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mercredi, avril 29, 2026
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Crise énergétique mondiale : l’AIE alerte sur un choc historique dès avril, avec pénuries et inflation en hausse

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  • La guerre entre les États-Unis et l’Iran pourrait déclencher une crise énergétique mondiale sans précédent.
  • Selon l’Agence internationale de l’énergie, les pertes de pétrole vont fortement s’aggraver dès avril, faisant craindre rationnements, inflation et ralentissement économique à grande échelle.

   La crise énergétique mondiale pourrait entrer dans une phase critique dès les prochaines semaines. L’alerte est lancée par Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui redoute une désorganisation profonde et durable des marchés de l’énergie en raison de la guerre entre les États-Unis et l’Iran.

Invité du podcast In Good Compagny de Norges Bank Investment, animé par Nicolai Tangen, le directeur exécutif de l’AIE a livré un diagnostic particulièrement alarmant, évoquant une situation appelée à empirer dès le mois d’avril. Selon Fatih Birol, les flux énergétiques observés en mars reposaient encore sur des cargaisons expédiées avant le déclenchement du conflit. Une situation temporaire qui ne devrait pas durer.

 « Le mois prochain, avril, sera bien pire que mars », a-t-il averti.

 « [Les pétroliers] continuent d’arriver dans les ports, d’y apporter du pétrole, de l’énergie et d’autres produits », a-t-il précisé, avant d’annoncer la fin imminente de ce répit.

Le constat est particulièrement préoccupant. Selon Fatih Birol, « en avril, il n’y a rien », marquant une rupture brutale dans les approvisionnements. Il précise que « la perte de pétrole en avril sera deux fois supérieure à celle de mars », une situation aggravée par les tensions sur le GNL et d’autres matières premières.

Cette combinaison devrait, selon lui, alimenter l’inflation et « freiner la croissance économique dans de nombreux pays, notamment les économies émergentes ». Il avertit également que « dans beaucoup de pays, un rationnement de l’énergie pourrait bientôt être instauré ».

Une crise pire que les chocs pétroliers de 1973 et 1979

Pour mesurer l’ampleur du phénomène, le directeur de l’AIE compare la situation actuelle aux grandes crises énergétiques du passé.

« Si l’on considère les crises de 1973 et 1979, on constate que, dans les deux cas, nous avons perdu environ 5 millions de barils de pétrole par jour. Ces crises pétrolières ont entraîné une récession mondiale dans de nombreux pays », a-t-il rappelé.

Mais aujourd’hui, les chiffres dépassent largement ces précédents historiques. « Aujourd’hui, nous perdons 12 millions de barils par jour, soit plus que lors des deux crises pétrolières réunies », affirme-t-il.

 Il insiste sur la gravité inédite de la situation : « La crise actuelle dépasse largement le cadre de ces trois crises réunies » et prévient : « Nous nous dirigeons vers une perturbation majeure, la plus importante de l’histoire. »

Des tensions sur toute la chaîne d’approvisionnement mondiale

La crise ne se limite pas au pétrole brut. Elle touche également le gaz naturel liquéfié (GNL) et de nombreuses matières premières essentielles.

 « De nombreuses matières premières essentielles – produits pétrochimiques, engrais, soufre – sont cruciales pour les chaînes d’approvisionnement mondiales », souligne Fatih Birol.

 L’AIE observe déjà des tensions croissantes sur certains carburants raffinés. Les pénuries de kérosène et de diesel augmentent en Asie et pourraient rapidement atteindre l’Europe, notamment entre avril et mai.

 Par ailleurs, environ 40 infrastructures énergétiques majeures au Moyen-Orient ont été endommagées, aggravant encore les perturbations sur les marchés mondiaux.

Inflation, croissance en berne et économies émergentes fragilisées

Les conséquences économiques s’annoncent majeures. La hausse des prix de l’énergie et des matières premières pourrait alimenter une nouvelle vague inflationniste à l’échelle mondiale. Selon Fatih Birol, cette situation risque de freiner la croissance économique dans de nombreux pays, en particulier dans les économies émergentes, plus vulnérables aux chocs énergétiques.

Malgré une tentative d’apaisement des marchés par Donald Trump, qui a annoncé un retrait des forces américaines d’Iran « dans deux ou trois semaines », les inquiétudes restent vives. Pour l’AIE, les dégâts sur les flux énergétiques sont déjà significatifs et pourraient durer.

L’AIE prête à puiser dans les réserves stratégiques

Face à l’urgence, l’Agence internationale de l’énergie se tient prête à intervenir pour stabiliser les marchés. « Nous évaluons le marché quotidiennement, voire toutes les heures, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Si nous estimons qu’il y a un besoin, nous pourrions tout à fait proposer [de libérer davantage de réserves] », a expliqué Fatih Birol.

Mais il met en garde contre une solution insuffisante : « Cela ne fait qu’atténuer les problèmes, ce ne sera pas une solution miracle ». Pour lui, l’enjeu principal reste stratégique : « La solution, c’est l’ouverture du détroit d’Ormuz. Nous gagnons du temps, mais je ne prétends pas que ce soit la solution, ni même la libération de nos stocks. »

Des mesures d’urgence pour limiter l’impact

Dans ce contexte, l’AIE recommande déjà des mesures concrètes pour réduire la consommation d’énergie. Parmi elles : la baisse des limitations de vitesse, le recours accru au télétravail et la réduction de l’utilisation des équipements énergivores.

Ces recommandations traduisent l’ampleur de la crise à venir. Elles illustrent surtout la nécessité pour les États de se préparer à une période de fortes tensions énergétiques.

Une crise appelée à marquer durablement l’économie mondiale

 Avec des pertes estimées à plus de 12 millions de barils par jour et des perturbations touchant l’ensemble des chaînes d’approvisionnement, la crise actuelle pourrait devenir la plus grave de l’histoire contemporaine.

Pour l’Agence internationale de l’énergie, les semaines à venir seront déterminantes. Mais une chose est déjà claire : le monde entre dans une phase de turbulences énergétiques majeures, dont les conséquences pourraient se faire sentir bien au-delà du secteur de l’énergie.

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