- Le nouvel accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis, dévoilé le 27 juillet, suscite des réactions contrastées.
- Tandis que l’aéronautique souffle, les PME françaises, l’agroalimentaire et les cosmétiques dénoncent un pacte déséquilibré.
- De Bruxelles à Paris, la colère monte contre un texte jugé peu protecteur des intérêts européens.
Présenté comme une solution pour éviter une escalade protectionniste, l’accord instaure des droits de douane généraux de 15 % sur les produits européens exportés vers les États-Unis. Une mesure loin de faire l’unanimité.
Certaines filières dites « stratégiques » ont toutefois réussi à échapper à la surtaxe. Parmi elles, l’aéronautique, l’un des rares secteurs à bénéficier de ce que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a appelé l’approche « zero-to-zero », c’est-à-dire l’exonération totale des droits de douane.
« Cela comprend tous les aéronefs et leurs composants », a-t-elle précisé.
Une annonce immédiatement saluée par le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS), qui voit dans cette exemption une décision « bonne pour une industrie équilibrée entre la France et les États-Unis ».
« L’absence de droits de douane permettra de conserver des emplois qualifiés en France à tous les niveaux de la chaîne de sous-traitance », a souligné l’organisation.
Le secteur aéronautique voit dans cet accord une confirmation de l’ »espoir » de résolution de crise, et se félicite du maintien de l’accord international de 1979 sur l’exonération des droits de douane, qui a largement contribué à son développement sur le marché américain.
Automobile : un compromis bienvenu mais encore imparfait
L’industrie automobile européenne sort également partiellement rassurée. Menacée un temps par des taxes à 30 %, elle devra finalement s’acquitter d’un tarif réduit à 15 %.
« Une étape importante vers l’apaisement de la forte incertitude », a salué l’Association des constructeurs européens d’automobiles (Acea).
Mais le soulagement reste relatif. L’Acea regrette que les nouveaux droits restent « plus élevés qu’avant le retour de Donald Trump au pouvoir », ce qui, selon elle, « continuera d’avoir un impact négatif non seulement sur l’industrie de l’UE, mais aussi sur celle des États-Unis ».
En Allemagne, premier pays exportateur d’automobiles vers les États-Unis, l’accord a été accueilli avec prudence. Le chancelier Friedrich Merz a souligné que cet accord permettait « d’éviter un conflit commercial qui aurait durement touché l’économie allemande, tournée vers l’exportation ».
Produits laitiers et cosmétiques en ligne de mire
D’autres secteurs, en revanche, se retrouvent exposés sans protection. C’est le cas des industriels laitiers français, qui redoutent une perte de compétitivité. Malgré l’évitement de surtaxes à 30 %, François-Xavier Huard, président de la Fédération nationale de l’industrie laitière, se montre lucide :
« Les tarifs abusifs de 30 % dont nous menaçait Donald Trump auraient acté un très fort ralentissement de l’exportation de produits laitiers. […] Nous avions intérêt à avoir un accord plutôt qu’une guerre commerciale, même si c’est un accord globalement en défaveur des Européens. »
La filière des cosmétiques, deuxième industrie exportatrice française vers les États-Unis, avec 13 % de sa production destinée à ce marché, est elle aussi lourdement pénalisée. Aucun allègement douanier n’est prévu pour ce secteur pourtant stratégique, qui se retrouve parmi les plus affectés par la réforme commerciale.
Les PME en première ligne
Pour les petites et moyennes entreprises françaises, le constat est amer. Dans un communiqué, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) alerte sur les effets délétères de l’accord :
« Les conséquences du pacte annoncé dimanche seront très négatives pour l’économie française et auront des répercussions désastreuses pour des milliers de PME. »
Elle décrit l’accord comme une « fausse bonne nouvelle » et dénonce le « prix à payer pour éviter la guerre commerciale »,qu’elle estime « dépasser les limites du raisonnable ». Combinée à la baisse du dollar, cette nouvelle taxation rendra « l’accès au marché américain plus difficile et plus cher pour les entreprises françaises », en particulier pour les PME qui,« contrairement à certains grands groupes, n’ont pas la capacité de négocier des ‘accords de prix minimum’ avec le gouvernement américain ».
Medef : une dénonciation sans détour
La critique la plus virulente est venue du président du Medef, Patrick Martin, qui, interrogé sur BFMTV, a déclaré : « C’est un jour sans », tout en rappelant que « rien n’avait encore été signé ».
Mais le ton monte lorsqu’il évoque la présidente de la Commission européenne :
« Ursula von der Leyen n’est pas habilitée à s’exprimer pour compte commun des pays membres de l’Union européenne sur des achats de gaz, d’armement ou des investissements. »
Le Patron du Medef va plus loin, estimant que l’accord relève « presque de l’humiliation » et moquant la scène du déplacement : « Sur un domaine privé entre deux parties de golf. Pour la fierté européenne, c’est une offense. »
Patrick Martin reproche aussi le manque de fermeté de l’Europe. « La Commission européenne s’était armée pour prendre des mesures sur 97 milliards d’euros d’importations américaines […]. Le droit européen permet des mesures anti-coercition… Rien de tout ça, à ce stade, n’est activé », déplore -t-il.
Et d’ajouter : « L’Europe est incapable de faire valoir ses droits, alors qu’elle a les moyens de tenir une position robuste. Il est encore temps de renégocier pour imposer une extension des secteurs d’activité pour lesquels il n’y aurait pas de droits de douane. Commençons par nous occuper de nous-mêmes et le jour venu, on pourra tenir tête aux Américains. »
Un accord sous haute surveillance
L’accord USA-UE du 27 juillet, censé marquer une désescalade commerciale, s’apparente finalement à un compromis fragile. Les gains enregistrés dans l’aéronautique ou l’automobile ne compensent pas, aux yeux de nombreux acteurs économiques, les pertes lourdes dans les cosmétiques, l’agroalimentaire ou les PME.
Alors que le texte n’est pas encore signé, la pression monte pour revoir ses termes, et surtout, rétablir un équilibre plus équitable entre partenaires transatlantiques.
