- Droits de douane, désaccords politiques, blocages juridiques : malgré un climat tendu, les relations commerciales entre Washington et Bruxelles restent solides.
- En 2025, les échanges ont atteint un record historique, confirmant la dépendance économique mutuelle entre les deux puissances.
Les tensions commerciales entre Washington et Bruxelles n’ont pas freiné les échanges. En 2025, le commerce de marchandises entre les États-Unis et l’Union européenne a atteint un niveau record d’environ 900 milliards d’euros, tandis que le déficit commercial américain avec l’UE n’a reculé que de 7 %, selon une étude de la Chambre de commerce américaine auprès de l’Union européenne (AmCham).
Publiée lundi, cette étude souligne un paradoxe de plus en plus visible : malgré les surtaxes imposées par la Maison Blanche et les désaccords persistants entre les deux blocs, l’interdépendance économique transatlantique reste intacte.
Un déficit commercial américain à peine réduit
L’objectif affiché par Washington était clair : réduire le déficit commercial des États-Unis avec l’Union européenne grâce à une politique tarifaire offensive. Mais les résultats restent limités. Selon l’AmCham, les États-Unis ont exporté 414 milliards de dollars de biens vers l’UE en 2025, tout en important 633 milliards de dollars de produits européens. Résultat : un déficit commercial de 219 milliards de dollars sur les seuls biens.
Ce chiffre marque une baisse de 17 milliards de dollars, soit 7 %, par rapport au déficit de 236 milliards de dollars enregistré en 2024. Un recul modeste, alors même que les droits de douane décidés par Donald Trump visaient précisément à réduire cet écart.
Le commerce de marchandises atteint 900 milliards d’euros
Malgré ce bras de fer commercial, les flux entre les deux partenaires n’ont pas ralenti. Le rapport indique que les échanges de marchandises entre les États-Unis et l’Union européenne atteindront environ 900 milliards d’euros en 2025, un niveau jamais observé jusqu’ici.
Cette performance illustre la profondeur des liens économiques entre les deux rives de l’Atlantique, même dans un contexte de tensions politiques et de durcissement protectionniste.
Les services réduisent le déséquilibre global
L’étude précise toutefois que le déficit américain apparaît moins prononcé lorsqu’on prend en compte les services, un secteur dans lequel les États-Unis dégagent un excédent.
« Nous estimons que le déficit commercial global des biens et services des États-Unis avec l’UE en 2025 était de 150 milliards de dollars – significatif, mais inférieur à son déficit commercial des biens de 219 milliards de dollars », indique le rapport.
Selon l’AmCham, ce déficit global avec l’Union européenne reste d’ailleurs plus de quatre fois inférieur à celui des États-Unis avec la région Asie-Pacifique.
Un accord commercial toujours suspendu
Ce rapport est publié alors que les relations entre Washington et Bruxelles restent fragiles. L’été dernier, un accord présenté comme déséquilibré avait été conclu entre Ursula von der Leyen et Donald Trump.
Le texte prévoyait l’instauration par les États-Unis de droits de douane de 15 % sur les produits européens, tandis que l’Union européenne acceptait de supprimer ses propres droits de douane et d’accroître ses investissements aux États-Unis.
Mais cet accord reste gelé. Les responsables européens attendent toujours des clarifications de Washington, après de nouvelles enquêtes américaines lancées à la suite d’un arrêt de la Cour suprême rendu en février, qui a jugé illégaux les droits de douane de 2025.
Cette décision judiciaire a porté un coup sérieux à la stratégie commerciale de la Maison Blanche et relancé l’incertitude autour de l’avenir des relations économiques transatlantiques.
L’AmCham met en garde contre un découplage
Pour les auteurs du rapport, les tensions actuelles ne doivent pas faire oublier l’ampleur de l’intégration entre les deux économies. Ils mettent en garde contre toute logique de rupture entre l’Europe et les États-Unis.
« Certains Européens ont raison de vouloir réduire les dépendances excessives, mais ils ont tort de penser que le découplage avec l’Amérique ne coûterait pas grand-chose », écrivent-ils.
Les auteurs ajoutent : « Certains Américains ont raison de vouloir que les Européens fassent davantage en matière de sécurité, mais ils ont tort de penser qu’ils n’ont pas besoin de l’Europe. »
Autrement dit, ni l’Europe ni les États-Unis ne peuvent envisager une séparation économique sans conséquences majeures.
Des investissements croisés toujours massifs
L’étude met aussi en avant le rôle central des investissements dans la relation transatlantique. L’Europe et les États-Unis représentent chacun plus de la moitié des investissements étrangers de l’autre, preuve supplémentaire d’un ancrage économique durable.
Entre 2009 et 2025, l’Europe a représenté 56 % des investissements directs étrangers américains dans le monde. De même, la part de l’Europe dans les investissements directs étrangers mondiaux reçus par les États-Unis atteindra 56 % en 2024, selon le rapport.
« Les États-Unis sont la plus grande source d’IDE entrant dans l’UE, devançant même les plus grands pays européens », souligne encore l’AmCham.
Un partenariat économique qui résiste aux crises
En dépit des surtaxes, des désaccords politiques et des revers juridiques, le constat est clair : le partenariat économique entre les États-Unis et l’Union européenne demeure l’un des plus solides au monde.
« Alors que de nouveaux accords économiques mondiaux se mettent en place, les liens entre les États-Unis et l’Europe restent profonds et mutuellement bénéfiques », concluent les auteurs du rapport.
Les chiffres de 2025 montrent ainsi que les tensions commerciales n’ont pas provoqué de rupture. Elles confirment au contraire qu’entre Washington et Bruxelles, la dépendance économique reste plus forte que les confrontations politiques.
