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MaiaSpace : Lecornu presse la filière spatiale française d’accélérer face à SpaceX

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  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu a posé, vendredi 4 septembre, la première pierre de la future usine de lanceurs réutilisables de MaiaSpace à Vernon, dans l’Eure.
  • Dans un secteur dominé par SpaceX, cette implantation industrielle doit permettre à l’Europe de renforcer son autonomie d’accès à l’espace et de combler une partie de son retard technologique.

    Une usine stratégique pour la souveraineté spatiale européenne. Sébastien Lecornu a appelé MaiaSpace à accélérer le développement de son lanceur réutilisable. Dans cette filiale d’ArianeGroup créée en 2022, l’État joue une partie de la souveraineté spatiale française et européenne.

« L’urgence, désormais, c’est de démarrer », a déclaré le Premier ministre lors de la cérémonie organisée à Vernon, sa ville d’ancrage politique. « On joue gros », a-t-il insisté, reconnaissant que l’Europe ne disposait d’aucune « avance sur les grands compétiteurs ».

Aux côtés de Christophe Bruneau, président exécutif d’ArianeGroup, de Yohann Leroy, président de MaiaSpace, et d’Hervé Morin, président de la région Normandie, le chef du gouvernement a également évoqué un environnement difficile. « Les nuages sont quand même plutôt noirs et nombreux au-dessus des politiques spatiales européennes », a-t-il estimé.

Selon MaiaSpace, la future MaiaFactory doit progressivement atteindre une superficie de 12.000 mètres carrés sur le Plateau de l’Espace, à Vernon. À partir du second semestre 2027, elle prendra le relais de l’unité pilote où sont actuellement produits et testés les prototypes ainsi que les premiers modèles de vol du lanceur Maia.

Une chaîne industrielle reliant Vernon à Kourou

L’usine normande produira plusieurs composants du lanceur. Ceux-ci seront ensuite acheminés jusqu’au port du Havre, avant d’être transportés par voie maritime vers le Centre spatial guyanais de Kourou, où leur assemblage final sera réalisé.

MaiaSpace s’est vu attribuer l’ancien ensemble de lancement utilisé par les fusées russes Soyouz en Guyane française. Cette implantation doit offrir à l’entreprise une base opérationnelle pour ses futurs vols commerciaux.

À partir de 2032, la société prévoit de fabriquer chaque année une vingtaine d’étages supérieurs, consommés lors de chaque mission, ainsi qu’un nombre variable d’étages principaux. Leur cadence de fabrication dépendra directement du taux de récupération des premiers étages sur une barge en mer.

MaiaSpace compte désormais plus de 400 salariés, contre une vingtaine au moment de sa création. Le projet bénéficiera par ailleurs de la « méthode Notre-Dame », un dispositif destiné à simplifier et accélérer les procédures administratives applicables aux grands projets industriels stratégiques.

Un premier lancement attendu au second semestre 2027

Le calendrier du programme a toutefois pris du retard. Initialement envisagé en 2025, le premier vol du lanceur Maia est désormais programmé au second semestre 2027. La nouvelle usine doit elle aussi entrer en activité durant cette période.

 La récupération du premier étage ne devrait pas intervenir dès les premières missions. MaiaSpace prévoit de commencer les tentatives autour du huitième ou du neuvième vol, vraisemblablement à partir de 2028.

Cette technologie représente le principal levier économique du projet. Selon Yohann Leroy, la récupération du premier étage permettra de diviser les coûts de lancement « par plus que deux ». Cette partie du lanceur représente à elle seule environ la moitié de son coût total.

MaiaSpace encore loin des capacités de SpaceX

Avec Maia, l’Europe cherche à se repositionner sur le marché en forte croissance des lancements de petits satellites et des constellations en orbite basse. Le lanceur pourra emporter jusqu’à 4 tonnes, selon sa configuration — réutilisable ou non —, l’orbite visée et l’utilisation éventuelle de l’étage supérieur Colibri.

Ces performances restent très inférieures à celles de Falcon 9. Le lanceur de SpaceX peut placer environ 22,8 tonnes en orbite terrestre basse dans sa configuration non récupérée. L’entreprise fondée par Elon Musk maîtrise par ailleurs la récupération des premiers étages depuis 2015, lui offrant une avance industrielle et commerciale considérable.

MaiaSpace entend néanmoins se différencier grâce à un lanceur plus compact, modulaire et adapté aux besoins des opérateurs de petits satellites. La start-up a déjà signé plusieurs accords commerciaux, notamment avec Eutelsat et Exotrail, pour des missions prévues à partir de 2027.

Le spatial rattrapé par les contraintes budgétaires

Après sa visite à Vernon, Sébastien Lecornu a relié cet enjeu de souveraineté industrielle aux arbitrages attendus dans le prochain budget de l’État, dont l’examen doit commencer en octobre au Parlement.

« La poursuite de la guerre en Iran sous une autre forme, plus la sécheresse et l’effondrement de notre rendement agricole sur ce trimestre nous mettent en risque » financier, a déclaré le Premier ministre devant le Forum économique de Giverny.

Selon lui, la France peut encore éviter une aggravation de sa situation budgétaire, mais à la « seule condition de maîtriser (son) déficit et de faire des propositions qui seront courageuses ».

Dans ce contexte contraint, l’usine de Vernon illustre les choix auxquels l’État est confronté : réduire les dépenses publiques tout en continuant à financer des projets industriels jugés indispensables à la souveraineté nationale. Pour MaiaSpace, l’enjeu sera désormais de transformer le soutien politique et industriel en lancements effectifs, puis en cadence commerciale.

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