- Face aux pertes provoquées par les canicules et la sécheresse, Sébastien Lecornu demande à Bercy de dégager immédiatement de nouvelles marges budgétaires.
- Le plan d’urgence agricole, présenté par Annie Genevard, doit précéder un dispositif de relance inscrit dans le budget 2027.
Le gouvernement cherche des financements pour répondre à la crise qui frappe l’agriculture française. Jeudi 3 septembre, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a demandé au ministre des Comptes publics, David Amiel, « de procéder à des annulations et des gels de dépenses de l’État qui seront effectués dès maintenant pour financer les dépenses urgentes que la situation agricole nécessite », selon son entourage cité par la presse.
Ces arbitrages doivent permettre de mobiliser rapidement des crédits sans attendre l’adoption du prochain budget. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, est chargée de présenter les mesures du plan d’urgence destiné aux exploitations les plus durement touchées.
Un plan de relance agricole attendu dans le budget 2027
L’exécutif prévoit une réponse en deux temps. Après les mesures immédiates, une concertation doit s’ouvrir avec les représentants du secteur afin de préparer un plan de relance agricole de plus grande ampleur.
« Dès la semaine prochaine, de nouvelles concertations s’ouvriront, pour bâtir cette fois le plan de relance agricole. Celui-ci devra figurer dans le PLF (projet de loi de finances) pour 2027. Le Premier ministre et la ministre rencontreront les organisations professionnelles », a précisé l’entourage de Sébastien Lecornu.
Les mesures d’urgence « ne peuvent pas attendre » et doivent donc être financées par de nouvelles économies réalisées dans le budget actuel.
Le recours à des annulations et à des gels de crédits témoigne de la volonté du gouvernement de trouver des marges de manœuvre au sein du budget de l’État. Le montant exact des moyens mobilisés et la liste détaillée des dispositifs restent néanmoins à préciser.
Des pertes agricoles supérieures à 10 milliards d’euros
La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) attend une réponse proportionnée aux dégâts. Son président, Arnaud Rousseau, estime que le plan doit donner le signal d’un soutien durable au redressement de l’agriculture.
Chaque filière poursuit encore l’évaluation de ses pertes. D’après les premières estimations du ministère de l’Économie, les canicules et la sécheresse pourraient retrancher 0,1 point à la croissance française en 2026, principalement en raison du recul de l’activité agricole. La production du secteur devrait diminuer d’environ 8 % sur un an, tandis que celle de maïs pourrait chuter de 35 %. Ces évaluations restent préliminaires et ne constituent pas une révision officielle de la prévision de croissance du gouvernement, selon Reuters.
Le manque de fourrage, l’assèchement des prairies et les difficultés rencontrées par l’élevage, le maraîchage et les grandes cultures font rapidement grimper la facture. Pour la seule filière bovine, les dommages liés au déficit de fourrage sont évalués à près de 5milliards d’euros.
« On sera au-delà de dix milliards de sinistralité », a estimé Arnaud Rousseau sur franceinfo. « Maintenant, je ne dis pas que l’État doit payer intégralement le niveau de la sinistralité. Nous ne l’avons jamais dit. Ce qui compte pour nous, c’est que l’État prenne en charge le rebond. »
La FNSEA réclame des mesures durables
Le premier syndicat agricole demande notamment une prise en charge importante des cotisations sociales et la prolongation des aides à l’achat de carburant. La FNSEA souhaite que les soutiens ne se limitent pas à une compensation ponctuelle, mais permettent aux exploitations de reprendre leur activité et de préparer les prochaines campagnes.
« La prise en charge de cotisations sociales à des niveaux élevés, la poursuite de l’aide à l’achat de carburant, ça s’achevait au 31 août. La situation à Ormuz n’a pas changé. Il suffit de regarder le prix des carburants », a souligné Arnaud Rousseau sur franceinfo.
Le responsable syndical rappelle également le précédent du gel de 2021, lorsque l’État avait engagé environ un milliard d’euros pour soutenir la viticulture. « Ça concernait une seule filière et une partie de la France. Aujourd’hui, ce sont toutes les filières et c’est toute la France ! », a-t-il insisté.
La FNSEA réclame également des allégements de charges et de cotisations sociales, un versement accéléré des aides de la politique agricole commune ainsi que des ajustements temporaires de certains contrôles, comme l’a détaillé Public Sénat.
Les consommateurs appelés à soutenir la production française
Arnaud Rousseau reconnaît toutefois que l’État ne pourra pas absorber seul l’intégralité du choc. Il appelle les consommateurs à accepter des produits dont l’apparence a pu être altérée par les températures extrêmes.
« Quand il fait des températures de dingue et qu’à un moment la pomme se rétracte, vous avez un produit qui n’est pas parfait par rapport aux standards. On a besoin que chacun, à son échelle, puisse donner le signal. Le monde agricole a besoin de l’aide de tout le monde », a-t-il déclaré sur franceinfo.
Le président de la FNSEA rappelle qu’environ un tiers des produits alimentaires consommés en France sont importés. Pour le syndicat, la crise climatique pourrait accroître cette dépendance et accélérer les cessations d’activité, alors que de nombreux agriculteurs s’interrogent déjà sur leur avenir professionnel.
L’ampleur de la crise fait craindre une fragilisation durable de la production nationale et de la souveraineté alimentaire. Les annonces gouvernementales seront donc scrutées autant pour leur montant que pour leur capacité à soutenir rapidement la trésorerie et le redémarrage des exploitations.
