- Le rachat de LMB Aerospace par l’américain Loar Group continue de susciter de vifs débats politiques.
- Face aux critiques sur une possible perte de souveraineté industrielle, le ministre de l’Économie Roland Lescure assume une ligne « ouverte aux investissements étrangers » tout en assurant que l’État dispose de garanties solides, dont une « golden share ».
- Des déclarations qui interviennent alors que la Direction générale de l’armement avait émis des réserves sur l’opération.
Spécialiste des moteurs et ventilateurs électriques, LMB Aerospace occupe une position clé dans la base industrielle de défense française. L’entreprise, installée en Corrèze, équipe notamment le Rafale, les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, le char Leclerc ou encore le porte-avions Charles-de-Gaulle.
Sa vente à Loar Group, révélée le 28 janvier, a immédiatement déclenché un débat sur la souveraineté industrielle, d’autant que la DGA avait recommandé de conditionner l’opération à l’entrée de Bpifrance au capital.
« La France n’est pas fermée aux investissements étrangers »
Lors d’une prise de parole publique mercredi, Roland Lescure a défendu la cohérence de la stratégie économique française.
« D’abord, je vais être très clair, la France n’est pas fermée aux investissements étrangers. La France est le pays le plus attractif d’Europe depuis 7 ans. Nous sommes ouverts à l’arrivée de capitaux pour développer l’économie française« , a-t-il affirmé
Le ministre insiste toutefois sur la vigilance de l’État sur les secteurs sensibles : « Sur tous les sujets qui ont attrait à la souveraineté française — défense, technologie, santé, agroalimentaire — on est aussi extrêmement vigilants. Tout ça est encadré par une loi qu’on appelle les investissements étrangers en France. »
Une procédure « extrêmement rigoureuse »
Le ministre met en avant un processus interministériel strict : « Ils sont passés au crible d’une méthode extrêmement rigoureuse, précise. Elle est effectuée ici à Bercy, mais dans un cadre intergouvernemental. Les décisions qui sont prises sont des décisions du gouvernement. »
Concernant spécifiquement LMB Aerospace — désignée « AMB » dans sa prise de parole — il ajoute que ce processus a été mis en place « de manière extrêmement rigoureuse, extrêmement précise. Il s’est accompagné de conditions à ce rachat qui sont, elles aussi, extrêmement précises, extrêmement rigoureuses et extrêmement exigeantes. »
Golden share : l’État assure pouvoir bloquer toute décision stratégique
Le ministre insiste sur le rôle de l’État dans la gouvernance future du groupe. « L’État aura ce qu’on appelle une golden share, une action préférentielle au capital. Ça veut dire que toute décision stratégique pourra être bloquée par l’État. »
Il évoque également des garanties industrielles : « Le fait que cette entreprise continue à produire en France, le fait que des contrats stratégiques soient protégés, tout ça, c’est prévu par l’accord. »
Et de résumer la doctrine gouvernementale : « On n’est pas fermé, mais on est extrêmement vigilants. On ne brade rien. On est dans une logique de développement des entreprises et de développement au service de la France. »
Interrogé sur les recommandations de la DGA, Roland Lescure minimise les divergences :
« J’ai lu ça ce matin. J’ai été surpris de savoir que ça pouvait se dire. Évidemment, ces processus sont interministériels extrêmement rigoureux. C’est le ministre des Finances qui inscrit le dossier en collaboration avec ses collègues et qui prend des décisions au nom du gouvernement. »
Souveraineté : « Évidemment non », répond le ministre
Face aux accusations de perte de souveraineté, le ministre rejette toute ambiguïté. « Mais évidemment non. C’est ce qu’on fait dans cette procédure. On n’est pas fermé, mais très vigilant. Nos bras de la souveraineté française — défense, technologie, santé ou agroalimentaire — à aucun prix », affirme- t-il.
Ces déclarations interviennent dans un contexte de forte tension politique autour de la souveraineté industrielle française. L’opposition dénonce une perte de contrôle sur un actif stratégique, tandis que le gouvernement défend un équilibre entre attractivité économique et protection des intérêts nationaux.
Dans les prochains mois, l’application concrète des engagements industriels, ainsi que le rôle réel de la « golden share », seront scrutés de près.
