- Depuis son entrée en fonction, Bruno Retailleau, nouveau ministre de l’Intérieur, s’est engagé à adopter une approche plus dure en matière d’immigration.
- Ses dernières annonces dévoilent un plan drastique visant à réduire l’immigration illégale et à renforcer le contrôle aux frontières
Depuis son arrivée au ministère de l’Intérieur, Bruno Retailleau n’a jamais caché ses intentions : « prendre tous les moyens » pour « faire baisser l’immigration en France ». Avec des annonces récentes, il confirme sa volonté de durcir la politique migratoire en France, multipliant les déclarations et les mesures pour limiter l’immigration illégale. Ce mercredi 9 octobre, dans une interview au Parisien, il a exposé sa feuille de route axée sur trois niveaux : une réponse internationale, européenne et nationale.
Un encadrement national plus strict
Sur le plan national, Bruno Retailleau annonce l’envoi imminent de deux circulaires aux préfets pour affiner leur rôle. « Une première qui précisera leur rôle de pilotage », explique-t-il. Selon Le Monde, cette circulaire vise à attribuer aux préfets des objectifs clairs en matière de lutte contre l’immigration illégale. La deuxième, plus significative, « remplacera la circulaire Valls ». Retailleau entend limiter les régularisations à des cas exceptionnels, basées sur « la réalité du travail et de vrais critères d’intégration ».
Pour rappel, la circulaire Valls de 2012 permettait la régularisation annuelle d’environ 30 000 personnes pour des raisons « de vie privée et familiale » ou au titre du travail. Retailleau souhaite revoir cette pratique à la baisse, avec des régularisations au « compte-goutte », insistant sur des critères plus rigoureux, notamment pour ceux en situation irrégulière.
En outre, le ministre a défendu l’idée d’allonger la durée de séjour en centre de rétention administrative (CRA), de 90 à 210 jours, mais uniquement pour « les auteurs de crimes sexuels, comme on le fait actuellement avec les terroristes ». Cette proposition intervient après la mort tragique de Philippine, une étudiante de 22 ans, tuée par un homme sous OQTF (Obligation de quitter le territoire français). Retailleau y voit une réponse ferme face aux récidivistes et aux délinquants en situation irrégulière.
Le ministre réaffirme aussi son souhait de rétablir les peines courtes pour les jeunes délinquants, supprimées par la loi Belloubet de 2019. Selon lui, « il faut tout de suite un interdit, une sanction certaine, qui puisse briser les parcours délinquants, dès les premiers délits ». Il appelle à la création d’établissements spécialisés pour la mise en œuvre de ces courtes peines, notamment pour les mineurs.
Pression diplomatique sur les pays d’origine
Au niveau international, Bruno Retailleau mise sur la coopération avec les pays d’origine des migrants en situation irrégulière. Il entend « utiliser tous les leviers pour mettre la pression sur les pays d’origine », afin qu’ils délivrent les laissez-passer consulaires nécessaires pour l’exécution des OQTF. Sans ces documents, il est en effet impossible d’expulser un étranger du territoire français.
Pour accentuer cette pression, Retailleau propose de jouer sur plusieurs leviers : « les visas, les aides au développement et les droits de douane ». Des sanctions qui viseraient les pays refusant de coopérer pour le retour de leurs ressortissants en situation irrégulière. Face aux cas de migrants venant de pays dangereux, comme l’Afghanistan, Retailleau propose d’avoir recours à des « pays de transit », des États tiers avec lesquels la France pourrait passer des accords pour faciliter les expulsions.
Dans les semaines à venir, il compte nommer un « missi dominici », un émissaire chargé de négocier ces accords avec les pays de transit. Cette figure diplomatique serait essentielle pour contourner les obstacles liés à la situation politique de certains pays d’origine des migrants.
Une approche européenne anticipée
Bruno Retailleau compte également s’appuyer sur l’échelon européen pour compléter sa stratégie. Il appelle à une mise en œuvre anticipée du « paquet asile immigration », voté en mai dernier, qui doit entrer en vigueur d’ici 2026. Ce texte européen vise à renforcer les contrôles aux frontières extérieures de l’UE et à instaurer un mécanisme de solidarité entre les États membres, notamment en cas de vague migratoire. « Nous devons anticiper l’application de ce texte dès janvier 2026 », a-t-il déclaré.
Ce projet européen ambitionne de renforcer la surveillance des frontières tout en répartissant plus équitablement les demandeurs d’asile entre les pays européens. Pour Retailleau, la coopération européenne est un élément clé pour répondre aux défis migratoires.
Polémiques et soutiens politiques
Les propositions de Bruno Retailleau ne manquent pas de susciter des réactions diverses sur l’échiquier politique. Du côté de la gauche, la sénatrice socialiste Corinne Narrassiguin fustige ce qu’elle appelle des « gesticulations ». Selon elle, les propositions du ministre ne font qu’appliquer la loi Asile et Immigration, déjà votée fin 2023, et en partie censurée par le Conseil constitutionnel. « La circulaire actuelle est exactement celle fixée dans la loi Asile Immigration, votée par Bruno Retailleau », rappelle-t-elle, tout en exprimant des inquiétudes sur le respect de l’État de droit.
En revanche, les annonces de Retailleau ont trouvé un écho favorable au sein du Rassemblement National (RN). « Quand on écoute Bruno Retailleau, on a l’impression que c’est un porte-parole du RN », a réagi avec enthousiasme Laure Lavalette, députée RN, dans des propos rapportés par l’AFP. Pour le parti d’extrême droite, les mesures annoncées par Retailleau vont dans le sens de leurs propositions pour durcir la politique migratoire.
