Un appel à manifester est lancé ce mercredi 16 avril à Paris, alors que les bombardements israéliens ont provoqué la mort d’un nombre inédit de journalistes à Gaza. Un bilan tragique qui soulève de graves questions sur la liberté d’informer en temps de guerre.
« Si vous lisez ceci, cela signifie que j’ai été tué. » C’est par ces mots glaçants que Hossam Shabat, 23 ans, journaliste pour Al-Jazeera Mubasher, ouvrait un message posthume publié sur les réseaux sociaux. Le jeune reporter palestinien, conscient des risques encourus dans une Gaza sous les bombes, avait écrit son testament quelques jours avant d’être tué par une frappe de drone israélien. Son véhicule portait pourtant le logo d’Al-Jazeera et le sigle TV.
Comme lui, près de 200 journalistes palestiniens ont été tués en dix-huit mois, selon les chiffres croisés de Reporters sans frontières (RSF), du Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et de la Fédération internationale des journalistes (FIJ). Une hécatombe « d’une magnitude jamais vue dans l’histoire de la profession », alerte RSF, qui dénonce un bilan sans précédent dans un conflit contemporain.
« Dans l’histoire de notre profession, tous conflits confondus, c’est une hécatombe d’une magnitude jamais vue, comme le démontre une récente étude de l’université américaine Brown », affirment les signataires d’une tribune collective publiée dans le journal Libération ce dimanche.
Une profession décimée
Certains sont morts caméra à la main, comme Ahmed al-Louh, 39 ans, caméraman pour Al-Jazeera, tué lors d’un tournage dans le camp de réfugiés de Nusseirat. D’autres, comme Ibrahim Mouhareb, 26 ans, ont péri en couvrant les mouvements de troupes israéliennes. Tous portaient les insignes de presse, casques et gilets pare-balles clairement identifiables.
« Ils ont été délibérément visés », estiment plusieurs ONG qui pointent une série de menaces, d’intimidations, et d’accusations infondées lancées par l’armée israélienne à l’encontre de journalistes palestiniens, souvent qualifiés sans preuve de membres de groupes armés.
Des familles entières frappées
Derrière les chiffres, des visages. Celui de Wafa al-Udaini, fondatrice du collectif 16-Octobre, tuée dans une frappe aérienne avec son mari et ses enfants. Ou encore celui d’Ahmed Fatima, figure de la Maison de la presse de Gaza, mort en tentant d’évacuer son fils blessé après une explosion près de leur immeuble.
Le fondateur de cette même ONG, Bilal Jadallah, est mort à son tour six jours plus tard, sous le feu d’un char israélien. Le journaliste Fadi al-Wahidi, devenu paraplégique, ou Wael al-Dahdouh, correspondant vedette d’Al-Jazeera ayant appris la mort de sa famille en direct, font partie de ceux qui ont survécu mais restent marqués à jamais.
Un black-out médiatique dénoncé
Pour les signataires de la tribune, la situation ne laisse plus de place au doute : « L’armée israélienne cherche à imposer un black-out médiatique à Gaza. » Refus d’accès aux journalistes étrangers, menaces ciblées, frappes sur des professionnels de l’information : tout semble converger vers une volonté de réduire au silence les témoins de guerre.
Les auteurs de la tribune — parmi lesquels figurent le SNJ, le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes, RSF, le Prix Albert-Londres et d’autres collectifs — appellent à un rassemblement mercredi 16 avril à 18h, devant l’Opéra Bastille à Paris.
Trois revendications claires
Autour de trois mots d’ordre — « Gaza, stop au massacre des journalistes palestiniens », « Halte à l’impunité », et « Ouverture immédiate de Gaza à la presse internationale » — le collectif espère mobiliser massivement les professionnels des médias, mais aussi les citoyens soucieux de la liberté d’informer.
« Ce n’est pas parce que la presse occidentale ne peut entrer que l’information ne circule pas », précisent les signataires. « Nous voulons relayer, protéger et soutenir ceux qui, sur place, risquent leur vie pour documenter l’indicible. »
Un devoir de mémoire et de résistance
La situation en Cisjordanie occupée est également rappelée, à la veille de la commémoration de la mort de Shireen Abu Akleh, tuée d’une balle dans la tête en mai 2022 alors qu’elle portait, elle aussi, un gilet de presse. Une journaliste parmi tant d’autres dont la mort reste impunie.
« En tant que journalistes, viscéralement attachés à la liberté d’informer, il est de notre devoir de dénoncer cette politique, de manifester notre solidarité avec nos collègues palestiniens et de réclamer, encore et toujours, le droit d’entrer dans Gaza », conclut la tribune. L’enjeu est clair : maintenir vivante la voix de ceux qui, à Gaza, refusent que la guerre s’accompagne du silence.
