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IA : Christine Lagarde exhorte l’Europe à combler son retard face aux États-Unis et à la Chine

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  • La présidente de la Banque centrale européenne estime que l’Union européenne ne peut pas se permettre de manquer la révolution de l’intelligence artificielle après avoir laissé échapper une large part des gains de la première vague numérique.
  • Pour combler son retard face aux États-Unis et à la Chine, elle appelle à approfondir le marché unique et à accélérer l’intégration des marchés de capitaux.

    L’Europe dispose des chercheurs, des entreprises et du marché nécessaires pour s’imposer dans l’intelligence artificielle. Mais elle doit encore transformer ses atouts scientifiques en succès industriels et commerciaux capables de rivaliser avec les géants américains et chinois.

Devant l’International Business Council du Forum économique mondial, mercredi 19 août à Genève, Christine Lagarde a appelé les États membres à lever les obstacles qui freinent la croissance des entreprises technologiques européennes.

« L’Europe est largement passée à côté de la première révolution numérique, car les retombées économiques de la diffusion des technologies de l’information et de la communication ont été captées de manière disproportionnée ailleurs. Nous ne pouvons pas nous permettre de revivre cette expérience avec l’intelligence artificielle, la deuxième révolution numérique », a déclaré la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), selon le texte de son intervention.

Un potentiel scientifique encore mal valorisé

Pour Christine Lagarde, l’Europe conserve de solides avantages dans la compétition technologique mondiale. L’Union européenne représente environ 6 % de la population de la planète, mais rassemble jusqu’à 15 % des chercheurs et produit près d’un cinquième des publications scientifiques les plus citées au monde.

« L’UE représente environ 6 % de la population mondiale mais jusqu’à 15 % des chercheurs. Elle produit également presque un cinquième des publications scientifiques les plus citées au monde », a-t-elle souligné.

Les entreprises européennes commencent également à accroître leurs dépenses dans cette technologie. Selon une enquête de la BCE, les sociétés de la zone euro prévoient d’allouer en moyenne près de 9 % de leurs investissements totaux à l’intelligence artificielle en 2026.

« Il existe déjà des signes encourageants montrant que les entreprises européennes investissent dans l’IA », a relevé Christine Lagarde.

Le principal défi consiste désormais à convertir cette capacité de recherche en innovations commercialisables, puis à assurer leur diffusion dans l’ensemble de l’économie européenne. « Trop souvent, les obstacles qui empêchent les entreprises de changer d’échelle freinent également cette diffusion », a-t-elle averti.

Le changement d’échelle, principal point faible européen

La présidente de la BCE identifie deux freins majeurs : la fragmentation du marché unique et celle des marchés de capitaux. Les entreprises européennes continuent d’évoluer dans un environnement composé de réglementations, de procédures et de systèmes juridiques nationaux différents.

Cette situation renchérit les coûts, allonge les délais et complique le développement transfrontalier des jeunes entreprises. Elle réduit également la pression concurrentielle susceptible d’inciter les sociétés à adopter plus rapidement de nouvelles technologies.

« La taille critique est particulièrement importante à mesure que les nouvelles technologies reconfigurent les sources de la croissance de la productivité », a insisté Christine Lagarde.

À ces obstacles réglementaires s’ajoute une difficulté de financement. Les entreprises européennes restent largement dépendantes du crédit bancaire, tandis que les marchés d’actions et de capital-risque demeurent moins profonds et plus fragmentés qu’aux États-Unis.

Selon les données citées par la BCE, les jeunes entreprises européennes et celles établies dans la région de San Francisco lèvent des montants comparables durant leurs cinq premières années d’activité. Mais, après dix ans, les scale-up européennes ont obtenu environ 50 % de financements en moins. Près de 12 % d’entre elles ont par ailleurs transféré leurs activités hors de l’Union européenne, principalement vers les États-Unis.

Des capitaux insuffisants pour financer la croissance

Cette faiblesse du financement devient particulièrement pénalisante lorsqu’une entreprise cherche à passer du stade de start-up à celui d’acteur international. Faute de capitaux suffisants dans l’Union européenne, certaines sociétés innovantes se tournent vers les marchés américains ou choisissent d’y déplacer une partie de leurs activités.

Pour Christine Lagarde, la fragmentation économique et financière forme ainsi un cercle vicieux : un marché intérieur incomplet réduit les perspectives de croissance des entreprises, tandis que l’absence de financements européens suffisamment profonds limite leur capacité à exploiter l’ensemble du marché.

Ce diagnostic rejoint largement celui formulé par Mario Draghi dans son rapport sur la compétitivité européenne publié en 2024. L’ancien président de la BCE y appelait notamment l’Union à renforcer massivement ses investissements dans l’innovation, les technologies numériques et les infrastructures stratégiques.

EU Inc. pour dépasser les 27 régimes nationaux

Parmi les réponses avancées figure le projet EU Inc., présenté par la Commission européenne en mars 2026. Ce dispositif doit créer une forme juridique européenne facultative permettant aux entreprises, notamment aux start-up, de se constituer et d’opérer selon un ensemble harmonisé de règles.

La proposition de la Commission prévoit notamment une immatriculation entièrement numérique, réalisable en 48 heures et pour un coût maximal de 100 euros. Elle vise aussi à simplifier les transferts d’actions, les opérations sur le capital et certaines procédures d’insolvabilité.

L’objectif est de permettre à une jeune entreprise de se développer à l’échelle européenne sans devoir naviguer entre 27 cadres juridiques distincts. EU Inc. ne réglerait toutefois qu’une partie du problème, a prévenu Christine Lagarde, qui réclame une suppression plus large des barrières internes au marché unique.

La BCE presse Bruxelles d’accélérer les réformes

La présidente de la BCE appelle également à faire avancer l’Union de l’épargne et de l’investissement, destinée à mieux orienter l’épargne européenne vers le financement des entreprises et des projets productifs.

Les dirigeants européens souhaitent parvenir, d’ici à la fin de 2026, à un accord sur le paquet législatif consacré à l’intégration des marchés de capitaux. Les négociations restent cependant difficiles, notamment sur la centralisation de leur supervision, plusieurs États membres demeurant attachés aux compétences de leurs autorités nationales.

En parallèle, la Commission déploie des infrastructures destinées à renforcer la puissance de calcul disponible sur le continent. L’Union compte désormais 19 « usines d’IA » en cours de mise en place et a lancé un appel pour créer jusqu’à sept gigafactories spécialisées dans l’entraînement des modèles de nouvelle génération. Le projet doit mobiliser jusqu’à 10 milliards d’euros de financements publics et débloquer au moins 20 milliards d’euros d’investissements privés, selon la Commission européenne.

Pour Christine Lagarde, ces initiatives ne porteront pleinement leurs fruits que si les entreprises peuvent simultanément accéder à un marché continental intégré et à des financements capables d’accompagner leur croissance. L’enjeu dépasse la seule industrie technologique : il s’agit de transformer l’échelle du marché européen en moteur durable de productivité et de croissance.

La Rédactionhttps://echosplus.com
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