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jeudi, avril 30, 2026
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Le G7 prêt à sécuriser le détroit d’Ormuz, mais pas en pleine guerre

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  • Réunis près de Paris, les ministres des Affaires étrangères du G7 ont acté le principe d’une mission internationale pour sécuriser le détroit d’Ormuz, mais uniquement après la fin des hostilités entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
  • Entre pressions américaines, prudence européenne et risques économiques mondiaux, le dossier cristallise les tensions.

   Le Groupe des Sept (G7) a affiché une position commune sur la sécurisation du détroit d’Ormuz, axe vital du commerce énergétique mondial. À l’issue de leur réunion ministérielle à Vaux-de-Cernay, près de Paris, les chefs de la diplomatie ont confirmé qu’une mission internationale d’escorte des navires était envisagée, mais uniquement une fois le conflit au Moyen-Orient terminé.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a insisté sur l’attachement au droit international : « Il existe un large consensus international pour préserver la liberté de navigation ». Il a également rappelé : « Il n’est pas question que les eaux internationales soient fermées à la navigation, surtout pour des conflits qui ne concernent pas les pays dépendant de ces routes. »

Selon Paris, la future mission aura une vocation strictement défensive. Elle interviendra « une fois le calme revenu », afin de garantir la sécurité des flux commerciaux dans cette zone stratégique.

Une mission “nécessairement” inévitable selon Paris

Face à la paralysie actuelle du trafic maritime, la diplomatie française juge inéluctable la mise en place d’un dispositif international. « Cela se fera nécessairement d’une manière ou d’une autre », a assuré Jean-Noël Barrot, en référence au droit de la mer.

Le ministre a également alerté sur les conséquences immédiates de la crise : « Chaque jour qui passe, la situation s’aggrave en raison du manque de trafic maritime entre le golfe Persique et le reste du monde. »

En temps normal, près de 20 % du pétrole et du gaz mondial transitent par le détroit d’Ormuz. Mais la configuration géographique de la zone — eaux étroites, reliefs favorables aux attaques — en fait un point de tension majeur, exposé aux missiles et drones iraniens.

La question de la sécurisation d’Ormuz a ravivé les tensions entre Washington et ses alliés européens. Le président américain Donald Trump a vivement critiqué l’OTAN et les pays européens pour leur refus d’intervenir immédiatement.

« Je suis tellement déçu par l’OTAN, parce que c’était un test pour l’OTAN. C’était un test. Vous pouvez nous aider », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Nous nous en souviendrons. »

Cette pression s’inscrit dans un contexte diplomatique plus large. Avant la réunion, le secrétaire d’État Marco Rubio a laissé entendre que le manque d’engagement européen pourrait influencer le soutien américain à l’Ukraine.

« L’Ukraine n’est pas la guerre de l’Amérique, et pourtant nous avons contribué à cette lutte plus que n’importe quel autre pays dans le monde. Il s’agit donc d’un élément à examiner que le président devra prendre en compte à l’avenir », a-t-il déclaré.

Washington plaide pour une coalition “post-conflit”

À Paris, Marco Rubio a toutefois clarifié la position américaine. Les États-Unis ne demandent pas un déploiement immédiat, mais la préparation d’une force multinationale pour sécuriser le détroit après la guerre.

« Nous avons toujours considéré qu’il s’agissait d’une nécessité post-conflit », a-t-il affirmé. Il a insisté sur le rôle clé de cette mission pour relancer le trafic maritime : « Les premiers pétroliers qui passeront par le détroit après la fin de l’opération voudront être escortés par quelqu’un, sinon ils ne pourront pas obtenir d’assurance. »

Le chef de la diplomatie américaine a également mis en garde contre les conséquences d’une inaction : « Le monde ferait mieux de s’activer et de faire quelque chose à ce sujet. En particulier les pays qui dépendent le plus du détroit : les pays riches, les pays puissants, les pays capables. »

L’Europe prête à agir… mais pas en pleine guerre

Plusieurs pays européens ont affiché leur disponibilité pour participer à une mission, à condition qu’elle intervienne après la fin des combats. Le ministre allemand Johann Wadephul s’est montré constructif : « L’Allemagne est certainement disposée à jouer un rôle après la fin des hostilités pour assurer la sécurité de la navigation dans le détroit d’Ormuz ».

« Mon objectif est de faire en sorte que nous élargissions le terrain d’entente que nous partageons dans ce différend », a-t-il ajouté.

Au total, plus de 30 pays — dont le Royaume-Uni, l’Italie, le Canada et le Japon — se sont déclarés « prêts à contribuer aux efforts appropriés pour assurer la sécurité du passage ».

La ministre britannique Yvette Cooper a insisté sur la nature défensive de l’opération : « L’Iran ne peut pas se contenter de prendre l’économie mondiale en otage », affirmant : « Nous devons protéger notre économie mondiale contre les pays qui veulent l’armer contre nous. »

Au-delà des enjeux militaires, la situation dans le détroit d’Ormuz fait peser un risque majeur sur l’économie mondiale. Les marchés de l’énergie sont déjà sous tension, avec un baril de Brent remonté à 110 dollars et des prix du gaz élevés en Europe.

Le commissaire européen à l’économie, Valdis Dombrovskis, a alerté sur un risque de stagflation en cas de conflit prolongé, évoquant un ralentissement de la croissance et un regain d’inflation.

Diplomatie urgente et tensions géopolitiques imbriquées

La Haute représentante de l’Union européenne, Kaja Kallas, a souligné les liens entre les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient : « Ces guerres sont étroitement liées ».

« Si l’Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient s’arrête, que l’Iran cesse de l’attaquer, elle doit également faire pression sur la Russie pour qu’elle ne soit pas en mesure de l’aider dans ce domaine », a-t-elle ajouté.

Dans ce contexte, Donald Trump a prolongé de dix jours l’ultimatum adressé à l’Iran pour rouvrir le détroit. De son côté, Téhéran affirme garantir un passage sûr aux navires « non hostiles », une promesse qui reste accueillie avec prudence par les acteurs du transport maritime.

Vers une sécurisation du détroit d’Ormuz après la guerre

En filigrane, un consensus se dessine : la sécurisation du détroit d’Ormuz est indispensable pour la stabilité énergétique mondiale, mais ne pourra intervenir qu’après la fin des hostilités. D’ici là, les grandes puissances privilégient la voie diplomatique pour éviter qu’un conflit régional ne dégénère en crise économique globale durable.

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