- Le Parlement tunisien a adopté cinq projets de loi portant sur des concessions photovoltaïques destinées à renforcer la production électrique nationale.
- Défendus comme une réponse au déficit énergétique du pays, ces textes suscitent toutefois une vive controverse sur la souveraineté énergétique, dans un contexte marqué par le limogeage de la ministre de l’Énergie, Fatma Thabet Chiboub.
Des concessions photovoltaïques validées dans un climat tendu. Le Parlement tunisien a adopté cinq projets de loi relatifs à l’octroi de concessions pour la réalisation de centrales photovoltaïques, malgré une polémique croissante autour du rôle des investisseurs étrangers dans le secteur de l’énergie.
Ces textes prévoient que des groupes étrangers puissent exploiter l’électricité produite pendant 20 ans, avec une prolongation possible de 10 ans. Ils bénéficieront également d’une exonération fiscale durant les cinq premières années. L’électricité produite sera vendue à la Société tunisienne de l’électricité et du gaz, la Steg.
Le limogeage de Fatma Thabet Chiboub en toile de fond
Cette adoption intervient dans un contexte politique sensible. Le président tunisien Kaïs Saïed a limogé, mardi, la ministre de l’Énergie et de l’Industrie, Fatma Thabet Chiboub, selon un communiqué de la présidence.
Le ministre de l’Équipement et de l’Habitat, Salah Eddine Zouari, assurera l’intérim. Ce limogeage a été salué par certains opposants aux textes, notamment le député Bilel El Mechri, qui avait dénoncé une « colonisation énergétique » et demandé que l’ancienne ministre soit jugée.
Un projet défendu au nom de la sécurité énergétique
Le gouvernement présente ces concessions comme un moyen de « renforcer l’indépendance énergétique » de la Tunisie, de garantir l’approvisionnement et de réduire les coûts de production.
Le pays fait face à une forte dépendance énergétique et importe une grande partie de ses besoins. Il continue également de subventionner lourdement les carburants, l’électricité et le gaz. Selon le secrétaire d’État à la Transition énergétique, Wael Chouchane, les énergies renouvelables représentaient 9 % de la production électrique en avril, avec un objectif fixé à 35 % d’ici 2030.
600 MW supplémentaires attendus
Les projets adoptés prévoient des investissements d’environ 500 millions d’euros pour installer des centrales photovoltaïques totalisant 600 MW. Ces installations devraient être implantées notamment dans des régions marginalisées mais fortement ensoleillées du centre et du sud du pays.
Le député Mohamed Ali Fennira, rapporteur de la Commission de l’industrie et de l’énergie, a défendu ces projets comme une réponse nécessaire à la fragilité du système énergétique tunisien.
Intervenant sur Jawhara FM, il a rappelé que la Tunisie fait face à un déficit énergétique de 65 %, sa production nationale ne couvrant qu’environ 35 % de ses besoins. « Nous sommes dans une situation de dépendance énergétique, on ne peut plus parler d’indépendance », a-t-il déclaré.
Une polémique sur la souveraineté nationale
Malgré les arguments économiques avancés par le gouvernement, les textes suscitent de fortes critiques. La centrale syndicale UGTT a dénoncé des projets qui « perpétuent la dépendance et affaiblissent la souveraineté nationale ».
L’organisation réclame des partenariats « justes et équitables » avec la Steg, estimant que la transition énergétique ne doit pas se faire au détriment des intérêts nationaux.
Sur les réseaux sociaux, la polémique s’est également amplifiée, certains accusant les autorités d’ouvrir la voie à une dépendance accrue vis-à-vis d’acteurs étrangers.
Pour Mohamed Ali Fennira, ces centrales photovoltaïques permettraient d’ajouter 600 MW au réseau, soit environ 6,6 % de la consommation nationale d’électricité. Elles contribueraient aussi à diversifier le mix énergétique tunisien.
Le député a insisté sur la nécessité de ne plus faire du gaz naturel « la seule ressource » du pays. Il estime également que ces projets pourraient permettre à la Steg de réduire d’environ 50 millions de dinars par an ses importations de gaz naturel.
Pourquoi les investisseurs étrangers dominent les appels d’offres
Mohamed Ali Fennira a reconnu que les appels d’offres, bien qu’ouverts aux opérateurs tunisiens, n’ont attiré que des investisseurs étrangers. Il a expliqué cette situation par les contraintes du financement local. En Tunisie, les taux d’intérêt se situent entre 9 % et 10 %, avec des durées de remboursement limitées à douze ans. À l’étranger, les taux peuvent descendre autour de 4 %, ce qui donne un net avantage aux groupes internationaux.
Selon lui, ces conditions empêchent les investisseurs tunisiens de se positionner sur des projets nécessitant des capitaux importants.
