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mardi, mars 24, 2026
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Crise France-Algérie : « Je refuse de céder » — Retailleau menace de quitter le gouvernement

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  • Les relations entre la France et l’Algérie s’enveniment à mesure que Bruno Retailleau accentue la pression sur Alger.
  • Le ministre de l’Intérieur exige le renvoi des ressortissants algériens en situation irrégulière et menace de quitter le gouvernement si sa ligne dure n’est pas suivie.

La tension monte entre Paris et Alger. Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a clairement posé un ultimatum : si la France ne durcit pas son rapport de force avec l’Algérie pour obtenir le renvoi de ses ressortissants en situation irrégulière, il menace de quitter le gouvernement. Une position qu’il a réaffirmée dans une interview accordée au Parisien le 15 mars.

« Je persiste et signe. J’ai été longtemps le seul au gouvernement à prôner ce rapport de force« , déclare Bruno Retailleau, assumant pleinement sa ligne dure. Le ministre affirme avoir déjà transmis aux autorités algériennes une liste de ressortissants considérés comme dangereux, en vue de leur expulsion. « Si l’Algérie ne reprend pas ses ressortissants dangereux, nous engagerons une riposte graduée« , avertit-il.

Cette fermeté s’inscrit dans un contexte tendu, notamment après le meurtre d’un passant à Mulhouse par un Algérien sous OQTF (obligation de quitter le territoire français) fin février. Retailleau ne cache pas sa détermination : « Je serai intransigeant et j’attends que cette riposte graduée soit appliquée. » Et d’ajouter : « Au bout de la riposte, il y aura une remise en cause des accords de 1968. »

Macron prône l’apaisement

Si Bruno Retailleau défend une ligne dure, Emmanuel Macron adopte une approche plus conciliante. « Il faut engager un dialogue exigeant et respectueux« , affirme le président, convaincu qu’une solution bénéfique pour les deux pays passe par la diplomatie. Une position qui tranche avec celle de son ministre de l’Intérieur, dont l’intransigeance pourrait créer une fracture au sein du gouvernement.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a récemment dénoncé un « climat délétère » dans les relations entre Paris et Alger, appelant Emmanuel Macron à « faire entendre sa voix » pour renouer un dialogue constructif.

Un contexte politique sous haute tension

Les prises de position de Retailleau doivent aussi être analysées sous l’angle de la politique intérieure. Depuis son arrivée place Beauvau sous Michel Barnier, puis François Bayrou, il s’est imposé comme une figure incontournable de la droite dure. Engagé dans la course à la présidence des Républicains face à Laurent Wauquiez, il cherche à démontrer sa fermeté et son autorité. « L’immigration n’est pas une chance pour la France : j’assume, je persiste et je signe« , déclarait-il encore récemment au journal Le Progrès.

Outre la question des expulsions, Retailleau met également en avant d’autres motifs d’inquiétude, comme l’incarcération en novembre de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal ou l’affaire d’un fonctionnaire de Bercy soupçonné d’avoir transmis des informations à l’Algérie. « L’Algérie déploie des actions hostiles sur le territoire français« , assène-t-il, concluant avec une formule percutante : « L’humiliation, ça suffit ! »

Une opposition grandissante

Ses déclarations tranchées suscitent de vives réactions, notamment à gauche. La députée écologiste Sabrina Sebaihi plaide, elle, pour un apaisement des tensions avec Alger : « Ce n’est pas seulement souhaitable, mais nécessaire. Dans un contexte international instable, la France a besoin d’une relation constructive et respectueuse avec l’Algérie. Un Français sur quatre a un lien direct ou indirect avec ce pays : pieds-noirs, harkis, descendants d’immigrés… »

Face à une opposition grandissante et un président Macron qui privilégie la diplomatie, Bruno Retailleau pourrait-il aller jusqu’à démissionner ? Il l’assure en tout cas : « Tant que j’ai la conviction d’être utile et que les moyens me sont donnés, je serai mobilisé. Mais si on me demandait de céder sur ce sujet majeur pour la sécurité des Français, évidemment que je le refuserais. »

Reste à savoir si le président de la République soutiendra son ministre ou s’il choisira une autre stratégie pour apaiser les tensions avec Alger. Une certitude : le bras de fer entre Paris et Alger ne fait que commencer.

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