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vendredi, mai 1, 2026
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Guerre au Moyen-Orient : le Medef alerte sur les limites de l’État pour soutenir les entreprises

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  • Face aux premiers effets économiques de la guerre au Moyen-Orient, le président du Medef, Patrick Martin, plaide pour des mesures ciblées de soutien à la trésorerie des entreprises.
  • Mais il estime que la France, pénalisée par la dégradation de ses finances publiques, n’a plus les moyens d’un soutien massif.

    Les premières répercussions du conflit au Moyen-Orient commencent à se diffuser dans l’économie française, par le biais de la hausse du coût du carburant et de certaines matières premières ou intrants industriels. Dans ce contexte, le président du Medef, Patrick Martin, appelle l’exécutif à déployer des mesures de soutien ciblées, centrées sur la trésorerie des entreprises les plus exposées.

Invité de BFM Business, le dirigeant patronal a notamment évoqué l’échelonnement des cotisations sociales comme levier d’appoint. Une réponse qu’il juge nécessaire, mais qui restera, selon lui, contrainte par l’état des finances publiques. « On ne peut pas aller plus loin, le roi est nu », a-t-il affirmé. « Il n’y a plus un sou dans les caisses », a-t-il insisté.

Des finances publiques jugées trop dégradées pour absorber un nouveau choc

Patrick Martin met en cause les arbitrages budgétaires passés et la faiblesse persistante de l’effort de redressement des comptes publics. Il critique les responsables politiques qui, lors des débats sur le budget 2026, « ont refusé toute mesure d’économies pour tant bien que mal essayer de rééquilibrer nos finances publiques » et se retrouvent aujourd’hui, selon lui, « les premiers à demander des mesures d’aide ».

Le président du Medef dénonce une forme d’incohérence politique. « Je trouve cela un peu irresponsable », a-t-il déclaré, en fustigeant « les âneries » commises en matière de gestion budgétaire. Selon lui, la France aurait aujourd’hui disposé de marges d’action bien plus importantes si son niveau de déficit était plus proche de celui de certains voisins européens.

« Parce que si on était au niveau de déficit de l’Italie ou de l’Espagne – je ne parle même pas du Portugal ou de la Grèce qui sont maintenant en excédent budgétaire – on aurait des marges de manœuvre de l’ordre de 80-90 milliards d’euros pour faire face à ce choc », a-t-il souligné.

Une vulnérabilité budgétaire déjà pointée par le Medef

Patrick Martin rappelle avoir alerté dès l’automne dernier sur l’incapacité de la France à encaisser une nouvelle crise sans difficulté majeure. Il s’appuie sur un déficit public de 5,4 % du PIB en 2025 et sur une dette atteignant 117 % du PIB pour étayer son diagnostic.

« Je ne suis pas Madame Irma, mais il se trouve que ce sombre pronostic se concrétise avec cette crise au Moyen-Orient », a-t-il observé. Il déplore de nouveau « cette irresponsabilité qui a conduit les uns et les autres, à quelques exceptions près, à laisser filer les déficits et la dette ».

Au-delà de la formule, le message du Medef est limpide : l’État conserve une capacité d’intervention, mais celle-ci se limite désormais à des outils ponctuels et défensifs, loin des filets de sécurité déployés lors des crises précédentes.

Carburants et intrants : la hausse des coûts gagne du terrain

Pour l’organisation patronale, la diffusion du choc est déjà perceptible dans plusieurs segments de l’économie. Patrick Martin évoque une tension croissante sur les prix de l’énergie et sur plusieurs intrants stratégiques. « On voit au fil des jours une pression augmenter sur le prix du carburant et sur un certain nombre d’intrants, ça peut être l’hélium, le polyéthylène, et donc par contagion ça impacte un nombre croissant de secteurs », a-t-il expliqué.

Cette dynamique nourrit les inquiétudes des entreprises intensives en transport, en énergie ou en approvisionnements industriels. Elle pourrait, à terme, éroder les marges, retarder certains investissements et accentuer le ralentissement de l’activité. Patrick Martin indique, dans ce contexte, que l’exécutif travaille « à des mesures de trésorerie, et il le faut ».

Une première réponse de l’exécutif pour la pêche

Le gouvernement a déjà esquissé une réponse pour les entreprises de pêche, particulièrement exposées à la hausse des coûts. Lundi, le ministère de la Mer et de la Pêche a annoncé plusieurs « dispositifs de soutien à la trésorerie », parmi lesquels un « échelonnement des cotisations sociales ».

Le ministère précise qu’« un délai de paiement sans frais ni majoration sera accordé aux entreprises de pêche qui en feront la demande ». S’y ajoutent un « étalement des échéances fiscales » ainsi que des « prêts de trésorerie garantis par Bpifrance ».

Cette réponse sectorielle pourrait préfigurer un schéma plus large de soutien, à condition que la détérioration des conditions économiques se confirme dans d’autres branches.

Le transport routier et l’hôtellerie-restauration également dans le viseur

Le président du Medef estime en effet que d’autres secteurs devraient rapidement bénéficier de mesures comparables. Il cite le « transport routier » ainsi que « l’hôtellerie-restauration », deux activités particulièrement sensibles aux coûts du carburant, de l’énergie et des approvisionnements.

Pour autant, Patrick Martin ne décrit pas, à ce stade, de phénomène de panique généralisée dans le tissu productif. « Il n’y a pas d’effet de sidération », a-t-il assuré, insistant sur le fait que les entreprises restent dans une logique d’anticipation et d’ajustement plutôt que dans une réaction de rupture.

Pas d’envolée inflationniste, mais une croissance plus faible

Sur le front macroéconomique, le Medef ne table pas sur un emballement inflationniste comparable à celui observé lors d’épisodes passés. « Notre pronostic, c’est qu’il n’y aura pas d’explosion de l’inflation mais une moindre croissance, et une inflation qui pourra augmenter quelques que dizièmes de points », a indiqué Patrick Martin.

L’enjeu principal serait donc moins celui d’une flambée des prix que d’un affaiblissement supplémentaire de la croissance dans un environnement déjà contraint. À cela s’ajoute, selon le Medef, un risque financier plus structurant : la remontée du coût de financement de l’État français.

L’alerte monte sur les taux d’intérêt français

C’est sur ce terrain que Patrick Martin se montre le plus alarmiste. « Ce qui nous préoccupe beaucoup plus, ce sont les taux d’intérêt », a-t-il déclaré. Lundi, les taux auxquels la France emprunte ont atteint leur plus haut niveau depuis 2009, un signal que le président du Medef juge particulièrement préoccupant. « C’est gravissime », a-t-il tranché.

Pour l’organisation patronale, cette remontée des taux réduit encore la capacité de l’État à intervenir et pourrait, à terme, peser plus largement sur le financement de l’économie.

Au total, le Medef appelle à une stratégie de soutien calibrée : intervenir vite, mais sans illusion sur les moyens disponibles. Dans un contexte de conflit prolongé au Moyen-Orient, la question n’est plus seulement celle de l’ampleur du choc, mais celle de la résilience budgétaire de la France pour y répondre.

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