- Au lendemain d’un bureau politique décisif sur la présidentielle, la crise éclate chez Les Républicains.
- David Lisnard annonce son départ du parti et dénonce un processus de désignation biaisé, révélateur de profondes divisions à droite.
Mardi 24 mars, les dirigeants des Républicains se sont réunis en bureau politique pour arrêter les modalités de désignation de leur candidat à l’élection présidentielle. À l’issue de cette réunion, un accord a été trouvé pour consulter les adhérents en avril.“On s’est mis d’accord, pas à l’unanimité, mais avec un consensus très large”, a souligné Bruno Retailleau, président des LR.
Cette décision s’appuie sur les travaux menés ces derniers mois par un groupe piloté par Gérard Larcher, chargé de proposer un cadre pour départager les ambitions internes. Les adhérents devront ainsi arbitrer entre trois scénarios : confier la désignation du candidat à une primaire strictement interne, ouvrir ce processus à un cercle plus large de sympathisants, ou bien entériner directement la candidature de Bruno Retailleau, déjà engagé dans la course depuis février.
Une réunion marquée par des absences et des lignes opposées
Ce bureau politique s’est toutefois tenu dans un climat déjà tendu, marqué par l’absence de deux figures majeures de la droite : Xavier Bertrand et Laurent Wauquiez. Le premier refuse catégoriquement toute primaire, tandis que le second défend au contraire une primaire très large, dépassant le seul cadre des Républicains. Laurent Wauquiez plaide pour un processus incluant des personnalités allant du macroniste Gérald Darmanin à Sarah Knafo, issue de Reconquête.
Ces divergences illustrent les fractures stratégiques profondes au sein du parti, entre une ligne de recentrage interne et une volonté d’ouverture plus large à l’ensemble de la droite.
David Lisnard en rupture après la réunion
Présent lors de cette réunion, David Lisnard a immédiatement exprimé son désaccord.“Je ne suis pas d’accord avec ce qui est proposé”, a-t-il déclaré à la sortie du bureau politique.
Dès le lendemain, mercredi 25 mars, le maire de Cannes a franchi un cap en annonçant son départ des Républicains sur BFMTV. Il a indiqué vouloir en parler directement à Bruno Retailleau :
“Je vais demander à voir Bruno Retailleau dans les prochaines heures” et “je le dirai d’abord” au président du parti.
David Lisnard n’a pas mâché ses mots pour qualifier la décision prise lors de la réunion. “Ce qui s’est passé hier est un non-sens”, a-t-il déclaré, avant de dénoncer un “vote truqué”. Une accusation directe qui vise la procédure retenue et, en creux, la possibilité d’une désignation facilitée de Bruno Retailleau.
Le maire de Cannes critique plus largement une ligne politique qu’il juge illisible : “Depuis le vote de confiance à François Bayrou, l’abandon de la réforme des retraites, les ambiguïtés sur le gouvernement – participer ou pas – je pense qu’il n’y a aucune lisibilité, aucune cohérence et aucune constance.”
Une vision opposée : Lisnard défend une primaire ouverte
À rebours de la décision du bureau politique, David Lisnard plaide pour une primaire beaucoup plus ouverte, capable de rassembler toute la droite. Il évoque la possibilité d’y associer des figures extérieures comme Éric Zemmour ou Nicolas Dupont-Aignan, dans une logique d’union plus large face aux enjeux de 2027.
Cette position rejoint celle défendue par Laurent Wauquiez, mais s’oppose à une partie de la direction du parti, plus prudente sur l’élargissement du périmètre.
Le risque d’un affaiblissement durable de LR
Au-delà de son départ, David Lisnard met en garde contre une stratégie qu’il juge dangereuse pour l’avenir du parti.
“LR ne disparaisse face aux nouvelles réalités du XXIe siècle (…) en croyant qu’il est encore en première division et peut imposer un candidat qui sera présent au second tour”, explique t-il.
Une alerte qui intervient pourtant dans un contexte électoral contrasté : Les Républicains ont récemment conquis plusieurs villes lors des municipales, comme Clermont-Ferrand, Brest, Limoges ou Besançon, sans parvenir à s’imposer à Paris ou Lyon.
Une consultation sous haute tension en avril
La consultation des adhérents prévue en avril s’annonce désormais décisive. Elle devra non seulement trancher la méthode de désignation du candidat, mais aussi mesurer l’adhésion à la ligne portée par Bruno Retailleau.
Après la réunion du 24 mars et le départ fracassant de David Lisnard, Les Républicains apparaissent plus divisés que jamais. À droite, la bataille pour 2027 ne fait que commencer — mais elle pourrait d’abord se jouer en interne.
