- Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept ont acté, ce jeudi 29 janvier, la désignation des Gardiens de la Révolution iraniens comme « organisation terroriste ».
- Une décision politique qui doit encore être traduite juridiquement, alors que Bruxelles durcit aussi ses sanctions contre des responsables iraniens. Téhéran dénonce une mesure « hostile » aux « conséquences risquées ».
Réunis ce jeudi 29 janvier, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se sont accordés pour désigner les Gardiens de la Révolution — les « Pasdaran » — comme une « organisation terroriste », après la répression des manifestations en République islamique.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a réagi dans la foulée sur X : « “Terroriste”, c’est bien ainsi que l’on qualifie un régime qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang ».
Cette décision, avant tout politique, donne le feu vert à l’inscription du bras armé idéologique du régime des Mollahs sur la liste de l’UE recensant les organisations terroristes.
Une décision politique, bientôt traduite en cadre juridique
L’étape annoncée ce jeudi ne marque pas la fin du processus. Dans les semaines qui viennent, l’Union européenne doit traduire cette inscription dans un cadre juridique, avant une adoption officielle par les ministres lors du prochain Conseil.
À Bruxelles, l’eurodéputé David McAllister, président de la commission des Affaires étrangères, met en garde contre une mesure symbolique si elle n’est pas appliquée avec rigueur : « Ce qui importe désormais, c’est une mise en œuvre cohérente et déterminée par les États membres. La désignation n’aura un impact réel que si elle est pleinement appliquée par les autorités de surveillance financière, les autorités répressives et les autorités administratives, et si les lacunes restantes sont comblées de manière décisive », a-t-il appelé dans un communiqué.
« La répression ne peut rester sans réponse », affirme la diplomatie européenne
Pour l’UE, la désignation des Gardiens de la Révolution s’inscrit dans une réponse plus large aux violences attribuées au régime iranien. Sur X, la cheffe de la diplomatie européenne a insisté : « La répression ne peut rester sans réponse ».
« Les ministres des Affaires étrangères de l’UE viennent de franchir une étape décisive en désignant les Gardiens de la Révolution iraniens comme une organisation terroriste. Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens œuvre à sa propre perte », salue -t-elle.
L’UE s’aligne sur d’autres pays, dont les États-Unis, le Canada et l’Australie
En inscrivant les « Pasdaran » sur sa liste, l’Union européenne rejoint des pays ayant déjà franchi ce pas, comme les États-Unis, le Canada ou l’Australie. Bruxelles cherche ainsi à renforcer son arsenal de mesures contre des structures considérées comme au cœur du dispositif sécuritaire iranien, en particulier après les manifestations réprimées dans le pays.
La décision politique s’accompagne d’un durcissement immédiat sur le terrain des sanctions. Un peu plus tôt dans la journée, l’UE a annoncé des mesures contre plusieurs responsables iraniens, parmi lesquels le ministre de l’Intérieur, le chef de la police et plusieurs dirigeants des Gardiens de la Révolution.
La liste a été publiée jeudi au Journal officiel. Au total, quelque 21 entités et individus sont ciblés, avec une double mesure : interdiction d’entrer dans l’Union européenne et gel des avoirs sur le territoire des Vingt-Sept.
Téhéran dénonce une décision « malveillante » et « provocatrice »
Côté iranien, la riposte est immédiate. Téhéran a qualifié la décision des Vingt-Sept « d’irresponsable » et « malveillante ». Dans un communiqué relayé par l’agence officielle Irna, les forces armées iraniennes dénoncent : « La décision illogique (…) de l’UE a sans doute été prise par obéissance aveugle aux politiques (…) des États-Unis et Israël ».
L’armée iranienne évoque aussi « une décision hostile et provocatrice » et met en garde contre des « conséquences risquées », après le classement des Gardiens de la Révolution sur la liste européenne des organisations terroristes.
Ce qui va se jouer désormais : application et contrôle dans les États membres
Au-delà de l’annonce, l’efficacité de la mesure reposera sur sa déclinaison dans l’ensemble des États membres : contrôles financiers, surveillance des flux, coordination policière et administrative. Une exigence résumée par David McAllister, pour qui la désignation ne prendra sa portée qu’à condition d’être appliquée sans angle mort.
Avec cette décision du 29 janvier, l’Union européenne affiche en tout cas une ligne plus dure face à Téhéran, en reliant directement la question sécuritaire à la répression interne et en renforçant simultanément le volet des sanctions.
