- L’artiste franco-algérien Salim Le Kouaghet investit les jardins de la Grande Mosquée de Paris avec « Au commencement était l’Alif », une exposition sensorielle et méditative à découvrir jusqu’au 17 juillet 2025.
- Une plongée dans une œuvre où abstraction et lumière racontent l’exil, la mémoire et l’appartenance.
Jusqu’au 17 juillet 2025, la Grande Mosquée de Paris accueille « Au commencement était l’Alif« , une exposition de l’artiste-peintre franco-algérien Salim Le Kouaghet, organisée en partenariat avec AYN Gallery. L’événement, inauguré en présence du recteur Chems-eddine Hafiz, invite le public à découvrir une œuvre singulière, entre abstraction, graphie et quête intérieure.

Figure discrète mais essentielle de la scène contemporaine, Le Kouaghet, formé entre Constantine, Alger et Paris, développe depuis plus de cinquante ans une écriture picturale profondément personnelle. Au fil des toiles, c’est tout un monde qui se déploie : celui de la lumière nocturne, des fragments de mémoire et des gestes porteurs de silence.

L’Alif comme geste inaugural
Dans cette exposition inédite, l’artiste place la lettre Alif, première lettre de l’alphabet arabe, au centre de sa démarche. Peinte, lacérée, incrustée, elle devient un axe vertical, une sentinelle dressée entre ciel et terre. « J’ai brisé mille et un miroirs pour faire jaillir des mémoires enfouies », confie-t-il. Chaque œuvre se présente comme un palimpseste où s’inscrivent signes calligraphiques, fragments de tapis kabyles, lignes verticales et carrés rituels.
« J’ai découvert le triangle de ma Kabylie. Comme autrefois, je réinvente mon écriture : le trait vertical, le trait horizontal ▬, le , le . Un dessin calligraphique aléatoire incruste la surface de mes toiles », confie -t-il.
Refusant les codes académiques, Le Kouaghet travaille la toile comme un espace de résistance et de reconstruction. Ses œuvres, empreintes d’un artisanat réinventé, interrogent l’identité, l’exil, la mémoire et la transmission.

Le Wast-ed-Dar, matrice visuelle et spirituelle
Au cœur de l’exposition : le Wast-ed-Dar, cette cour intérieure présente dans l’architecture algérienne traditionnelle. Lieu de passage, de repos, de parole et de rituels, il devient ici un espace de résonance plastique. Présentée dans l’écrin végétal de la mosquée, l’installation rend hommage à cette structure ouverte sur le ciel, symbole d’accueil et de dialogue.
Pour Le Kouaghet, cet espace ancestral devient une matrice : à la fois ancrage intime et terrain d’expérimentation visuelle. « Seules les hirondelles peuvent accéder librement à l’intérieur du Wast-ed-Dar », écrit-il dans un texte qui accompagne l’installation. Entre les lignes de ses toiles, ce sont des fragments d’intimité et de mémoire collective qui affleurent.

Un langage qui traverse les disciplines
Peintre, performeur, ancien chef éclairagiste à l’Olympia, Salim Le Kouaghet explore aussi la scène comme un prolongement de sa peinture. Depuis plusieurs années, il réalise des performances en direct, accompagné d’une pianiste ou d’une récitante. Ces moments d’improvisation, nourris par les musiques de Ravel, Debussy ou Albéniz, donnent à voir une peinture en mouvement, vivante, en résonance avec le souffle sonore.

Un parcours international et une reconnaissance institutionnelle
Artiste discret mais reconnu, Salim Le Kouaghet est présent dans les collections du Centre Pompidou et du Centre national des arts plastiques (CNAP). Son travail, exposé à Paris, Londres et Oran par AYN Gallery, s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique internationale.
Plusieurs étapes sont prévues en 2025 : Alger, Le Caire, Los Angeles, Abu Dhabi, Le Cap. Une grande rétrospective lui sera également consacrée en 2026 au Silo, Centre d’art contemporain de Château-Thierry.

Un rendez-vous culturel à ne pas manquer
Avec « Au commencement était l’Alif », la Grande Mosquée de Paris devient le théâtre d’une rencontre rare entre art contemporain, spiritualité et mémoire. L’exposition offre une plongée dans l’univers d’un artiste à la fois enraciné et universel, dont le travail résonne avec les grandes questions de notre temps.
À voir jusqu’au 17 juillet. Entrée libre.
