- Une campagne de prévention est lancée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).
- L’objectif : alerter sur les dangers de la consommation excessive et prolongée de benzodiazépines, des médicaments largement utilisés pour traiter l’anxiété et l’insomnie.
- Ces médicaments, bien que parfois nécessaires, comportent de graves effets secondaires souvent ignorés des patients.
Avec plus de 9 millions de consommateurs en 2023, la France est le deuxième pays européen en termes de consommation de benzodiazépines, derrière l’Espagne. Ces molécules, telles que le Xanax, le Lexomil ou encore le Temesta, sont fréquemment prescrites par les médecins généralistes. Environ 75 % des prescriptions proviennent de ce secteur, ce qui en fait des traitements largement utilisés pour soulager l’anxiété ou les troubles du sommeil.
Pourtant, selon l’ANSM, une grande partie des patients ignorent les risques associés à ces médicaments, notamment en ce qui concerne leur usage prolongé.
« La durée de traitement ne doit pas excéder 12 semaines pour l’anxiété et trois semaines pour l’insomnie », rappelle le Dr Philippe Vella, directeur médical de l’ANSM.
Les benzodiazépines, en dépit de leur efficacité à court terme, sont loin d’être inoffensives. Parmi les effets secondaires les plus fréquents, on retrouve la somnolence excessive, des troubles de la mémoire, ainsi qu’un risque accru de dépendance. Les personnes âgées, en particulier, sont particulièrement vulnérables à des chutes graves liées à l’utilisation prolongée de ces médicaments.
L’ANSM alerte aussi sur l’usage détourné chez les jeunes
Au-delà de la prescription médicale, l’ANSM s’inquiète également de l’usage détourné de ces médicaments, notamment chez les jeunes adultes. La prescription de benzodiazépines a bondi de 25 % chez les moins de 19 ans en 2023. Les filles de cette tranche d’âge sont particulièrement concernées, avec une hausse de 40 % des prescriptions.
Plus inquiétant encore, les benzodiazépines font l’objet d’un usage récréatif, parfois en association avec d’autres drogues, comme des opioïdes ou de la kétamine, dans des « cocktails » de fête. Ces pratiques, bien loin de toute prise en charge médicale, augmentent considérablement les risques de surdose et de conséquences graves sur la santé.
L’ANSM souligne également qu’environ 3,6 millions de Français, soit 40 % des patients traités par benzodiazépines, ont des durées de prescription trop longues, ce qui accentue la dépendance et les effets secondaires.
« Ces médicaments ne sont qu’une aide temporaire pour atténuer les symptômes, et non une solution à long terme », insiste le Dr Vella.
Les jeunes adultes particulièrement vulnérables
Une enquête menée par l’ANSM révèle que moins de 25 % des moins de 30 ans connaissent les risques liés à la dépendance ou à la conduite sous l’effet des benzodiazépines. Une situation préoccupante, car l’utilisation de ces médicaments à des fins récréatives est particulièrement courante parmi les 18-25 ans. Le détournement de médicaments, souvent en combinaison avec d’autres substances, devient une tendance alarmante, avec des conséquences graves pour la santé physique et mentale des jeunes adultes.
Une campagne de prévention essentielle pour un usage responsable
Dans ce contexte, l’ANSM lance cette campagne pour rappeler les dangers d’un usage prolongé des benzodiazépines et pour encourager un usage plus responsable de ces médicaments. L’objectif est d’informer le grand public, mais aussi les professionnels de santé, des risques de dépendance et des effets secondaires graves que peuvent entraîner une prescription excessive.
Les médecins doivent être particulièrement vigilants lors de la prescription de ces traitements, en limitant leur durée et en proposant des alternatives lorsque cela est possible. De leur côté, les patients doivent être conscients que ces médicaments, bien qu’efficaces à court terme, ne doivent pas être utilisés sur de longues périodes.
L’ANSM espère ainsi contribuer à une prise de conscience collective pour réduire les risques liés à la consommation de ces médicaments et protéger la santé des Français face à un phénomène de santé publique grandissant.
