- À Bruxelles, l’UE resserre l’étau : les sanctions contre la Russie sont prolongées de six mois, malgré les pressions de Budapest et Bratislava.
- Un 19ᵉ paquet se profile, visant pétrole, « flotte fantôme » et banques.
À l’issue d’âpres tractations, l’Union européenne a reconduit pour six mois les sanctions visant plus de 2 500 personnes et entités accusées de soutenir l’invasion de l’Ukraine et de porter atteinte à la souveraineté du pays. Malgré les pressions de Budapest et Bratislava, aucun nom n’a été retiré.
Une liste noire inchangée
Réunis vendredi à Bruxelles, les ambassadeurs des Vingt-Sept ont validé la prolongation du régime de sanctions individuelles (gel d’avoirs, interdictions de visa). La liste comprend le président Vladimir Poutine, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, des parlementaires, des oligarques, des dirigeants d’entreprises, des propagandistes et des mercenaires. Y figurent également des responsables de l’enlèvement d’enfants ukrainiens depuis les territoires occupés, chef d’accusation pour lequel Vladimir Poutine est recherché.
L’ultimatum du calendrier
La décision est intervenue à l’approche de l’échéance légale du 15 septembre, après une série de réunions sous la présidence danoise du Conseil de l’UE. Le principal point de friction tenait à la demande de la Hongrie et de la Slovaquie de retirer certains noms. Après plusieurs cycles de discussions, aucune radiation n’a été accordée — quand bien même Budapest avait obtenu, en début d’année, l’exclusion de trois personnes.
Le débat sur la durée des sanctions
Pour limiter les effets de veto liés à la règle de l’unanimité, la présidence danoise avait proposé de passer d’un renouvellement semestriel à annuel. L’amendement a été rejeté : la cadence de six mois demeure la norme. L’UE avait déjà tenté d’instaurer un cadre de 12 mois afin de protéger les 210 milliards d’euros d’actifs russes gelés des blocages politiques ; là encore, l’initiative a échoué.
Cap sur un 19ᵉ paquet
Dans la foulée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a confirmé que les Vingt-Sept finalisent un 19ᵉ paquet de mesures. Celui-ci vise des restrictions supplémentaires sur les ventes de pétrole russe, la « flotte fantôme » de pétroliers clandestins et de nouvelles mesures financières ciblant les établissements facilitant le contournement.
« Nous continuerons d’étouffer l’argent destiné à la guerre de Poutine », a-t-elle déclaré. L’Union a par ailleurs réaffirmé son objectif d’éliminer progressivement les combustibles fossiles russes d’ici fin 2027.
Approches divergentes avec Washington
Bruxelles et Washington cherchent à resserrer la coordination, mais leurs outils diffèrent : la Maison Blanche pousse des tarifs punitifs à l’encontre des principaux importateurs de pétrole russe, Chine et Inde, tandis que la Commission européenne affûte des sanctions anti-contournement plus ciblées.
Au cœur du débat : l’efficacité et la cohésion d’un front qui doit composer avec les vetos récurrents au sein de l’UE.
Tensions à l’Est et crispations transatlantiques
Le climat s’est alourdi après une incursion inédite de drones russes dans l’espace aérien polonais. Le président américain Donald Trump a suggéré qu’il « pourrait s’agir d’une erreur ». Une hypothèse rejetée par le Premier ministre polonais Donald Tusk : « Nous aimerions aussi que l’attaque de drones contre la Pologne soit une erreur. Mais ce n’était pas le cas. Et nous le savons. » De quoi renforcer, côté européen, l’appel à la vigilance et à une synchronisation plus étroite avec Washington.
