- Face aux lourdes pertes provoquées par les canicules, la sécheresse et les incendies de 2026, le gouvernement déploie un plan de soutien supérieur à un milliard d’euros.
- Baptisé CASI, ce dispositif combine indemnisations accélérées, fonds de remise en production et allègements fiscaux et sociaux.
Le gouvernement mobilise plus d’un milliard d’euros pour soutenir les agriculteurs frappés par les événements climatiques extrêmes de 2026. Présenté vendredi 4 septembre par Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, le plan « Climat, Adaptation, Sécheresse, Incendies » (CASI) doit soutenir les trésoreries et favoriser le redémarrage de la production.
« C’est un effort conséquent de la Nation pour ses agriculteurs », affirme Annie Genevard. Le gouvernement estime que la crise menace désormais le potentiel productif du pays et, à plus long terme, sa souveraineté alimentaire.
Les mesures et les documents de présentation du dispositif sont accessibles sur la page officielle du plan CASI publiée par le ministère de l’Agriculture.
Une crise agricole « d’une ampleur exceptionnelle »
Depuis mai, les températures ont dépassé de 3,8 °C les normales saisonnières. Au 27 août, les 101 départements français étaient concernés par la sécheresse et 62 avaient atteint le niveau de crise, selon les données communiquées par le gouvernement.
La situation territoriale et l’évolution des restrictions peuvent être consultées sur la plateforme officielle VigiEau, qui met notamment à disposition une carte des restrictions d’eau ainsi que des données historiques sur la sécheresse.
Le ministère de l’Agriculture décrit une crise climatique et agricole « d’une ampleur exceptionnelle ». Dans plusieurs régions, les pertes de rendement atteignent au moins 50 %, avec des pointes locales comprises entre 70 % et 80 %.
Les céréales, le maraîchage, la viticulture, l’élevage et les prairies sont simultanément affectés. La production française de maïs pourrait notamment reculer d’au moins 35 % par rapport à 2025.
La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) évalue à plus de 10 milliards d’euros le montant total des pertes subies par l’agriculture. Cette estimation syndicale illustre l’écart entre les dommages économiques anticipés et l’enveloppe d’urgence annoncée par l’État.
Les indemnisations concentrent plus de 500 millions d’euros
Le premier pilier du plan repose sur l’Indemnisation de solidarité nationale (ISN), mécanisme destiné à couvrir une partie des pertes de récolte provoquées par les aléas climatiques lorsque certains seuils de dommages sont dépassés.
Selon les précisions apportées par le ministère, le gouvernement estime à environ 520 millions d’euros les besoins liés à ce volet. Le Fonds national de gestion des risques en agriculture, qui finance l’ISN, doit être abondé à hauteur des besoins constatés.
Une commission exceptionnelle doit se réunir dès le 7 septembre afin d’examiner les premiers dossiers des agriculteurs non assurés. Pour les exploitants couverts par une assurance récolte, les assureurs pourront verser immédiatement jusqu’à 80 % de l’indemnité estimée, contre 70 % auparavant, sans attendre l’achèvement des récoltes.
L’exécutif entend ainsi accélérer le versement des aides afin d’éviter une multiplication des défaillances parmi les exploitations dont la trésorerie a été fortement dégradée.
La « moyenne olympique » étendue à huit années
Le mode de calcul des pertes agricoles doit également évoluer à partir de la campagne 2027. La « moyenne olympique », utilisée pour établir le rendement de référence d’une exploitation, sera calculée sur huit années au lieu de cinq.
Cette réforme doit empêcher que la succession de mauvaises récoltes provoquées par les événements climatiques n’abaisse mécaniquement les rendements de référence et, par conséquent, le niveau des indemnisations futures.
Les dommages durables qui ne peuvent pas être assurés, comme la destruction de plantations pérennes ou de vignes et certaines mortalités animales, pourront être couverts par le régime des calamités agricoles. Le seuil minimal de dommages est fixé à 1 000 euros par exploitation.
Un fonds de réarmement agricole de 235 millions d’euros
Le plan prévoit également la création d’un « fonds de réarmement agricole » doté de 235 millions d’euros pour la France hexagonale et les Antilles. Placé sous l’autorité des préfets, ce dispositif doit apporter des réponses adaptées à la situation de chaque territoire.
Il pourra notamment financer l’achat de fourrage, d’aliments pour animaux, de semences, de plants et d’autres intrants nécessaires à la remise en production des exploitations les plus durement touchées.
Une partie de l’enveloppe sera réservée aux victimes des incendies. L’État souhaite par ailleurs faciliter les transferts de paille et de fourrage entre les régions et pourrait faire appel à d’autres pays européens si les disponibilités françaises se révélaient insuffisantes.
Près de 330 millions d’euros de dégrèvements fonciers
Les exploitations sinistrées pourront également bénéficier de dégrèvements de taxe foncière sur les propriétés non bâties. Le coût de cette mesure est estimé à environ 330 millions d’euros.
Une enveloppe supplémentaire de 20 millions d’euros sera consacrée à la prise en charge d’une partie des cotisations sociales agricoles par la Mutualité sociale agricole (MSA). Elle ciblera les exploitants dont les difficultés financières ont été aggravées par la crise climatique.
Le guichet exceptionnel consacré aux engrais azotés sera par ailleurs prolongé jusqu’au 31 décembre 2026, au lieu du 30 septembre initialement prévu. Cette aide peut atteindre entre 50 et 70 euros par tonne, selon la part des engrais dans les charges de l’exploitation.
L’aide sur le gazole agricole prolongée
L’aide de 15 centimes par litre accordée sur le gazole non routier agricole doit être reconduite pour les travaux de septembre et d’octobre. Le coût total de cette prolongation est évalué à 105 millions d’euros.
Cette mesure vise à limiter les conséquences de la hausse des prix du carburant sur les exploitations, alors que celles-ci doivent engager les travaux de fin de campagne et préparer les prochaines cultures.
Le plan prévoit également de porter les avances sur les aides de la Politique agricole commune (PAC) de 70 % à 75 %, afin de fournir plus rapidement des liquidités aux agriculteurs.
Des contrôles PAC allégés
Les préfets pourront accorder des dérogations à certaines obligations relevant de la PAC, notamment aux règles de couverture des sols lorsque les conditions climatiques rendent leur respect matériellement impossible.
Le gouvernement promet également de réduire le nombre de contrôles réalisés directement dans les exploitations pour la campagne PAC 2026. Les vérifications sur pièces seront privilégiées chaque fois que la réglementation le permet.
Les cellules départementales consacrées à la sécheresse doivent par ailleurs être pérennisées. Un référent sera désigné auprès des préfets, tandis que l’accompagnement social, sanitaire et psychologique des agriculteurs sera renforcé.
Un financement assuré par le budget de l’État
Le plan CASI sera financé par le budget national, notamment grâce au dégel de crédits du ministère de l’Agriculture. L’enveloppe globale associe des dépenses nouvelles, des indemnisations, des dégrèvements fiscaux et des prises en charge de cotisations sociales.
Le gouvernement devra néanmoins préciser la répartition définitive des crédits et les éventuels redéploiements budgétaires nécessaires à son financement.
Ce plan d’urgence doit être suivi, dans les prochaines semaines, d’un second programme consacré au rebond et à l’adaptation structurelle de l’agriculture. Celui-ci dépendra des arbitrages et des négociations entourant le projet de loi de finances pour 2027.
