- Confrontée à une baisse marquée de la demande mondiale en cognac et champagne, la division Vins et Spiritueux de LVMH annonce une réduction de 10 % de ses effectifs.
- Une décision stratégique, sans plan social, mais dont la méthode de communication suscite déjà la polémique en interne.
Le groupe LVMH a confirmé, le jeudi 1er mai, une réduction de 10 % de la masse salariale au sein de sa division Vins et Spiritueux, Moët Hennessy. Une décision stratégique qui intervient dans un contexte de baisse prolongée de la demande mondiale, notamment sur les marchés du cognac et du champagne, piliers de cette branche du géant du luxe.
L’annonce, transmise par voie électronique aux collaborateurs, a suscité de vives réactions internes. Une vidéo de 20 minutes, envoyée en pièce jointe d’un mail de la direction le 30 avril, a dévoilé les contours de cette restructuration. Jean-Jacques Guiony, directeur financier de LVMH, et Alexandre Arnault, directeur général adjoint, y détaillent les choix opérés pour « anticiper les mutations du marché mondial ».
Retour aux effectifs de 2019
L’objectif affiché par le groupe est clair : revenir à un niveau d’effectifs comparable à celui d’avant la pandémie. Cela représenterait la suppression de 1 000 à 1 200 postes d’ici les prochaines années. LVMH précise toutefois qu’il ne s’agit pas d’un plan social, mais d’un ajustement progressif, via le non-remplacement des départs naturels et la gestion du turn-over.
Les suppressions de postes concerneront l’ensemble des 29 maisons de la division, parmi lesquelles Moët & Chandon, Veuve Clicquot, Hennessy, Krug et Château d’Yquem.
Du côté des syndicats, le ton est plus grave. Alexandre Rigaud, délégué CGT chez Moët & Chandon, dénonce une communication « anxiogène » et « déconnectée », reprochant à la direction d’avoir annoncé une mesure d’une telle ampleur via une vidéo, un jour avant un jour férié.
« Beaucoup de salariés en congé l’ont découvert dans la presse », déplore-t-il.
Un secteur en perte de vitesse
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2024, Moët Hennessy a vu son chiffre d’affaires chuter de 11 %, à 5,862 milliards d’euros, contre 6,602 milliards l’année précédente. Le résultat opérationnel courant accuse une baisse de près de 36 %, pour s’établir à 1,356 milliard d’euros.
La tendance se confirme au premier trimestre 2025, avec une nouvelle baisse de 8 %, portée par une diminution marquée des ventes de cognac. LVMH évoque une demande en berne aux États-Unis et en Chine, deux marchés-clés historiquement porteurs.
Les volumes écoulés illustrent également ce ralentissement : 80,8 millions de bouteilles de cognac vendues en 2024, contre 83,2 millions en 2023 et 94,3 millions en 2022.
LVMH maintient le cap globalement
Malgré ces difficultés, le groupe LVMH a su conserver une dynamique soutenue à l’échelle mondiale. En 2024, son chiffre d’affaires global s’est élevé à 84,683 milliards d’euros, contre 86,153 milliards un an plus tôt. Le résultat opérationnel courant, bien qu’en repli, atteint tout de même 19,571 milliards d’euros.
La division Vins et Spiritueux apparaît cependant comme le maillon faible d’un ensemble globalement solide, porté notamment par la mode, la maroquinerie et les parfums.
