- Le Mexique et l’Union européenne ont signé un nouvel accord de libre-échange élargi visant à renforcer leurs échanges commerciaux et à réduire leur dépendance vis-à-vis des États-Unis.
- Dans un contexte de tensions commerciales mondiales et de durcissement protectionniste de Washington, ce partenariat prend une dimension à la fois économique et géopolitique.
Un partenariat modernisé face aux tensions commerciales mondiales. Le Mexique et l’Union européenne ont officialisé, vendredi 23 mai à Mexico, la révision de leur accord commercial en vigueur depuis 2000. Signé à l’occasion du huitième sommet commun entre les deux partenaires, ce nouvel accord entend élargir les échanges commerciaux tout en répondant aux bouleversements géopolitiques provoqués par la montée du protectionnisme américain.
La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Antonio Costa ont entériné ce texte qui prévoit une réduction des droits de douane et une ouverture accrue des marchés. Objectif : diversifier les débouchés commerciaux des deux blocs face aux mesures tarifaires imposées par Donald Trump.
« Dans un moment marqué par des turbulences croissantes et de profondes transformations, nous avons décidé d’élargir, d’approfondir et de mettre à jour les liens de notre Partenariat stratégique », ont indiqué les deux parties dans une déclaration conjointe.
Un accord à forte portée géopolitique
Au-delà du commerce, Bruxelles et Mexico cherchent à afficher un front commun en faveur du libre-échange. La Commission européenne voit dans cet accord un signal clair démontrant que les deux économies restent ouvertes malgré « la multiplication des mesures protectionnistes ».
« Ensemble, nous construirons un avenir meilleur pour nos citoyens et pour la planète », a déclaré Ursula von der Leyen, soulignant également la coopération renforcée sur les questions environnementales, les droits humains et l’égalité de genre.
« Ce sommet représente bien plus que du commerce ; c’est une déclaration géopolitique », a indiqué de son côté la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas à la veille de la signature de l’accord.
Des échanges appelés à bondir d’ici 2030
Le ministère mexicain de l’Économie estime que les exportations du Mexique vers l’Europe pourraient passer d’environ 24 milliards de dollars par an à 36 milliards d’ici 2030.
Les échanges commerciaux entre les deux partenaires ont déjà progressé de 75 % en dix ans, principalement dans les secteurs des équipements de transport, des machines, des produits chimiques, des carburants et des produits miniers. L’Union européenne exporte aujourd’hui environ 65 milliards de dollars de marchandises par an vers le Mexique.
Le nouvel accord élargit également le champ de la coopération à plusieurs secteurs stratégiques : services, investissements, commerce en ligne, marchés publics et produits agricoles.
Agriculture : ouverture des marchés sous haute surveillance
Le volet agricole reste particulièrement sensible. L’accord prévoit un accès quasi exempt de droits de douane pour la majorité des produits échangés, y compris plusieurs denrées agricoles mexicaines et européennes.
Ainsi, l’Union européenne ouvrira davantage son marché au poulet, aux asperges, au café, aux fruits, au chocolat ou encore au sirop d’agave mexicains, tandis que le Mexique supprimera des droits de douane sur le porc, les produits laitiers, les céréales, les fruits et les pâtes européennes.
Bruxelles a néanmoins maintenu plusieurs quotas afin de protéger ses filières sensibles, notamment l’élevage bovin, dans un contexte déjà tendu après l’accord commercial conclu avec le Mercosur. L’UE autorisera notamment l’importation de 5.000 tonnes de bœuf mexicain à un taux préférentiel de 7,5 %, ainsi que plusieurs milliers de tonnes de produits avicoles et d’éthanol.
En contrepartie, les producteurs européens bénéficieront d’une reconnaissance renforcée des indications géographiques protégées au Mexique, couvrant notamment des centaines de vins, spiritueux et spécialités alimentaires européennes comme le Roquefort ou le jambon de Parme.
Automobile, terres rares et commerce numérique au cœur du dispositif
Le secteur automobile figure parmi les grands gagnants du nouvel accord. Les échanges de pièces détachées seront facilités grâce à la reconnaissance mutuelle des certifications européennes et des normes internationales.
Bruxelles insiste toutefois sur le fait que cet accord ne permettra pas aux constructeurs chinois d’utiliser le Mexique comme plateforme d’exportation vers l’Europe.
L’Union européenne espère également sécuriser un meilleur accès aux matières premières critiques produites au Mexique, notamment les terres rares et les métaux stratégiques indispensables aux filières technologiques et aux énergies renouvelables. Une diversification jugée cruciale pour réduire la dépendance européenne à l’égard de la Chine.
Le texte devra désormais être soumis au vote du Parlement européen, qui devrait se prononcer dans les prochains mois.
