- Mercredi 21 septembre, à Davos (Suisse), Donald Trump a créé la surprise en affirmant que « le cadre d’un futur accord » sur le Groenland avait été trouvé.
- Dans la foulée, le président américain a annoncé la levée de ses menaces de droits de douane visant plusieurs pays européens.
L’annonce a pris de court les observateurs. Après des semaines d’escalade verbale et de pressions commerciales, Donald Trump opère une volte-face au Forum économique mondial en annonçant qu’un accord était en vue sur le Groenland, après une période marquée par des déclarations de plus en plus agressives. Le président américain a surtout confirmé qu’il mettait fin — au moins temporairement — à l’arme diplomatique qu’il brandissait depuis des jours : les droits de douane.
Dans un message publié sur Truth Social, Donald Trump a détaillé le contexte : « Au cours d’une réunion très productive que j’ai eue avec le secrétaire général de l’Otan Mark Rutte, nous avons conçu le cadre d’un futur accord concernant le Groenland et, en réalité, toute la région arctique».
« Sur la base de cette entente, je n’imposerai pas les droits de douane qui devaient entrer en vigueur le 1er février », a t-il ajouté.
Si Donald Trump parle d’un « concept d’accord », il reste très vague sur son contenu. Le président américain a refusé de dire si ce compromis donnerait aux États-Unis la possession du territoire autonome danois, exigence qu’il avait répétée à de multiples reprises.
Interrogé sur la nature réelle de l’entente, il a assuré qu’il n’était « pas question d’argent » dans ces négociations. Et s’il a affirmé que ce « cadre d’accord » donnait aux États-Unis « tout ce [qu’ils] voulaient », il a soigneusement contourné la question d’une prise de contrôle formelle : « C’est un accord de long terme. C’est l’accord de long terme par excellence. Et je pense que cela met tout le monde dans une très bonne position, en particulier concernant la sécurité et les minerais et tout le reste. »
Désescalade militaire : « je ne vais pas attaquer le Groenland »
Autre inflexion notable : Donald Trump a affirmé à Davos que les États-Unis ne prendraient pas le Groenland par la force. « Trump dit qu’il met la guerre commerciale en pause, dit “je ne vais pas attaquer le Groenland”, ce sont des messages positifs », a réagi le ministre des Affaires étrangères danois, Lars Lokke Rasmussen, tout en se gardant de commenter l’accord annoncé.
La séquence tranche avec les jours précédents. Samedi, le milliardaire de 79 ans accusait le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande de jouer à « un jeu très dangereux » au Groenland, leur reprochant l’envoi de militaires sur place. Il menaçait alors ces huit pays de nouveaux droits de douane, jusqu’à ce qu’« un accord soit conclu pour la vente complète et intégrale du Groenland ».
Pour rappel, une surtaxe annoncée devait frapper plusieurs alliés européens des États-Unis. Selon les déclarations de Donald Trump, elle devait s’appliquer à hauteur de 10% à partir du 1er février, avant de grimper à 25% au 1er juin.
Côté européen, les réactions se veulent mesurées. La Première ministre italienne Giorgia Meloni a « salué » la nouvelle. À l’Otan, Mark Rutte a affirmé à l’AFP qu’il restait « encore beaucoup de travail à faire », tout en qualifiant l’échange de « très bonne » rencontre.
Dans l’immédiat, le Danemark choisit la retenue, attendant de connaître la teneur exacte de l’accord évoqué. Car, au-delà de l’annonce, un point demeure central : que signifie réellement ce « cadre » sur un territoire stratégique au cœur des rivalités dans l’Arctique ?
Camille Grand, chercheur au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR) et ancien secrétaire général adjoint de l’Otan, estime ce jeudi sur franceinfo, que Donald Trump « a clairement cédé au réveil des Européens » qui « n’ont pas reculé devant les menaces de droit de douane ». Selon lui, le président américain « a reculé sur l’hypothèse d’un emploi de la force (…) ». Et il constate : « On a un président des Etats Unis qui, pour l’instant, cherche et accepte une logique de désescalade ».
Mais cette décrue ne suffirait pas à restaurer la confiance : « La méfiance s’est installée. Plus personne en Europe ne croit que cette administration va revenir à l’Otan telle qu’on la connaissait, aux relations transatlantiques apaisées qui ont existé pendant 80 ans entre les deux rives de l’Atlantique. »
Dernière inconnue : l’accord change-t-il réellement la donne sur le terrain ? « Après, il faut maintenant comprendre ce qu’il y a dans cet accord », prévient Camille Grand, appelant à la prudence.
L’hypothèse la plus probable, selon lui, serait que les États-Unis obtiennent « le contrôle exclusif de leurs opérations sur ces bases » déjà implantées au Groenland. Un scénario qui, d’après l’analyste, « ne change en réalité pas grand-chose avec la situation présente puisque les Danois laissaient les Américains faire à peu près ce qu’ils voulaient sur le territoire du Groenland ».
