- Alors que la recherche scientifique est sous pression aux États-Unis, la France et l’Europe entendent devenir un refuge pour les chercheurs étrangers.
- Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen ont lancé la conférence « Choose Europe for Science » à la Sorbonne, avec des promesses de financements à la clé – malgré un climat budgétaire tendu.
Dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen ont lancé ce lundi 5 mai la conférence « Choose Europe for Science », un signal fort adressé à la communauté scientifique internationale, et en particulier aux chercheurs américains.
Objectif : convaincre les cerveaux menacés par les politiques de l’administration Trump de poser leurs valises sur le Vieux Continent.
« Dans un moment où les libertés académiques connaissent un certain nombre de reflux ou de menaces, il s’agit de montrer que l’Europe est un continent d’attractivité », souligne l’Élysée.
Un appel du pied assumé aux talents étrangers
La conférence, qui réunit ministres de la Recherche, représentants des universités européennes et commissaires de Bruxelles, marque un tournant stratégique pour la politique scientifique européenne. Alors que les États-Unis font face à une « blitzkrieg contre la recherche », selon Didier Samuel, PDG de l’Inserm, la France et l’Europe espèrent profiter de cette brèche.
« Il y a une forme de sidération chez les chercheurs américains de ce qu’il se passe aux États-Unis », observe le chercheur au micro de franceinfo, pour qui « c’est une vraie lame de fond ». À ses yeux, il est temps pour l’Europe « d’être capable d’être au niveau » en matière d’accueil et de financement.
Un “Welcome Package” à la française ?
Parallèlement à l’événement, Emmanuel Macron a lancé à la mi-avril la plateforme Choose France for Science, destinée à structurer l’offre d’accueil. Celle-ci prévoit que l’État puisse abonder jusqu’à 50 % certains projets de recherche, sur critères de mérite. Mais les chercheurs attendent toujours plus de clarté sur l’enveloppe globale qui sera allouée.
« Il faut montrer que la recherche est libre et qu’on est capable de donner des moyens financiers avec une sorte de ‘Welcome package’ « , insiste Didier Samuel.
Une Europe attractive… mais encore fragile
Les domaines ciblés sont nombreux : santé, climat, biodiversité, intelligence artificielle, espace, numérique ou encore agriculture. Autant de secteurs dans lesquels l’Europe entend jouer un rôle de premier plan. Car malgré des rémunérations et financements encore inférieurs à ceux des États-Unis, le continent peut compter sur la qualité de ses infrastructures et sur un cadre de vie favorable aux familles.
Dans les Bouches-du-Rhône, l’université d’Aix-Marseille a déjà reçu près de 300 candidatures internationales, dont 50 % de femmes. Une majorité de profils « expérimentés », dans des domaines aussi variés que les sciences humaines, les mathématiques, la physique ou l’informatique.
La Fondation ARC contre le cancer, elle, a déjà réagi en débloquant 3,5 millions d’euros pour accueillir des scientifiques menacés aux États-Unis. « La Fondation ARC répond à cette urgence et prend ses responsabilités en leur offrant la possibilité de poursuivre leurs recherches dans un environnement stable », a-t-elle fait savoir.
Des critiques en interne : “Choquant, voire indécent”
Mais derrière les sourires diplomatiques, le malaise gronde dans l’enseignement supérieur français. Des syndicats et collectifs dénoncent une opération de communication qui cache mal la fragilité structurelle du système. Le collectif Stand-Up for Science France, né en mars, tire la sonnette d’alarme.
« La France, qui pourrait apparaître comme un refuge, est en réalité frappée par des coupes budgétaires qui s’accumulent depuis plus de 20 ans, menaçant la viabilité de son propre système », écrit-il dans une tribune publiée dans Libération. Une situation que les chiffres confirment : 1,5 milliard d’euros de baisse de budget en tenant compte de l’inflation, et 1,6 milliard d’annulations de crédits pour 2024 et 2025.
Les syndicats parlent même d’une initiative « choquante, voire indécente », pointant le sous-financement chronique, les regroupements forcés d’établissements, et les atteintes quasi incessantes à la liberté académique – des critiques alimentées par les polémiques autour du « wokisme » à l’université.
Von der Leyen en soutien, Bruxelles prépare des mesures
Si rien n’a encore filtré sur de potentielles annonces de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a promis que Bruxelles ferait « des propositions pour aider les scientifiques et les chercheurs à ‘Choisir l’Europe’. Le message est clair : l’Union veut capitaliser sur les tensions internationales pour s’imposer comme une terre d’accueil des esprits brillants.
