- La Banque de France a revu ses prévisions pour l’économie française en intégrant les effets potentiels de la guerre au Moyen-Orient sur les prix de l’énergie.
- Entre scénario de sortie rapide de crise et hypothèse d’un conflit durable, l’institution dessine une trajectoire plus fragile pour la croissance, avec un retour de l’inflation et une pression accrue sur le pouvoir d’achat.
Après l’Insee, la Banque de France a, à son tour, actualisé ses perspectives pour l’économie tricolore. L’institution a choisi une approche inhabituelle en construisant trois scénarios afin de mesurer les conséquences possibles de la guerre au Moyen-Orient, en particulier via la flambée des prix du pétrole et du gaz.
Cette nouvelle projection illustre à quel point la conjoncture française reste exposée aux tensions géopolitiques. Plus le conflit serait bref, plus l’impact resterait contenu. À l’inverse, un enlisement ferait peser une menace sérieuse sur la croissance, l’investissement et la consommation.
Dans l’hypothèse la plus favorable, celle d’un arrêt rapide du conflit, la hausse des prix énergétiques resterait limitée. Le prix du baril de pétrole grimperait jusqu’à 92 dollars au deuxième trimestre avant de redescendre progressivement autour de 70 dollars à la mi-2027.
Même dans ce cas de figure, le choc ne serait pas neutre pour l’économie française. La hausse du gaz et du pétrole se transmettrait à l’inflation, qui atteindrait 1,7% en 2026 en données harmonisées, soit 0,8 point de plus que dans la précédente estimation de décembre.
Pour les ménages, la conséquence serait immédiate. Le pouvoir d’achat des salariés, attendu en hausse de 0,7% jusqu’ici, resterait finalement stable. Ce coup d’arrêt pèserait sur la consommation des ménages, mais aussi sur l’investissement des entreprises, conduisant à une progression du PIB limitée à 0,9% sur l’année. Une révision à la baisse de 0,1 point, certes modérée, mais révélatrice d’un contexte plus tendu.
La Banque de France souligne d’ailleurs que « la hausse des prix de l’énergie, conjuguée à une révision à la hausse des taux d’intérêt par rapport à décembre, pèserait encore sur l’activité » en 2027. Elle anticipe ainsi une croissance de 0,8% l’an prochain, avant une reprise estimée à 1,2% en 2028.
En cas de conflit durable, la croissance pourrait tomber à 0,6%
Le scénario devient nettement plus préoccupant si la guerre devait se prolonger. Dans cette hypothèse dite défavorable, le baril atteindrait 119 dollars au deuxième trimestre. La France verrait alors son inflation grimper à 2,5% en 2026, tandis que la croissance reculerait à seulement 0,6%.
La Banque de France précise que « la hausse des prix de l’énergie à court terme serait plus forte que dans le scénario de base, de même que le niveau d’incertitude sur les marchés financiers. Mais la production et les exportations de pétrole et de GNL en provenance du Moyen-Orient reprendraient rapidement une fois le conflit terminé, et les prix amorceraient un retour progressif vers le niveau du scénario de base qu’ils rejoindraient fin 2027 ».
Autrement dit, l’économie française subirait un choc plus marqué, mais encore temporaire, si les capacités de production et d’exportation énergétiques de la région étaient rapidement restaurées après la fin des hostilités.
Le pire scénario redoute un baril à 145 dollars
La projection la plus sombre repose sur une aggravation durable des tensions régionales. Dans ce cas, le baril de pétrole grimperait à 145 dollars au deuxième trimestre. La Banque de France envisage alors une interruption de 60% des flux de pétrole et de GNL transitant par le détroit d’Ormuz, contre 40% dans le scénario précédent, avec des infrastructures durablement endommagées.
L’institution avertit que « les prix du pétrole et du gaz augmenteraient davantage encore et resteraient durablement plus élevés par rapport au scénario de base ». Le choc serait alors beaucoup plus violent pour l’économie française. La croissance tomberait à 0,3% en 2026, tandis que l’inflation s’envolerait à 3,3%, soit presque deux fois plus que dans le scénario central.
Dans une telle configuration, la hausse des prix de l’énergie affecterait de plein fouet les ménages comme les entreprises, au risque d’enrayer durablement la dynamique économique.
Un choc différent de la crise énergétique de 2022
Pour autant, la Banque de France estime que la situation actuelle ne peut pas être comparée, à ce stade, à la crise énergétique provoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Plusieurs éléments distinguent en effet les deux séquences.
D’abord, l’ampleur du choc anticipé par les marchés sur les prix de l’énergie était alors bien plus importante. Ensuite, l’Europe était beaucoup plus dépendante du gaz russe qu’elle ne l’est aujourd’hui du pétrole et du GNL provenant du Moyen-Orient. Selon UBS, le gaz russe représentait encore 45% des importations de l’Union européenne en 2022, contre environ 12% pour le pétrole et 11% pour le GNL issus du Moyen-Orient aujourd’hui.
Le contexte économique européen était également plus dégradé il y a quatre ans. Le continent sortait du Covid, subissait déjà de fortes tensions d’approvisionnement et faisait face à une inflation préexistante. En France, l’arrêt de plusieurs centrales nucléaires avait aussi fortement perturbé la production d’électricité, tirant les prix à la hausse.
La situation apparaît aujourd’hui plus favorable. La Banque de France rappelle ainsi que « la France est depuis redevenue exportatrice nette d’électricité. Dans la mesure où les interconnexions avec le reste de l’Europe sont limitées, il est peu probable qu’une hausse du prix de l’électricité dans les pays où elle est produite par des centrales à gaz se transmette aux prix français ».
