- La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, alerte sur les lourdes conséquences des aléas climatiques pour l’ensemble des territoires et des filières.
- Un premier bilan précis des pertes doit être établi le 27 août, avant le déploiement d’aides adaptées aux exploitations les plus fragilisées.
L’agriculture française affronte un été particulièrement éprouvant. Invitée de franceinfo mardi 18 août, Annie Genevard a reconnu l’existence d’une « crise profonde », alimentée par un « trio redoutable » associant sécheresse, canicule et incendies.
« Nous vivons un été terrible et les agriculteurs en paient un lourd tribut », a déclaré la ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Les conséquences se font sentir dans la plupart des filières, avec notamment des récoltes maraîchères en recul, des inquiétudes sur le maïs et des tensions croissantes sur les disponibilités en fourrage.
« L’élément saillant, c’est que tous les territoires et toutes les productions sont impactés à des degrés divers, tous les agriculteurs sont concernés », a-t-elle souligné. Le gouvernement estime que la situation nécessite désormais une réponse différenciée selon les productions et l’intensité des pertes enregistrées localement.
Un bilan détaillé attendu le 27 août
À ce stade, le ministère de l’Agriculture ne dispose pas encore d’une estimation consolidée de la baisse de la production agricole. Annie Genevard réunira les préfets le 27 août afin d’établir un état des lieux « territoire par territoire, filière par filière ».
Cette évaluation doit permettre de calibrer le plan d’aide et d’orienter les moyens vers les exploitations les plus durement touchées. « C’est à ce moment-là qu’on pourra émettre des chiffres précis », a indiqué la ministre.
Les premières mesures devraient notamment porter sur les besoins de trésorerie et la remise en production. Le gouvernement réfléchit également à des « prêts sécheresse » destinés aux exploitants ayant perdu une part importante de leurs récoltes. Annie Genevard s’est toutefois refusée à annoncer prématurément une enveloppe globale, estimant que « la facture sera très lourde ».
La réunion du 27 août avait déjà été annoncée par la ministre lors d’un précédent entretien accordé à RTL. Les préfets ont été chargés d’établir un diagnostic détaillé afin de « calibrer » un plan d’aide présenté comme massif. Agri Mutuel avec l’AFP
Pas de flambée généralisée des prix à ce stade
Malgré les pertes enregistrées dans les exploitations, le gouvernement ne constate pas encore de répercussion généralisée sur les prix alimentaires. « En matière de prix, nous n’observons pas d’augmentation massive généralisée des prix », a assuré Annie Genevard.
La ministre compte notamment sur la grande distribution pour faciliter la commercialisation des productions affectées par les fortes chaleurs. Les enseignes sont invitées à assouplir leurs cahiers des charges, en particulier les critères relatifs au calibre des fruits et légumes, souvent plus petits en raison du déficit hydrique.
Carrefour et Coopérative U ont déjà annoncé des adaptations de leurs conditions d’achat, ainsi que des mesures destinées à accélérer les paiements et à mieux prendre en compte la hausse des coûts supportés par les producteurs, selon Le Parisien.
Le stockage de l’eau au cœur de la réponse
Au-delà des aides d’urgence, l’exécutif entend renforcer les capacités d’adaptation de l’agriculture au changement climatique. Adopté par le Parlement le 21 juillet, le projet de loi d’urgence agricole fixe notamment l’objectif de doubler les volumes de stockage d’eau destinés aux usages agricoles d’ici à 2035.
Annie Genevard conteste l’idée d’une « appropriation de l’eau » par le monde agricole, avancée par certains écologistes. « On irrigue très peu, 7 % de la production alimentaire est le fruit d’une irrigation, alors que d’autres pays autour de nous, qui nous taillent des croupières en matière d’importation, stockent énormément plus », a-t-elle défendu.
Le texte prévoit également de simplifier certains projets de stockage et de renforcer la planification de la ressource. Ses principales mesures sont détaillées par Vie publique.
Accélérer la réutilisation des eaux usées
La réutilisation des eaux usées traitées constitue l’autre axe privilégié par le gouvernement. La loi d’urgence agricole vise à multiplier par dix les volumes réutilisés d’ici à 2030 par rapport à leur niveau de 2020.
« C’est une piste que nous n’avons pas suffisamment explorée », a reconnu Annie Genevard. La France ne réutilise actuellement qu’environ 1 % de ses eaux usées traitées, contre 10 % en Italie et 15 % en Espagne, selon le Centre d’information sur l’eau.
Le développement de cette ressource alternative suppose néanmoins de nouveaux investissements dans les réseaux, les installations de traitement et les dispositifs de contrôle sanitaire.
Des mesures agricoles promises dans le budget 2027
Dans une lettre ouverte diffusée samedi 15 août dans la presse régionale, le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est engagé à intégrer « des mesures de soutien et d’investissement » en faveur de l’agriculture dans le projet de budget pour 2027.
Des enveloppes ciblées devraient notamment être confiées aux préfets pour soutenir la trésorerie et la reprise de l’activité. Les exploitations les plus fragilisées pourraient également bénéficier d’allègements de taxe foncière et de cotisations sociales.
Le gouvernement envisage par ailleurs un mécanisme de suramortissement fiscal pour les projets agricoles d’avenir, ainsi que des aides aux investissements hydrauliques et à l’adaptation climatique. Ces dispositions devront toutefois être votées par le Parlement, alors que l’exécutif ne dispose pas de majorité absolue à l’Assemblée nationale.
La Confédération paysanne réclame un changement de cap
Pour la Confédération paysanne, les mesures d’urgence ne suffiront pas à réduire durablement la vulnérabilité des exploitations. Son porte-parole, Stéphane Galais, a demandé dimanche sur franceinfo des « réponses très structurelles ».
« Dans le courrier de Sébastien Lecornu, on voit bien que l’intention, c’est de ne pas changer de cap, c’est de ne pas changer la vision qu’on a de l’agriculture en France et c’est de ne pas accompagner non plus la nécessaire transition agroécologique », a-t-il regretté.
Le syndicat réclame une stratégie de long terme associant soutien économique, partage de la ressource en eau et transformation des modèles agricoles. Une revendication qui place déjà le débat sur le terrain du budget 2027, au-delà de la seule indemnisation des pertes provoquées par l’été 2026.
