2027 ?
Le gouvernement veut ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2027, contre 5,4 % attendus en 2026. Roland Lescure présente cet objectif comme un cadre fixe pour les débats parlementaires.
Combien d'économies prévoit le budget 2027 ?
L'effort total atteint 54 milliards d'euros : 43 milliards de mesures nouvelles et l'effet de décisions antérieures. Ce montant inclut la montée en charge de mesures prises en 2026 et avant.
Qu'est-ce qui change pour les ménages avec le budget 2027 ?
Le projet prévoit un gel des aides au logement et de la prime d'activité. Les minima sociaux (AAH, RSA, minimum vieillesse) seraient revalorisés pour tenir compte de l'inflation.
Quelles mesures pour les grandes entreprises et hauts revenus ?
La contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises est reconduite mais réduite de 30 %. La contribution différentielle assurant une imposition minimale de 20 % des plus hauts revenus serait prolongée.
